Le niveau moyen des enseignants-chercheurs en lettres et sciences humaines est en chute libre. Du manque de culture générale à la perte de toute rigueur démonstrative, le déclin de l’université afflige certains étudiants.


Alors que l’effondrement du niveau scolaire des élèves est désormais bien documenté et que les insuffisances (en particulier ortho- graphiques) des instituteurs et des profes- seurs du secondaire, reçus de fraîche date aux concours de l’Éducation nationale ou recrutés à la va-vite au Pôle Emploi, sont de plus en plus difficiles à cacher, un autre phénomène tout aussi inquiétant, si ce n’est plus, nous semble passer encore largement sous les radars : l’affais- sement du niveau des universitaires dans le domaine des lettres et des sciences humaines [1]. Il ne s’agit pas ici d’en faire une analyse sociologique pointue et systé- matique, dont nous serions incapable, mais de livrer le fruit de plusieurs années d’observation et de fréquen- tation d’un milieu universitaire particulier, gravitant autour de la montagne Sainte-Geneviève, complétées par la lecture d’un certain nombre de publications. Il ne s’agit pas non plus d’étendre ce constat empirique à la totalité des universitaires de ce milieu. D’une part, tous les champs de l’enseignement supérieur et de la recherche ne paraissent pas uniformément touchés, et si la sociologie semble particulièrement atteinte, les sciences de l’Antiquité sont à peu près épargnées, tandis que pour l’histoire ou les lettres modernes, le tableau est plus contrasté. D’autre part, même en ce qui concerne les champs de la recherche les plus menacés, le constat doit être nuancé, puisqu’on y trouve aussi des travaux, des professeurs et des chercheurs de grande qualité.

Le signe le plus voyant, mais peut-être aussi le moins remarqué, de cet affaissement du niveau des universitaires est l’avachissement de leur tenue. Sur le plan vestimentaire, l’heure n’est plus à regretter la disparition de la cravate, mais plutôt à rappeler que les T-shirts rapportés d’on ne sait quel colloque des années 1990, à la blancheur douteuse et aux motifs passés, ne sont pas vraiment appropriés à la fonction de la personne qui les porte, de même que les Converse percées ou que les jeans troués. Ce relâchement vestimentaire, dont on peut penser qu’il n’est pas sans rapport avec le déclassement social des universitaires, jadis bourgeois installés et reconnus par la société, aujourd’hui mal payés, surtout en début de carrière, et considérés comme des bouches inutiles, va souvent de pair avec des manquements aux règles les plus élémentaires du maintien (corps avachis, jambes allongées et écartées) ou de l’expression (gouaille de poissarde, vocabulaire inadapté, prononciation négligée).

Négligences universitaires

Cependant, cette négligence, non pas générale mais largement répandue, de leur tenue par des universitaires qui se respectent de moins en moins ne se confond pas forcément avec un second phénomène, l’effondrement culturel et intellectuel d’une partie de ce milieu. En effet, des dehors négligés n’empêchent pas de tenir des propos passionnants, à la fois informés et intelligents, ce qui est heureusement souvent le cas. Pourtant, la baisse du niveau des élites universitaires est elle aussi patente, sans être universelle. On peut distinguer des lacunes de culture générale et des défauts de raisonnement, souvent concomitants.

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La maîtrise des finesses de la syntaxe et du vocabulaire français, pourtant premier indice d’une culture solide, n’est pas toujours au rendez-vous, parfois même chez des professeurs de lettres. Les faits de civilisation des époques antérieures, du xixe siècle, ou même de notre époque, sont parfois étrangement mal connus. À titre d’exemple, les études portant sur Le Cousin Pons de Balzac, roman qui fait une place de choix à la figure du collectionneur, montrent souvent que leurs auteurs semblent n’avoir jamais mis les pieds dans une boutique d’antiquaire, dans une salle des ventes ou au département des objets d’art du Louvre, malgré le peu d’effort que cela demande. Incol- lables sur la Comédi

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Mars 2020 - Causeur #77

Article extrait du Magazine Causeur

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