Un projet de loi sur l’allongement du congé de deuil pour la perte d’un enfant a été repoussé. « Quand on s’achète de la générosité à bon prix sur le dos des entreprises, c’est quand même un peu facile » justifie la députée Sereine Mauborgne.


 

Ils n’ont décidément rien compris ou s’ils ont compris, c’est pire. Une proposition de loi du député du Nord Guy Bricout, UDF-AGIR, pourtant macrono-compatible, a été repoussée dans l’hémicycle le 30 janvier par le gouvernement, suivi par les groupes LREM et Modem dans leur quasi-totalité. Quarante voix contre trente-huit pour refuser l’allongement de cinq à douze jours du congé exceptionnel accordé par les entreprises pour le décès d’un enfant mineur quand des salariés sont touchés par ce drame. Le député Bricout a beau eu faire appel à l’humanité de ses collègues, il n’a pas eu gain de cause.

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On estime à 4500 le nombre de familles concernées par ce drame ultime, la mort d’un enfant. Un drame à proprement parler indicible : en effet s’il existe bien un mot pour désigner l’enfant qui perd ses parents, il n’y en a pas pour la situation inverse tant l’horreur est grande.

L’inhumain au programme

Mais dans quel monde vivent-ils donc ? Les arguments du côté du pouvoir ont été que ce n’est pas à l’entreprise de supporter le coût d’une telle mesure mais… aux salariés. S’ils sont touchés par la tragédie qui frappe leur collègue, dans sa grande bonté, le gouvernement les laissera faire don de leurs RTT !


Dans son communiqué, le député Guy Bricout qui pensait que cette mesure de simple humanité serait transpartisane parce qu’un deuil de ce genre n’a pas de couleur politique, a dû déchanter et pose deux questions dans un mélange de désarroi et de colère : « 96% des entreprises sont des TPE/PME (et emploient 2,3 millions de salariés soit 20% des emplois salariés en France), comment vont s’organiser ces dons de RTT ou de congés ? » et « Que se passera-t-il, quand dans une entreprise, les congés sont imposés ? » Sans compter l’amalgame obscène entre congés payés et ceux liés à la mort d’un enfant.

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Mais pour la ministre Buzyn en charge « des solidarités actives » (on croit rêver) ou la ministre du travail Pénicaud, comme pour les députés marcheurs dont le groupe s’effiloche chaque jour un peu plus, il ne faut pas « pénaliser l’entreprise ». On se pince pour y croire et puis finalement on se dit que c’est affreusement logique. On s’interroge beaucoup ces temps-ci sur ce qui ferait la colonne idéologique du macronisme. Elle est finalement assez simple, c’est une guerre au monde du travail, une guerre incessante, inlassable, qui mêle les grandes offensives, comme celle sur les retraites ou l’indemnisation des chômeurs à de petites humiliations qui vont de la baisse de rémunération de l’épargne populaire du livret A à celle des aides au logement.

LREM sous son vrai jour

L’indignation dans l’hémicycle, elle, a été immédiate aussi bien du côté de l’Insoumis Ruffin : « On parle de tragédie des tragédies » que de l’ex-députée LREM Agnès Thill qui parle « d’une humanité à géométrie variable chez ses anciens collèges », sans compter la députée LR Brigitte Kuster qui constate, encore une fois, « une majorité incapable d’écouter. »

La palme de l’inhumanité cynique revient, en la matière, à la marcheuse Sereine Mauborgne : « Quand on s’achète de la générosité à bon prix sur le dos des entreprises, c’est quand même un peu facile. » Un peu facile…  Bien sûr, perdre un enfant et avoir besoin, comme en Angleterre, en Suède ou en Allemagne de douze jours pour vivre un deuil, c’est « un peu facile ».

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Non, ils n’ont décidément rien compris. Ils ont beau jeu de s’indigner de la violence des manifestants quand eux exercent une telle violence symbolique. Pire, quand ils font preuve d’une telle indifférence à la souffrance comme si le salarié endeuillé par la pire des pertes appartenait à une espèce différente.

Qu’il ne s’étonne pas, ce gouvernement, qu’ils ne s’étonnent pas, ces quarante députés, si LREM est aujourd’hui virtuellement dans l’impossibilité de faire campagne pour les municipales, si les candidats sont aux abonnés absents dans des permanences fermées quand elles ne sont pas vandalisées parce qu’ils n’osent plus aller à la rencontre du citoyen. Ce pouvoir prouve de la manière la plus indigne qu’il n’est pas là pour émanciper une société. Il est là, et on le voit dans les moindres de ses réflexes, pour défendre des intérêts de classe. Non seulement, il faudra travailler jusqu’à la fin dans une anxiété constante, une insécurité sociale généralisée, mais on ne vous laissera même plus le temps de pleurer. Cela pourrait nuire à la productivité et augmenter le coup du travail, vous comprenez…

Qu’ils s’en aillent. Qu’ils s’en aillent vite.

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