Hostiles au Brexit jusqu’à l’aveuglement et n’y comprenant rien, de pseudo-experts médiatiques français répètent avec un art consommé du psittacisme un certain nombre d’approximations hâtives, de demi-vérités et d’erreurs d’appréciation. Décryptage.


« Dire la vérité n’est […] un devoir qu’envers ceux qui ont droit à la vérité. » Ainsi parlait Benjamin Constant (1). On peut se demander si les Français ont droit à la vérité. En sont-ils même dignes ? S’agissant du Brexit, la réponse est non. Depuis des mois, les médias français répètent inlassablement un certain nombre d’approximations hâtives, de demi-vérités et d’erreurs d’appréciation. Ces poncifs erronés circulent de plateau télé en feuille imprimée, énoncés toujours d’un air docte et avec un psittacisme irréprochable qui préfigure la grande volière de Parrot World dont l’ouverture est prévue l’année prochaine à Crécy-la-Chapelle. Entre le recours à la perfide Albion comme repoussoir, la paresse intellectuelle et la mentalité de troupeau (l’esprit de gramophone, disait Orwell), les raisons de cette avalanche de banalités inexactes varient. N’est constant que le paradoxe du modèle économique des médias en France. Celui-ci repose sur l’exploitation d’une armée de vagues commentateurs et spécialistes, qui doivent meubler entre les titres du journal et les spots publicitaires, et sont ainsi obligés de donner libre carrière à leurs préjugés nationaux et idéologiques tout en prenant un air très savant. Il y a certes des exceptions honorables, mais comment le non-spécialiste peut-il les distinguer dans le lot des jongleurs de mots prétentieux ? Pour se repérer dans ce paysage instable, voici le palmarès des cinq lieux communs les plus discutables :

#1 « Boris Johnson est un menteur… »

« Qui est cet imposteur universel dont on parle tant ? » demande un personnage de Mademoiselle de Scudéry dans son dialogue, Du mensonge. On croirait qu’il s’agit du Premier ministre britannique, tel qu’il est dépeint par nos experts médiatiques, pour qui sa caractéristique la plus essentielle serait une mythomanie qui le différencie des autres politiciens. Ceux qui propagent cette idée sont apparemment persuadés de nous révéler une grande vérité. Pourtant, le politicien qui ne ment pas n’existe pas. « Supermenteur » était le surnom de qui ? Ah oui, de Jacques Chirac, dont la France vient de célébrer la mémoire avec autant de louanges que d’affection. On objectera que Johnson et Chirac, ce n’est pas la même chose. Ce n’est jamais la même chose, selon qu’on prend le politicien dont il s’agit en affection ou non. Traiter Boris Johnson de menteur dès le début de son mandat était tout simplement une tentative de le disqualifier avant qu’il ne fasse quoi que ce soit.

#2 « Boris Johnson fait semblant de négocier avec l’Union européenne… »

Dès avant son arrivée au 10 Downing Street, Boris Johnson avait annoncé qu’il voulait que le Royaume-Uni quitte l’UE le 31 octobre, qu’il fallait envisager une sortie sans accord, mais qu’il croyait possible de négocier un tel accord avant la date fatidique. Nos experts ayant pénétré les voies mystérieuses de la Providence divine, ont asséné à maintes reprises que non ! Johnson ne cherchait pas vraiment à pactiser avec Bruxelles. Car, en partisan fanatisé du Brexit, il visait le « no deal », et les négociations n’étaient qu’une comédie pour préparer le jeu des reproches qui suivrait inévitablement le départ « désordonné » du Royaume-Uni.

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Ici, il s’agit d’une erreur de logique contre laquelle le cardinal de Retz nous met en garde dans son Discours sur l’hypocrisie : « Si le contraire de ce que dit le menteur était toujours vrai, […] on trouverait la vérité de son intention dans la contrariété de ses paroles. » En fait, Boris Johnson a bel et bien négocié et il a conclu un accord avec les Vingt-Sept. Le devoir du comm

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Novembre 2019 - Causeur #73

Article extrait du Magazine Causeur

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