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Un été à Miradour : chronique familiale

Un été à Miradour :  chronique familiale
Jeunes femmes assises dans l'herbe, Auguste Renoir. DR

Voyage au cœur de l’été bucolique de Florence Delay.


La vaste demeure, située sur une colline, domine l’Adour et le Bec du Gave. Sur la terrasse, on voit les rapaces voler et couler le fleuve. Deux étages avec escaliers, extérieurs, comme au théâtre, quatre belles chambres au premier étage, d’autres aménagées astucieusement ici et là, un vaisselier basque avec ses recettes écrites. Un fruitier converti en chambre. Du linge dans les armoires pour un régiment. Un confort, sans luxe inutile, pour l’indépendance de chacun. Voilà pour le décor très bourgeois des années 20. « La vie comme au théâtre » peut commencer. C’est élégant, plein d’humour, cultivé, snob à point. C’est Un été à Miradour de Florence Delay. Miradour veut dire : « Regarde l’Adour. »

Dans cette maison — véritable ruche— tout le monde travaille. Tôt le matin, depuis le haut jusqu’en bas. Pas de personnages principaux ni secondaires. Paul, le père, psychiatre à la retraite, s’intéresse, dès cinq heures, à « l’avant mémoire, autant dire l’histoire. » Marianne, sa fille, spécialisée dans la fin’amor, écrit un roman qui se passe dans le Sentier. Dans la maison résonnent les chansons de Salvador, Claude François, Adamo. « L’été l’été l’été il a le sang qui bououout… l’été il est de plus en plus Italiano-o. …O sole mio… » Octave, l’ami de cœur de Marianne — prénom oblige— écrit un court métrage sur le poète Raymond Roussel. La mère Madeleine, dite Madelou, lumineuse amoureuse des lieux, traduit Hölderlin. Albert, le majordome d’Octave, très stylé, a un langage châtié ; Philibert, son compagnon, qu’Albert appelle « mon filleul », aide la famille. Il y a aussi Claudio, l’étudiant, à la vie romanesque. Voilà « la troupe », sans préséance, sur laquelle veille Nénette, l’intendante des lieux. Et puis,— c’est bien bon— on fume dans la maison : Madeleine, aux yeux verts, fume des Kool; Paul, aux yeux bleus, des Gitanes bleues. Marianne, blonde aux yeux bleus, des blondes légères. Octave, des brunes, Claudio, le soir, dans la cuisine, des cigarillos. Albert et Philibert ne fument pas.

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L’après-midi, détente : baignades à la Mer sauvage, soleil, lectures et balades. Certes, il y a, dans cette petite ruche, des algarades où l’on veut avoir le dernier mot mais, dit Marianne, « là-haut règne la politesse ». Surtout, c’est humour à tous les étages. Du franc comique, souvent, et toujours un regard amusé, porté sur soi, les autres, les situations. Les relations entre mère et fille ? Délicieuses. Entre père et fille : complicité de haut vol. De petites scènes s’enchaînent rapidement. D’autres sont vécues sur le vif. Telle une diablerie basque racontée par Charles, le cousin bénédictin de Paul. Ou encore la partie de rebot (pelote), du 15 août, rapportée dans toutes ses étapes comme si on y était : jokoa, arraya, midi, lève- toi, c’est l’angélus— puis le dîner avec rillettes d’oie, poulet basquaise, vin d’Irouléguy. Et, comme dans toute famille, il y a les « petites phrases » qu’on aime se rappeler. Ainsi la promenade en barque. Gide était venu passer quelques jours à Miradour. Au programme, une promenade sur le fleuve. Quand Gide découvre le batelier qui doit l’embarquer, joli garçon bronzé, cheveux en bataille, il baise les mains de Madelou : « Chère, vous êtes merveilleuse, vous pensez à tout ».

Pourquoi enfiler ces trésors de famille ? « Pour que ne meurent pas avec soi ceux qu’on a connus. » écrit Borges. Ce que réussit à faire une écriture qui, rapide, légère, donne l’impression d’entendre les voix de ceux qui ne sont plus. Le monologue (vie privée) alterne avec le dialogue (vie directe). Marianne est aussi bien « je » (personnage comme un autre), et Madeleine, tantôt «  maman » tantôt « Madelou ». « Né du souvenir vivace et latent d’un été » comme l’écrit Raymond Roussel, cet été, rendu intense par l’écriture, regroupe plusieurs étés cousus ensemble, allègrement réinventés, tout autant qu’authentiques. Il est surtout plein de joie de vivre. Un art qui coule de source, mais demande, c’est vrai, l’attention du lecteur.

Académicienne, Florence Delay, est l’auteur d’une œuvre riche et variée que ce soit Mon Espagne Or et Ciel ou l’émouvant Dit Nerval, La vie comme au théâtre ou Mes cendriers. Si elle fut la Jeanne d’Arc de Bresson, sa passion fut et demeure le théâtre. Traductrice de Calderon, on ne peut oublier le grand moment de théâtre que fut « Le Grand débat de l’âme et du corps » à la Comédie française. Ce roman, lui, est un vrai bonheur. Car un bel été, il faut bien le dire, c’est le travail et la littérature !

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Marie-Hélène Verdier est agrégée de Lettres classiques et a enseigné au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Poète, écrivain et chroniqueuse, elle est l'auteur de l'essai "La guerre au français" publié au Cerf.

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