Viré de France Inter, Stéphane Guillon est-il réellement un martyr de la foi ?

Il l’aura bien cherché, mouillé son maillot, cent fois sur le métier remis l’ouvrage. Mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années. Il l’a obtenu de haute lutte et ne le lâchera plus, son bâton de maréchal, son summa cum laude. Héros et Martyr. Guillon viré, enfin, entré au panthéon des victimes de la droite réactionnaire, qui a commis la forfaiture la plus honteuse que l’on puisse imaginer : l’atteinte au droit de libre expression. Bingo ! The winner is Stéphane Guillon !

Un « humoriste », cela a tous les droits, dit la vulgate de gauche. Eh bien, non. Un humoriste n’a pas le droit de ne pas être drôle, par exemple. Et je ne trouvais pas Guillon drôle. Comique de répétition relou, toujours pareil. Où est l’esprit, où est la nouveauté lorsqu’un comique, devient à ce point prévisible ?

Il y avait eu un précédent en eau de boudin, lorsque Frédéric Bonnaud racontait inlassablement les mésaventures de « Mon Nicolas » sur Europe 1, d’une voix trop haut perchée. Pari impossible que de feuilletonner ainsi pendant toute une saison sur le même sujet. Insupportable parce que plus drôle du tout. Alors Guillon s’y est mis, en draguant la bonne gauche de la gauche, celle qui croit penser, mais ne fait jamais que réagir. Tout ce qui est à droite est moche, con, nul. Tout ce qui est à gauche est élevé, moral, éclairé. Le monde à la photocopieuse, en tout noir et en tout blanc. Et Guillon buzzait. Donc il avait raison ? Pas du tout : il prêchait des convaincus, ceux qui appartiennent à la « gauche automatique », ceux qui se marrent, qui se bidonnent, trop heureux de se faire instrumentaliser, parce que c’est le prix à payer pour en être…

Des légions entières de beaufs de gauche

Pour en être, pour y appartenir, aux légions de beaufs de gauche aussi nombreux que ceux de droite. Car ils sont bien légion, les beaufs de gauche, sauf qu’ils se singularisent. Le beauf de gauche s’habille d’humanisme, de moralisme ou de militantisme pour se distinguer. À part cela, il est aussi primate, primitif et primaire que le beauf de droite, une sorte de Gaston Lagaffe complètement aigri, souvent loser, qui n’existe qu’en étant contre. Contre la droite bien sûr, mais aussi le grand capital, les méchants de toutes sorte. Parce que le beauf de gauche lui a toujours toutes les solutions, yaka l’écouter, faucon le suive. En lieu de cela, il se panurgise et se retrouve au chaud en bêlant de concert avec les autres moutons. Position confortable qui évite de douter, de s’interroger, de prendre de la distance.

Quand Guillon pratique le harcèlement

Retour à Guillon. On ne pourra pas dire qu’il n’a pas produit des efforts acharnés pour se faire virer. Passons sur le mauvais goût, les délits de sale gueule « humoristiques » pour en venir au bombardement quasi quotidien de ses deux patrons, Jean-Luc Hees et Philipe Val. Nommés par Sarkozy, donc chiens forcément. Un message répétitif qui voulait dire : “Je vous chie dans les bottes, mais vous z’êtes pas cap.” Bien sûr que si. C’est un bon principe que, quand on vous colle une, vous en rendiez deux. Une pour rétablir l’équilibre, et une autre en cadeau de la maison. « Je ne suis pas Domenech », disait Jean Luc Hees au Monde, et il a bien raison. L’autre aurait trop aimé que le patron de Radio France lise en plus un communiqué de reddition, comme Raymond-la-pas-Science l’a fait avec son équipe de Bleus. Même pas en rêve…

Contre nous de la tyrannie, l’étendard sans gland est levé !

Oui, mais moi, Guillon, je suis humoriste et le droit à la libre expression est sacré. Comme elle est facile, cette excusette. Ah ! la liberté du fou, le bouclier final contre tous les Dark Vador du mal. L’humour n’est de qualité que lorsqu’il s’accompagne de légèreté, même pour dire des abominations. Guillon, lui, pratiquait cette forme de sous-humour qu’est la dérision, qui renvoie à sa substance : le dérisoire, le pas sérieux. Or, il n’y a pas plus sérieux que l’humour. On peut prendre en exemple Guy Bedos, bien de gauche certes, mais avec de l’esprit et de la légèreté, de la créativité. Sauf que lui, il va chercher ses spectateurs sur les scènes, et pas bien à l’abri derrière le micro calfeutré d’un service public qui n’a qu’a être bonne fille ad nauseam.

Il ne manque pas de sel que Philippe Val ait été obligé de virer Guillon, lui qui, pendant des lustres, n’a pratiqué que cela, la dérision, la gauche ouarf-ouarf. Tant pis pour lui, ou tant mieux. On ne peut pas jouer à yau de poêle toute sa vie, faut bien en sortir un jour, dans la douleur parfois…

De profundis Didier Porte

Je suis un salaud, et je manque de solidarité avec l’autre « victime », Didier Porte qui lors d’un sketch mettant en voix Dominique de Villepin lui faisait dire à plusieurs reprises « j’encule Sarkozy », un anelkisme qui semble faire florès. Gros, gras, vulgaire. Nicolas Canteloup a fait pendant toute une saison un personnage récurrent de son Villepin qui déteste Sarkozy. Jamais une vulgarité, jamais une lourdeur. Et cela faisait rire.

Non, je ne parlerai pas de Didier Porte, parce qu’il est définitivement un très triste sire. Il s’est répandu dans la presse avec un argument qui tue, enfin qui le tue lui même. En substance : je vais mal et j’ai deux gosses dont je ne peux plus m’occuper, alors je vais les donner à l’assistance publique. Le chantage aux enfants ! Manquait plus que ça : j’ai le droit de dire n’importe quoi, parce j’ai des bouches à nourrir. Pauvre type, t’avais qu’à y penser avant, et tu pourras toujours te souvenir qu’il y a dans ce pays des millions de parents qui ont des bouches à nourrir, sans tomber dans cet odieux chantage. Ils se sentiraient déshonorés de proférer des monstruosités pareilles. Il est vrai qu’ils ne sont pas « humoristes », mais simplement laborieux…

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