La quasi-gratuité et l’absence de sélection à l’entrée de notre système universitaire amènent dans les facs des bacheliers qui n’ont pas le niveau. Investissant à pure perte dans des études vouées à l’échec, ces post-adolescents frustrés s’engagent dans les syndicats étudiants partisans du statu quo. Le cercle vicieux se referme.


Renan voyait dans la faiblesse du système universitaire français une des raisons de la défaite de 1870 : « Dans la lutte qui vient de finir, l’infériorité de la France a été surtout intellectuelle ; ce qui nous a manqué, ce n’est pas le cœur, c’est la tête1. » Son constat reste juste. L’Université française est organisée de telle sorte qu’elle produit spontanément une défaite de la pensée. Ce ne sont pas les hommes et leurs compétences qui sont en cause : ni les enseignants ni les étudiants ne déméritent pas rapport à leurs homologues étrangers. Ce sont les principes d’organisation, ce que l’on appelait autrefois les institutions, les fondements qui sont en cause.

27 % des étudiants inscrits en première année réussissent leur licence en trois ans

Au début du XIXe siècle, on trouvait sur la porte d’entrée de certains pubs anglais une affichette publicitaire qui proclamait fièrement : There is nothing like a free lunch. (« Rien de tel qu’un repas gratuit. ») Cela signifiait que le client qui commandait une bière dans ces pubs recevait en plus, « gratuitement », un sandwich. C’était le début de la formule « all inclusive » ! Ce qui n’était pas dit dans l’affichette ni dans le slogan publicitaire, c’était naturellement que le prix de la bière incluait le coût du sandwich. Le free lunch était tout sauf gratuit, il était une illusion, un attrape-nigaud. Depuis, l’expression « free lunch » est devenue proverbiale chez les économistes pour caractériser les situations, nombreuses dans la vie économique, où de fausses gratuités (celle des services publics par exemple) génèrent gaspillages et inefficacités. Or, l’enseignement universitaire français repose sur le principe de la gratuité ou de la quasi-gratuité, même si la réalité tend à s’en éloigner progressivement, ma

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Causeur #57 - Mai 2018

Article extrait du Magazine Causeur

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