Il n’est nul besoin d’être Madame Soleil ou Monsieur Boubakar pour prévoir que le pavé parisien sera, dimanche 13 janvier, largement occupé par une foule d’hommes, de femmes et d’enfants répondant à l’appel du collectif « la manif pour tous », s’opposant à l’instauration du mariage homosexuel. Les signes d’une importante mobilisation sont visibles jusque dans les provinces les plus reculées : lorsque des localités de moins de trois mille habitants arrivent à remplir deux ou trois cars pour «  monter à Paris », on peut supposer que l’addition, même minorée par la préfecture de police sera, au bout du compte, plutôt trop salée au goût du président de la République et du gouvernement…

L’histoire récente nous montre qu’au-delà d’un million de manifestants à Paris, aucune loi ne peut être imposée au pays en dépit de l’existence d’une majorité parlementaire disposée à la voter. Ce fut le cas pour la manif du 24 juin 1984 contre la loi Savary instaurant un «  grand service public unifié de l’éducation » (2 millions  de participants selon les organisateurs, 550 000 selon la police). Le projet fut enterré, le premier ministre Pierre Mauroy remercié, le président Mitterrand sauvant ainsi sa réélection quatre ans plus tard. Pourtant, cette mesure figurait au N° 90 des 110 propositions du candidat socialiste à l’élection présidentielle de mai 1981.

Ce fut le cas, en sens inverse, dix ans plus tard, lorsque le peuple laïque descendit dans la rue (1 million selon les organisateurs, 300 000 selon la police) pour s’opposer à la loi Bayrou déplafonnant les subventions à l’enseignement privé. Bayrou remit la loi dans sa poche, et cogéra lâchement l’Education nationale avec les bureaucraties syndicales.

Autant dire que la bataille des chiffres fera rage dimanche soir. Si les organisateurs arrivent à accréditer l’idée que la barre du million de manifestants a été atteinte, voire dépassée, l’avenir de la proposition n° 31 du candidat François Hollande, la légalisation du mariage de deux personnes de même sexe, sera sérieusement compromis.

Ce mariage gay ne pourrait alors être sauvé que par une manifestation en riposte à celle incarnée par Frigide Barjot d’une ampleur équivalente, ce qui semble peu probable au vu de la faible mobilisation des partisans de cette mesure en décembre dernier. Les sondages montrant une majorité plutôt favorable (encore qu’en diminution régulière) n’induisent pas une activité militante en expansion pour la défense du mariage gay. En France, c’est bien connu, on va plus volontiers aux manifs contre qu’aux manifs pour.

La pilule du lundi matin sera donc plutôt dure à avaler par un François Hollande et un Parti socialiste qui n’avaient pas mesuré l’attachement de la majorité du peuple, y compris de gauche et/ou  non religieux, à la forme traditionnelle de la famille, pourtant mise en évidence dans la plupart des études sociologiques récentes. L’argument, inlassablement ressassé par la majorité, selon lequel le président de la République aurait reçu mandat du peuple d’instaurer le mariage gay du simple fait qu’il a obtenu 51,7% des suffrages est une fumisterie. Le choix des électeurs se fait sur une évaluation globale des deux candidats du second tour en pesant les avantages et les inconvénients de l’un ou de l’autre… Il n’y a donc aucune contradiction à avoir voté pour François Hollande le 6 mai 2012, et à venir exprimer son opposition au mariage gay sur le Champ de mars dimanche prochain.

Hollande peut choisir de passer en force, ce qu’il fera certainement si le nombre estimé des manifestants est inférieur à 500 000. Mais l’image de la présence  massive dans la rue de cette France modérée, des villes moyennes et petites faisant entendre sa voix dans une capitale dominée par les élites et les bobos devrait le faire réfléchir. Mieux vaut une promesse électorale mise au placard qu’un divorce avec cette petite France des familles qui n’aime pas être bousculée dans le peu de certitudes qui lui reste.

 *Image : La Manif pour tous.

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