L'écrivain Aiat Fayez a fait ses valises.

C’est à se demander si on va s’en remettre. L’écrivain Aiat Fayez nous quitte. Mais si. Il l’a annoncé avec emphase dans Libération le 14 octobre dernier : « Je fais mes valises. Je range mes affaires […] j’emporte le minimum qui est déjà de trop. » Diable, pourquoi ce départ précipité ? Il y a « trop de mépris pour pouvoir continuer à vivre ici », écrit notre émigrant qui ne supporte plus le regard des Français sur l’étranger qu’il est. Et puis demander un tampon pour prolonger son titre de séjour lui semble bien trop humiliant, lui qui estime avoir le « droit » de rester sans tampon. Souhaitons à M. Fayez de trouver un pays qui ne réclame aucun tampon. On lui suggère la Lune.

Une histoire d’amour qui n’avait jamais commencé

À vrai dire, il n’est pas très surprenant que l’histoire d’amour entre la France et M. Fayez s’achève ainsi. Elle avait assez mal commencé. Un peu comme celle d’un homme qui rencontrerait une femme et la traiterait de prostituée dans la foulée. Arrivé en France il y a dix ans, M. Fayez s’est imaginé qu’il débarquait à Auschwitz. Certes, on ne lui demandait rien, mais il était envisageable, de la part d’un nouvel arrivant, de considérer ses hôtes avec une certaine sympathie, une envie de les comprendre et de les respecter. M. Fayez a préféré voir en nous des ordures obnubilés par la haine du Juif, de l’étranger et de la femme. C’est son droit, mais comme entrée en matière, il y avait plus généreux. Il me semble que si j’allais vivre dans un pays étranger, ce qui du reste est arrivé, mon premier mouvement ne serait pas celui-là. M. Fayez aurait pu louer notre art, notre littérature, notre histoire ? Non, je sais, quand on vient d’un peuple « colonisé », on se doit de mépriser tout cela. Il aurait pu alors admirer l’ouverture d’esprit et la tolérance d’un peuple qui, en trente ans, a accueilli des millions d’étrangers, leur proposant de partager son identité et de leur donner une place en son sein ? Niaiserie réactionnaire. L’individu Fayez avait tous les droits sauf celui de respecter le peuple qui l’accueillait.

L’homme qui marche à quatre pattes

Je ne nie pas que M. Fayez ait pu être victime de préjugés au cours de sa période passée chez nous. En a-t-il été plus victime qu’ailleurs ? J’en doute. Je ne connais aucun pays où la culture des nouveaux arrivants n’entre pas, d’une manière ou d’une autre, en conflit avec celle des autochtones, surtout quand les nouveaux arrivants sont nombreux et se donnent parfois le droit de mépriser l’ancienne manière de vivre. Dans ce domaine, la France n’a strictement rien à se reprocher, il faudra bien se coller ça dans le crâne, même si c’est devenu un sport national de se couvrir la tête d’excréments et de tripes pourries comme les saints autrefois. Aucun peuple au monde n’a accueilli aussi pacifiquement, en une période si brève, autant d’étrangers que nous, avec les conséquences sur notre mode de vie que cela impliquait. Aucun. Allons plus loin et gageons que certains peuples qui nous crachent au visage et nous font la leçon à longueur de journée auraient certainement organisé des pogroms s’ils eussent subi le quart de l’immigration que nous avons subie. Alors peut-être en effet, M. Fayez a-t-il eu à se plaindre, un jour, d’un regard de travers de la part de sa boulangère. Peut-être a-t-il entendu une remarque désobligeante dans son dos. Peut-être même s’est-il senti réellement humilié de faire la queue à la Préfecture pour son fameux tampon. Mais de l’expérience diverse de la France, c’est cela qu’il a choisi de garder, et cela uniquement. « L’étranger à chaque rencontre balbutie devant la haine qui scintille dans les yeux de son interlocuteur », écrit-il dans Cycle des manières de mourir, son roman paru chez POL en 2009. « Pour arriver dans sa rue, pour atteindre sa maison, l’étranger en vient à marcher à quatre pattes, » écrit-il encore. Non, M. Fayez, l’étranger ne marche pas à quatre pattes en France, seul le lâche, qui porte en lui son ignominie, se déplace ainsi.

Rage et ressentiment

On sent dans cette rage et ce ressentiment la petite « ivresse de puissance » dont parlait Nietzsche. « Dans toute plainte, il y a une dose raffinée de vengeance, on reproche son malaise, dans certains cas même sa bassesse, comme une injustice, comme un privilège inique, à ceux qui se trouvent dans d’autres conditions. » M. Fayez, thésard attardé depuis dix ans, écrivain raté, incapable de s’intégrer à la société française à cause de ses terreurs, se venge sur ses hôtes en les insultant jusqu’à la nausée. Fort bien. Sortons un mouchoir, nettoyons-nous le visage pour en ôter le glaviot, et agitons-le en souriant. Au revoir, Monsieur Fayez, envoyez-nous des cartes postales.

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