Un Ricard pour Bardot ! Mais un beau. Bruno Ricard livre une émouvante et virevoltante BBiographie de l’ancienne actrice et éternelle protectrice des animaux, au corps aussi libre que l’esprit.


Bruno Ricard publie une bio de Brigitte Bardot. C’est un ouvrage écrit avec le cœur. L’homme est sympathique, il ne se prend pas la tête. Il aime Bardot depuis toujours et collectionne tous les objets de son idole. On lui doit, entre autres, la magistrale exposition « Les années insouciantes de BB au cinéma», à Boulogne-Billancourt, en 2009, ainsi que celle, émouvante, du Château de la Buzine, à Marseille, « Et Bardot créa le mythe », jusqu’au printemps 2019. Et comme il aime également les animaux, les défend avec conviction dans le cadre de la Fondation Bardot, Brigitte ne pouvait qu’être émue par lui.

« On ne me raccroche pas au nez. »

L’affaire avait pourtant mal commencé. Lorsque BB téléphone au domicile de Bruno Ricard pour lui demander d’aller à Deauville avec la Fondation, il lui raccroche au nez en pensant à un canular. Bardot, furieuse, rappelle et lance : « On ne me raccroche pas au nez. » Sacré tempérament que Brigitte qui interpelle régulièrement le gouvernement sur Twitter. La cause animale lui doit beaucoup. Elle ne lâche rien, malgré les palinodies voire les trahisons des dirigeants politiques. Macron est devenue sa bête noire depuis qu’il s’est « couché » devant les chasseurs, en réduisant de 50% le prix du permis de chasse. Bardot, en direct de la Madrague, fait entendre une voix discordante dans un pays contrôlé par la pensée unique et les gens incultes.

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Bruno Ricard a interviewé de nombreux artistes comme Alain Delon, Gérard Depardieu ou encore Philippe Bouvard, lequel n’avait cessé de brocarder l’actrice quand il était journaliste. Il avait fini par l’inviter dans son émission « Les grosses têtes », sur RTL. Pas rancunière, BB avait accepté et était tombée dans les bras de l’animateur radio.

Un bébé phoque dans les bras

La princesse Catherine Aga Khan témoignage également : « Je suis une de ces personnes qui l’ont vue sur la banquise, pleurant avec un bébé phoque dans ses bras. J’ai pleuré avec elle. » Bardot sur la banquise, c’est un instant où l’on pense que l’homme est enfin libéré du mal. Un instant seulement. Le témoignage de Jean-Marie Périer est aussi intéressant pour comprendre la personnalité de l’ « icône absolue ». Il l’a traquée en tant que photographe, puis il s’est retrouvé avec elle et un autre pote dans une maison romaine, durant quelques jours de ce drôle de mois de mai 68. Bardot vient de se séparer du milliardaire Gunter Sachs, son mari qui ne parle que de bagnoles à longueur de dîner. La belle blonde fait la cuisine en marchant pieds nus sur le carrelage d’une terrasse éclairée à la bougie. Le trio écoute de la musique, se balade sur la Via Apia, regardant les cyprès majestueux, parle de tout et de rien. La révolution ? « Je n’en avais cure, répond Périer. J’avais mieux à faire en la regardant, car elle était si belle, c’était vraiment un enchantement. » C’est ça, elle a enchanté la vie, BB. Mieux même, elle l’a électrisée. Il suffit de la revoir danser le mambo dans Et Dieu créa la femme. Divinement sensuelle. La révolution, BB, elle l’a faite en 56, avec le personnage de Juliette, son double créé par le diable, Vadim.

Arletty a bien résumé le phénomène Bardot. « Elle a changé les canons de la beauté : avant elle, les stars descendaient les escaliers, empanachées ; elle, les monte, nue ; le public y gagne. »

Les filles aux cheveux dans le vent 

Le livre de Bruno Ricard retrace sa carrière, ses combats pour la défense des animaux, ses coups de gueule, ses maladresses, les polémiques qui en découlèrent. Bardot assume. Elle ne souhaite que la protection des bêtes, qu’on ne les fasse plus souffrir, qu’on cesse de briser les jambes des chevaux encore vivants pour qu’ils tiennent moins de place dans les camions les menant à l’abattoir, etc. Elle a tant fait, il reste tant à faire. De belles photos de Brigitte accompagnent cette BBiographie (c’est elle qui a trouvé le titre). On la voit avec ses animaux, elle est heureuse, sourit comme une enfant. Elle irradie un bonheur qu’on sait fragile. Elle tente de retarder la sortie du paradis. Inévitablement, le soleil brille. Elle regarde ses chiens sur le ponton de la Madrague, adossée à un pilier blanc. Elle les regarde, c’est tout, ça lui suffit. Les filles qui ont les cheveux dans le vent sont les plus difficiles à conquérir. Elles sont trop libres. Mais elles fascinent.

1973. BB décide de quitter le monde du cinéma. Sa notoriété l’étouffe. Elle n’a plus rien à prouver. Elle a tourné avec les plus grands réalisateurs. Alors que faire ? Partir. Elle ne reviendra jamais. Bruno Ricard nous apprend qu’elle aurait pu tourner avec Steve McQueen, Clint Eastwood ou encore Kirk Douglas. Elle balaya ces propositions d’un revers de main. Elle ne voulait plus entendre le mot « moteur ! ». Les animaux, ses amis, l’attendaient. Elle voulait se rendre utile, pour reprendre son expression. C’est ce qu’elle fait depuis 45 ans, avec une énergie incroyable, surmontant l’accablement et la souffrance physique. « Je suis l’homme de ma vie », elle a dit un jour. Ça pourrait être sa devise.

Bruno Ricard, BBiographie, avec Jean-Jacques Jelot Blanc, Éditions AKFG. 2018.

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