Dans l’affaire de la démission de François de Rugy commandée par Mediapart, Sophie Bachat retient surtout la figure de Séverine de Rugy, personnage féminin échappé d’À la recherche du Temps perdu…


De la tempête François de Rugy, sous fond de homards et de dressing à dix-sept-mille euros a émergé une figure : son épouse, Séverine Servat de Rugy. Cette blonde platine aux tenues tapageuses que l’on voit sur les photos à côté du ministre un peu falot a immédiatement attiré mon attention.

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Car si je n’ai cure des dépenses somptuaires des puissants, j’aime bien les personnalités qui débordent ! Cette anti Pénélope Fillon mérite que l’on s’y attarde. Elle est journaliste people à Gala, et bien sûr cela porte à sourire. Bien qu’à mon sens, il vaille mieux être journaliste à Gala qu’à Mediapart.

Qui est-elle ? Une cagole un peu rock’n’roll ? Une intrigante?

Je me précipite donc sur son compte Facebook, qui ne tarda pas à être envahi par les tricoteuses 2.0 sur un post rédigé à l’occasion de la fête des mères, une ode concernée aux mères célibataires : « Ces femmes qui commencent leur journée à 6h45 et la terminent à 21h. Qui ont, dans le meilleur des cas, deux week-ends par mois pour essayer de construire une vie affective. Toutes mes pensées à elles qui n’en parlent jamais. Qui sont invisibles. Qui se battent. » Il n’en fallu pas plus pour déchaîner la colère des Olympe de Gouges d’opérette. « Gueuse ! », « Salope, tu paies tes orgies sexuelles avec notre argent !! », des insultes qui n’ont plus grand chose à voir avec l’utilisation frauduleuse supposée de l’argent public. La blonde et scandaleuse Séverine est haïe des femmes. La chanson “Venus in furs”, au parfum de soufre, commence à me trotter dans la tête : « Severin Severin speak so slightly / Severin down on your bended knees »… Venus in Furs de Sacher Masoch sera ma première référence littéraire à son sujet. En effet, en exergue sur son compte Facebook, on peut lire cette déclaration, bizarrement formulée pour une journaliste femme de ministre : « Proust forever ! » Mais cette désacralisation du plus grand écrivain français du XXème siècle m’amuse.  Qui est-elle ? Une cagole un peu rock’n’roll ? Une intrigante ? Une femme férue de littérature ? Un peu des trois. Démonstration.

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Toujours sur son profil Facebook, elle a posté une photo de son mariage en décembre 2017 avec la légende suivante : « We did it. Séverine Servat est devenue Séverine Servat de Rugy.  » Nous sentons qu’elle y tient, à la particule. Car si notre sulfureuse fut longtemps la conjointe de Jérôme Guedj, ex-député PS de L’Essonne, la dame monte en grade et s’affuble d’un patronyme aux relents proustiens. Son histoire avec Jérôme Guedj est connue des cercles littéraires. En effet, la nouvelle femme de celui-ci, l’auteure Emilie Frèche, a dressé un portrait peu flatteur de celle qui l’a précédée, dans son roman Vivre Ensemble paru en 2018 où elle est décrite en mère manipulatrice un peu hystérique. Ce ne fut pas du goût de Séverine qui a tenté de faire interdire le roman. Son ex-compagnon a apporté de l’eau au moulin de l’hystérie en tenant les propos suivants : «  Dès que Séverine a appris que je partageais la vie d’Emilie, elle m’a envoyé des centaines de textos d’insultes et d’outrages à l’encontre de ma nouvelle compagne. » 

A-t-elle changé François de Rugy?

Quant à l’entourage de son nouveau mari de ministre, il n’est guère enthousiaste au sujet de la blonde journaliste. Les dîners qui firent scandale seraient d’après de nombreux proches, l’initiative de sa femme : «  Je suis surpris, il n’était pas comme ça avant » lit-on dans Presse Océan.

Séverine de Rugy, en admiratrice de Proust, se rêvait-elle en Odette de Crecy, la demi-mondaine dont Swann est fou amoureux et qui épousa un aristo ? Se voyait-elle comme elle à la tête d’un salon littéraire et mondain pour faire la pige à la bourgeoise Verdurin ?

J’aime l’imaginer, car cela fait de Séverine une antimoderne. À part selon son propre aveu être « fan de Macron », elle n’est dans aucune posture militante qui aurait certainement fait passer la pilule.  Elle veut assumer la part de glamour qui lui est due en tant que femme de ministre et cela est reposant. Séverine est humaine, peut-être trop humaine dans une époque qui l’est nettement moins. Quant à François de Rugy, ce terne personnage, il pourra grâce à sa femme s’exclamer un jour, à l’image du Swann de Proust : « Dire que j’ai gâché des années de ma vie pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre. »

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