Auteur du Grand secret d’Israël: Pourquoi il n’y aura pas d’Etat palestinien, le journaliste Stéphane Amar voit dans le processus de paix un jeu de dupes. Prenant acte de l’échec d’Oslo et de l’intégration des Arabes en Israël, il préconise la création d’un seul Etat, du Jourdain à la Méditerranée. 


Causeur. Nous sommes à quelques jours du 25e anniversaire des accords d’Oslo (13 septembre 1993). Côté israélien comme côté palestinien, le processus de paix est perçu soit comme un échec (pour ses détracteurs), soit comme une grosse déception (pour ses partisans). Votre livre, Le Grand Secret d’Israël : pourquoi il n’y aura pas d’État palestinien, retrace l’histoire de ce fiasco. Du point de vue israélien, pourquoi la logique d’Oslo était-elle vouée à l’échec ?

Stéphane Amar. Tout simplement parce qu’Israël n’a jamais réellement voulu renoncer aux acquis essentiels de la guerre des Six-Jours, à commencer par la vieille ville de Jérusalem. Il faut rappeler que le mur des Lamentations est juridiquement en territoire occupé et que la plupart des Israéliens ne veulent pas y renoncer. Dans l’opinion israélienne, la volonté de conserver la possession de la vallée du Jourdain, de certaines zones de la Cisjordanie, des nappes phréatiques ainsi que des grosses colonies autour de Jérusalem est l’objet d’un large consensus, y compris à gauche. Or, en signant les accords d’Oslo, les Israéliens partaient du présupposé que les Palestiniens allaient accepter ces exigences. Ils se sont lourdement trompés.

Il y a eu plusieurs tentatives pour sortir le processus de paix de l’impasse. Certains ont proposé d’échanger les blocs d’implantations juives rattachés à Israël en échange de territoires de la même surface accordés aux Palestiniens. Est-ce une option viable ?

Non, car les Palestiniens n’ont jamais accepté le principe des blocs et encore moins la perspective d’échanger des bouts de désert du Néguev ou le long de la bande de Gaza contre des régions urbanisées autour de Jérusalem. Les diplomates sacralisent la ligne verte au pourcentage près, alors qu’il s’agit d’une démarcation complètement fictive qui ne correspond ni à l’histoire, ni à la géographie, ni au ressenti des peuples. En 1949, c’est une simple ligne d’armistice. La partie arabe avait alors bien insisté sur le fait qu’elle ne devait jamais constituer une frontière. In fine, quand on arrive aux points de partage les plus sensibles comme Jérusalem, on voit bien que cette ligne n’a aucune pertinence.

La ligne verte a au moins le mérite d’être un point de repère. À partir de 1967, c’est devenu une référence pour la communauté internationale. Elle semble être une frontière légitime, à défaut d’être naturelle.

C’est vrai, mais le grand paradoxe de ce conflit, c’est que le plus important pour chaque peuple se situe de l’autre côté de la ligne. Pour les Palestiniens, Lod, à côté de l’aéroport de Tel-Aviv, ou Jaffa, dans la banlieue de Tel-Aviv, sont des marqueurs identitaires plus importants que Ramallah. La plaine côtière et la Galilée, l’Israël reconnu internationalement, étaient le cœur de la Palestine d’avant 1948. Inversement, la colonne vertébrale de la nation juive (Hébron, Jérusalem, Naplouse) se situe de l’autre côté de la ligne verte.

Pourtant, entre 1949 et 1967, les Israéliens semblaient se contenter des territoires obtenus à l’issue des guerres, sans le Golan ou Jérusalem-Est, ni la Cisjordanie et Gaza.

Pragmatiquement, ils ont accepté ces réalités – avaient-ils le choix ? –, mais n’oublions pas les efforts considérables qu’Israël a déployés en 1948-1949 pour tenir au moins une partie de Jérusalem. Contrairement à une idée reçue, Ben Gourion était profondément imprégné de culture biblique. Il disait toujours : « Sans Jérusalem nous n’avons aucune légitimité. C’est une priorité de conquérir Jérusalem. » Pendant la guerre de 1948, il a dégarni d’autres fronts afin de briser le blocus de Jérusalem et d’occuper la ville juive. Vingt ans plus tard, la guerre de 1967 a été vécue comme une guerre de libération puisqu’elle a permis aux Israéliens de renouer avec leurs racines. Ceux qui allaient s’installer en Cisjordanie à partir de 1968 étaient certes très minoritaires, mais ils étaient portés par un sentiment largement partagé qui explique la réussite de leur entreprise. Non seulement le nombre d’Israéliens vivant en Cisjordanie a augmenté de façon exponentielle, mais d’après les sondages, de plus en plus de leurs concitoyens sont attachés à cette partie historique d’Israël.

Était-ce dans l’ADN du projet sioniste d’aboutir à ce résultat ?

L’ADN du projet sioniste a fait l’objet de thèses et de livres entiers, donc d’intenses controverses. Chez Herzl, la centralité de Jérusalem est évidente. Dans son roman d’anticipation Altneuland, il imagine une ville où le monde entier viendrait se rencontrer, faire la paix et élaborer des projets. Pour cet homme mort cinq ans avant la création de Tel-Aviv, l’État juif était davantage Jérusalem, Hébron ou Naplouse que sur la plaine littorale. Il n’y a rien d’absurde à ce que les Juifs souhaitent vivre à Jérusalem, à Hébron, dans une patrie qui a finalement toujours été la leur.

Chez les Palestiniens, il y a une sorte d’image miroir : l’OLP parle officiellement d’un État palestinien à l’est de la ligne verte, mais veut en fait beaucoup plus…

Oui, c’est une vaste hypocrisie. Les

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Septembre 2018 - Causeur #60

Article extrait du Magazine Causeur

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