L’histoire économique enseigne que les unions monétaires semblent vouées à disparaître. Pourquoi en serait-il autrement de l’Eurozone ?


Alors que le débat sur la monnaie unique tend à se focaliser sur des options binaires (Pour ou contre l’euro ? Devons-nous sortir de l’euro ?), d’aucuns ont perdu de vue ce que l’histoire économique peut nous enseigner des précédentes expériences d’unions monétaires. L’Europe, si elle ne tire pas les leçons de son histoire, pourrait répéter la même erreur, en essayant d’établir une union monétaire rigide. L’échec de l’Eurozone avait déjà commencé par deux expériences non concluantes avant que le moindre euro ne soit mis en circulation: le serpent monétaire européen et le mécanisme de taux de change européen. C’est d’ailleurs l’effondrement patent de ces deux initiatives qui avait incité le Royaume Uni à ne pas rejoindre l’Eurozone.

Premier parti, le mieux servi

Dans son rapport, « Repenser l’union monétaire européenne », un banquier d’affaires nordique, Jens Nordvig, a analysé les 67 expériences d’unions monétaires au XXe siècle avant l’euro: elles ont toutes échoué car ces zones se sont effondrées sous le poids de leurs contradictions macroéconomiques (incapacité à mettre en œuvre la convergence entre les économies de la zone) et de leurs dissensions politiques internes. La France, par exemple, a participé au lancement, en 1865, d’une Union monétaire latine avec l’Italie et la Suisse: cette union monétaire a dû être vite abandonnée avec le départ de l’Italie dont l’économie ne pouvait supporter la dépréciation rapide de l’instrument monétaire commun.

Dans l’effondrement des zones monétaires, l’histoire économique nous apprend aussi qu’il y a un catalyseur important, celui du premier départ. Or, paradoxalement, le pays initialement en difficulté au sein de la zone a intérêt à être le premier à sortir rapidement et de manière unilatérale de l’union (dilemme analysé par la théorie des jeux): on constate en effet que les premiers sortants sont toujours ceux qui s’en sortent le mieux au niveau macroéconomique. On citera ici l’exemple de la Tchécoslovaquie lors de la fin de l’empire austro-hongrois, des pays baltes lors de l’effondrement de l’URSS ou encore de la Slovénie avec la partition de l’ex-Yougoslavie.

Un débiteur ne paye pas toujours ses dettes

Hans Werner Sinn, dans son opus Le Piège de l’Euro rappelle les conditions de la fin de la zone rouble lors de la disparition de l’URSS : certains pays, comme l’Ukraine ou la Lituanie, ont pendant quelque temps utilisé à la fois le rouble et une nouvelle monnaie. Ce qui a amené les économistes à penser qu’un pays comme l’Italie, par exemple, pourrait pendant les prochaines années utiliser à la fois l’euro et une devise parallèle sous forme de reconnaissance de dettes. Sinn met aussi en exergue le fait que la puissance centrale et excédentaire en balance des paiements, la Russie, n’a jamais pu recouvrer ses créances sur les anciens satellites de l’URSS. Il est fort probable, en cas de délitement de la zone euro, que les pays excédentaires (l’Allemagne au premier chef) ne seront jamais remboursés, devront abandonner les créances qu’ils possèdent sur les pays du Sud et ne recevront jamais rien en échange de leurs exportations.

Les unions monétaires – qui ne réussissent jamais sur le long terme – ne sont jamais victimes de crises soudaines : elles disparaissent de lents délitements, de la réintroduction de monnaies parallèles et d’un catalyseur final souvent politique : il y a peu d’arguments économiques pour dire que ce n’est pas le sort qui attend la zone euro au cours des vingt prochaines années.

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