La démocratie interne, c’est un peu comme l’échangisme dans le couple : excitant sur le papier mais bougrement difficile à pratiquer chez soi sans dégâts. La preuve, c’est que le PS devenu majoritaire a enterré le serpent de mer de la démocratie participative pour faire désigner Harlem Désir par le Soviet suprême de la motion Aubry-Ayrault.

À droite, où le nec plus ultra consiste à imiter l’autre bord – qu’y a-t-il de plus chic à exhiber qu’un député UMP pro mariage homo ? – une fois le vent de l’opposition arrivé, le vote des militants était censé résoudre la querelle des egos entre Jean-François Copé et François Fillon. Résultat : avec 55% de participation et un combat à couteaux tirés, les adhérents de l’UMP ont fait mentir les sondages, tels de vulgaires militants Verts refusant de désigner le médiatique Nicolas Hulot au détriment de la glaçante Eva Joly.

Hier soir, les amateurs de soap operas aux intrigues burlesques en ont eu pour leur argent. Longtemps, on a cru que Fillon gagnerait de peu, tandis que son challenger pseudo droitier remporterait une victoire symbolique par un court revers validant a posteriori sa stratégie de campagne calquée sur les thématiques du dernier Sarkozy. Car tout miser sur la critique de l’immigration, de l’islam et l’exaltation de la nation républicaine, pour agrémenter le refrain libéral qui fait l’unanimité dans les rangs de la droite actuelle, vous attire inévitablement les foudres de Nicolas Domenach mais rapporte gros électoralement.

N’écoutant que son courage, comme Bonaparte sur le pont d’Arcole, Jean-François Copé a ainsi annoncé son élection de primus inter pares dès 23h34. Soit quelques heures après avoir dénoncé des irrégularités dans quelques bureaux de vote, dont un ubuesque résultat niçois où le nombre de participants aurait dépassé le chiffre de la liste d’émargement, dans la circonscription même d’Eric Ciotti, directeur de campagne… de François Fillon. Au même moment, les porte-flingues de son adversaire, Pécresse et Wauquiez, criaient au putsch de Copé-Tejero, peu avant que leur champion Fillon ne déclare disposer de 224 voix d’avance et faire toute confiance au verdict final de la Commission des opérations de contrôle, juge impartiale de l’honnêteté du scrutin.
Deux vainqueurs, des appels concurrents à accepter la défaite, des discours unitaires pour deux, des comparaisons qui pleuvent avec les congrès socialistes de Rennes (1990), Reims (2008), l’élection américaine de 2000, et même… avec la nuit des longs couteaux (1934, reductio ad hitlerum oblige…), des jérémiades des chaisières de chaque camp prenant à témoin les journalistes des trémolos dans la voix : « mais pourquoi n’a-t-il pas appelé son concurrent ? », c’est peu dire que la nuit commençait sous les pires auspices.

Tout cela ne nous donnait pas de vainqueur. Un huissier apparu sur les lieux de la discorde niçoise nous apprend qu’une seule voix serait frauduleuse localement, insinuant que le scandale de la Promenade des Anglais cache une intox du camp Copé. Pas de quoi pavoiser, ni d’extrapoler quelque résultat national que ce soit.
Une seule chose est sûre : devant leurs écrans de télévision, deux anciens candidats à la présidentielle n’ont pas dû bouder leur plaisir. Nicolas Sarkozy, puisque le vaincu de mai 2012 prend sa revanche sur ses anciens grognards Fillon et Copé, incapables de prendre le dessus l’un sur l’autre. Et un certain François Hollande, que les embrouillaminis de l’UMP éloignent enfin des débats sur la TVA sociale, du reniement social-libéral du choc de compétitivité et des couacs gouvernementaux.

L’avenir nous dira si la droite post-gaulliste se remet de cette foire d’empoigne et si Nicolas Sarkozy profitera du tragi-comique duo Fillon-Copé comme jadis le phénix Hollande revenu de ses cendres après le déplorable combat de boue Royal-Aubry de 2008. En tout cas, à l’heure nocturne où j’écris ces lignes, la maréchaussée ne signale encore aucun combat de rue au carré Hermès au sud du 16e…

*Photo : UMP.

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