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Comme des coqs gaulois sur leurs ergots tricolores…

Les Français sont tellement fiers d'avoir inventé un nouvel impôt: l'impôt mondial sur les sociétés

Comme des coqs gaulois sur leurs ergots tricolores…
Le ministre délégué aux petites et moyennes entreprises, Alain Griset visite l'entreprise Duralex International, à La Chapelle Saint Mesmin (45), dans le cadre de la seconde édition de la Grande Exposition du Fabriqué en France, 1/07/2021 © PATRICK GELY/SIPA Numéro de reportage : 01026534_000107

C’est une très énervante propagande étatique bien française : nos ministres n’hésitent jamais à se vanter de leurs exploits supposés. Ainsi de ce nouveau « record de création d’entreprises », de « l’exceptionnelle attractivité » de la France pour les investisseurs étrangers et du nouvel « impôt mondial » qui vient d’être créé.


Nos chers dirigeants ont trop souvent cette manie de se mettre en avant et de faire les beaux devant le miroir de l’opinion. C’est le cas une fois de plus avec les statistiques des « créations d’entreprises » tenues à jour par l’Insee qui nous en annonce « près d’un million » – précisément 996 217 – sur les douze derniers mois. Le ministre délégué aux Petites et Moyennes Entreprises, Alain Griset, qui pour toute expérience d’entrepreneur a longtemps exercé la profession de chauffeur de taxi, en a profité pour déclarer devant les micros que c’était « une bonne nouvelle, qui traduit la confiance dans l’avenir ». Fort bien. Au gouvernement et à l’Élysée, on est sûrement très content aussi de toutes les bonnes nouvelles qui peuvent survenir dans cette terrible période de pandémie, sauf que l’Insee nous raconte des salades en continuant de chanter l’arrivée de ces très nombreuses « entreprises », alors qu’il ne s’agit pas du tout d’entreprises. Curieux comme les mots les plus simples n’ont pas le même sens dans l’administration et dans le secteur privé.

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À l’Irdeme, Institut de recherche sur la démographie des entreprises, où l’on connaît le mieux ces questions en France, on les appelle par dérision des « entreprises zombies » : 95 % d’entre elles, en effet, sont des autoentreprises ou des sociétés individuelles qui n’ont pas un seul salarié au moment de leur démarrage, à part éventuellement leur créateur. Restent 5 % à avoir un salarié au moins dès le départ qui ne soit pas l’entrepreneur lui-même. L’Irdeme, dont le fondateur n’est autre que Bernard Zimmern, l’homme qui a créé la Fondation IFRAP, a constaté que les créations d’entreprises employeuses avaient beaucoup diminué depuis 2008, passant de 40 000 à 25 000 par an, toutes les autres étant des entreprises zombies. « Ce serait moins grave en soi, avait-il indiqué sur le site de l’Irdeme, si pendant ce temps-là nos concurrents ne créaient pas deux à cinq fois plus d’entreprises employeuses et d’emplois. Ce qui explique peut-être la fuite de nos jeunes vers l’Allemagne, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis. » 

Une bonne partie de ces entreprises « zombies » sont créées par des sans-emploi

Il faut savoir qu’aux États-Unis, les seules créations d’entreprises à être officiellement répertoriées sont celles qui démarrent avec au moins un emploi autre que celui du fondateur. Et de fait, c’est logique : une entreprise est avant tout une communauté de femmes et d’hommes réunis dans un but économique. Un autoentrepreneur n’est pas une entreprise. C’est un individu isolé avec une existence administrative. L’Irdeme propose d’ailleurs que les statistiques soient nettement séparées et qu’elles deviennent un standard européen, ce qui éviterait au passage à la France de se déconsidérer un peu plus dans une propagande ridicule et à l’Insee de continuer à perdre du crédit. Cela permettrait surtout aux citoyens français d’être mieux informés. Une bonne partie de ces entreprises zombies étant créées par des sans-emploi, étudiants qui ont perdu leurs petits boulots ou livreurs comme ceux de Deliveroo ou de Uber Eats, ce n’est pas spécialement un signe de bonne santé ou de dynamisme économique dans un pays qui a fait d’eux des chômeurs sans avenir immédiat.

