Dans Le Vent de la liberté, le réalisateur allemand Michael Bully Herbig retrace l’histoire vraie de la tentative  de deux couples d’Est-Allemands de s’évader de la RDA… en montgolfière. 


Avec le nouveau film du réalisateur allemand Michael Bully Herbig, Le Vent de la liberté (Ballon), sorti en France en ce mois d’avril, les Allemands ont pu se remémorer les quatre décennies d’existence de la République démocratique allemande (1949-1990), à l’approche des célébrations du trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, le 9 novembre prochain. Les chanceux qui ont grandi à l’Ouest pourront mesurer ce qu’ont enduré les quelque 16 millions d’Allemands coincés de l’autre côté du « rideau de fer » et la détermination de certains de leurs compatriotes pour s’extraire, au péril de leur vie et de celle de leurs enfants, d’une société plombée par la paranoïa et la cruauté des autorités, et condamnée à péricliter en raison de sa médiocrité et de sa mesquinerie.

Ballon d’air frais

Ce constat n’a pourtant pas été du goût de Libération qui, dans une critique particulièrement condescendante, descend en flèche cette production honorable et particulièrement intéressante sur le plan mémoriel. Car à la différence des films Good Bye Lenin ! (2003) ou La vie des Autres (2006), le scénario présente l’avantage d’être tiré d’une histoire vraie et de figurer ainsi dans la catégorie des thrillers historiques. Il retrace à un rythme haletant les tentatives d’évasion à l’Ouest en 1979 de deux familles est-allemandes, qui confectionnèrent des montgolfières avec des moyens rudimentaires, sous la surveillance permanente de la sinistre Stasi et de compatriotes plus malveillants les uns que les autres. Le Musée du Mur (Mauer Museum) érigé non loin de Check-Point Charlie, l’ancien poste-frontière de la Friedrichstrasse, à Berlin, présente encore aux visiteurs les trésors d’ingéniosité déployés par les candidats à l’évasion : montgolfières, petits avions, kayaks, doubles coffres et portes de voiture, dont la fabrication nécessita parfois des sacrifices incommensurables.

« J’ai l’impression qu’aujourd’hui la mémoire est beaucoup moins sûre d’elle-même… »

Entre le milieu des années 1970 et 1989, sur près de 38 000 tentatives d’évasion, 462 ressortissants Est-Allemands – dont de nombreux enfants – furent abattus par les garde-frontières allemands (Grenztruppen der DDR), qui avaient ordre d’abattre les fuyards. Les survivants, considérés comme des traîtres à la patrie connurent souvent les pires humiliations et sévices en prison. La visite de la prison de la Stasi à Berlin (devenue depuis 1994 le Mémorial Hohenschönhausen) demeure le témoignage tangible de cette accumulation de souffrances. Le film de Michael Herbig a également le mérite de rappeler à notre souvenir le personnage d’Erich Mielke, chef de la Stasi de 1957 à 1989, avant tout connu pour son rôle central dans l’organisation du système de répression est-allemand. Cette personnalité cauchemardesque – mais fort bien informée – ne fut pourtant incarcérée que pendant six ans (pour deux meurtres commis dans les années 1930 !) avant de finir paisiblement ses jours dans une maison de retraite, non loin de la prison de la Stasi.

« J’ai l’impression qu’aujourd’hui la mémoire est beaucoup moins sûre d’elle-même et qu’elle doit lutter sans cesse contre l’amnésie et contre l’oubli », déclarait Patrick Modiano, lors de son discours de réception de son prix Nobel de Littérature en 2014. Rien que pour cette raison, il est urgent d’aller voir Le Vent de la liberté.

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