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Deuxième gros mensonge de nos distingués étatistes, relevé par Philippe Baccou, l’un des animateurs de l’Irdeme et chroniqueur régulier sur le site de l’association. Comme toujours dans ces cas-là, il y a au départ une information crédible : en l’espèce, elle vient de l’étude annuelle du cabinet mondial Ernst & Young (EY), publiée en juin dernier et portant sur l’année 2020, annonçant que pour la deuxième année de suite la France avait été « la première destination européenne pour les investissements directs étrangers ». Cette fois, c’est le président lui-même qui s’est félicité sur Twitter de cette « excellente nouvelle ». La ministre déléguée à l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher – qui n’en rate pas une –, en a profité pour rajouter son grain de sel et faire sa cour au roi de France en laissant entendre que « la France ne garderait pas un tel attrait si Macron n’était pas réélu ».

« Pourquoi les grands médias français sont-ils si complaisants à propos de ces fake news ? »

Sauf que là aussi on nous raconte des histoires ou, plus précisément, on extrapole à côté de la plaque. Le cabinet EY, qui réalise cette enquête depuis plus de vingt ans dans une quarantaine de pays, recense avant tout des « projets » et non des réalisations, lesquels projets ont été en 2020 au nombre de 985 pour la France, effectivement première dans ce classement devant le Royaume-Uni (975), l’Allemagne (930), l’Espagne (354) et la Pologne (219). En 2019, le classement avait été le suivant : 1 197 projets pour la France, 1 109 pour le Royaume-Uni, 971 pour l’Allemagne, 486 en Espagne et 200 en Pologne, l’Italie n’ayant donné aucun chiffre pour ces deux années. Ce qui fait bien deux ans de suite pour la France à la première place des « projets ».

Hélas, comme l’écrit Philippe Baccou dans sa chronique, ces chiffres « laissent donc ignorés les investissements non rendus publics » ainsi que la taille de ces projets. Or, ajoute-t-il, le moyen le plus simple « d’évaluer la taille d’un projet est de connaître le nombre d’emplois prévus ». En farfouillant dans les replis de ce gros dossier d’Ernst & Young, il a fini par découvrir la vérité : « Pour 2020, le nombre d’emplois par projet annoncé était de 135 en Espagne, 123 en Pologne, 61 au Royaume-Uni, 48 en Allemagne et seulement 34 en France. » Et, en multipliant cette moyenne par le nombre de projets, il a obtenu un total de 59 500 emplois pour le Royaume-Uni, 47 800 pour l’Espagne, 44 600 pour l’Allemagne et 33 500 pour la France, « soit, en réalité un chiffre pitoyable, deux fois moins qu’au Royaume-Uni ». Pas de quoi se vanter ! Et le chroniqueur de l’Irdeme de poser cette question : « Pourquoi les grands médias français sont-ils si complaisants à propos de ces fake news ? » C’est une bonne question…

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« Le risque est grand pour la France de se tirer une balle dans le pied »

Même chose pour la nouvelle supertaxe sur les multinationales qui vient d’être décidée au niveau planétaire par l’OCDE et qui devrait toucher dans quelques années les plus grandes entreprises mondiales et avant tout les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) qui énervent prodigieusement notre si dévoué ministre Bruno Le Maire, lequel s’est même carrément attribué une forme de paternité de cette taxe mondiale. Dans une interview au Parisien le 3 juillet, il n’a pas hésité à raconter que si cette nouvelle taxe planétaire a été créée « c’est également grâce à la ténacité de la France. Depuis quatre ans, avec le président de la République, nous nous sommes battus pour un nouveau système de taxation internationale […] Les Français peuvent être fiers de ce résultat ! » Les Français en seront certainement très fiers, eux qui ont déjà inventé dans le passé la TVA et la CSG et qui sont considérés comme des champions incontestés de toutes les formes possibles de taxes et d’impôts !Dans une autre intervention, Le Maire a précisé que l’État français espérait récupérer à terme, avec cette nouvelle taxe mondiale « entre 5 et 10 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires ». Or une étude du Conseil d’analyse économique (CAE) publiée le 29 juin annonce, si tout va bien, 5,9 milliards à court terme, c’est-à-dire dans quelques années, et 1,9 milliard à long terme, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. L’IFRAP enfin, de son côté, estime que « nous allons droit vers une nouvelle usine à gaz avec des coûts de compliance élevés et une forte insécurité juridique » particulièrement pour nos KHOL (Kering, Hermès, L’Oreal et LVMH), qui pèsent actuellement 22 % du CAC 40. « Le risque est grand pour la France, ajoute l’iFRAP, de se tirer une balle dans le pied. Ce ne serait pas la première fois ! »


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Journaliste et entrepreneur

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