La famille royale aimerait que la naissance de son dernier chérubin, Archie, soit mieux accueillie. Mais beaucoup d’Anglais sont bien plus préoccupés par le sort de millions d’enfants pauvres sur leur territoire. 


Au terme d’un suspense savamment entretenu par les médias à l’échelle planétaire, était enfin annoncée, le 6 mai, la naissance d’Archie Harrison Mountbatten-Windsor, « royal baby », fils de Harry et Meghan, les Duc et Duchesse de Sussex, dont le mariage le 19 mai 2018, avait défrayé la chronique en marquant un tournant manifeste pour la famille royale britannique.

Cher « royal baby »…

L’agitation médiatique est frénétique autour du « bébé royal », qui est le fruit d’une union entre une actrice hollywoodienne métisse et un descendant de l’ancienne maison des Saxe-Cobourg-Gotha (appelée maison de Windsor par la famille royale britannique pour faire oublier ses origines allemandes en 1917). Par opposition au Brexit, présenté le plus souvent sous un jour extrêmement négatif et qui n’en finit pas d’envenimer la vie politique britannique, cette naissance est censée symboliser le triomphe du multiculturalisme et du vivre-ensemble face à la tentation du repli identitaire qui guette les Etats de la « vieille Europe ». S’agissant d’une si noble cause, on ne saurait lésiner sur les moyens financiers mis à disposition pour en porter l’étendard.

En rétrospective, on sait maintenant, grâce aux tabloïds anglais, que le mariage de Meghan et Harry, financé en grande partie par l’argent des contribuables britanniques, a bien coûté 32 millions de livres sterling (ce qui inclut le coût de la robe de Meghan achetée finalement pour 500 000 dollars !). Plus récemment, une « baby shower » – cérémonie prénatale de remise de cadeaux à la future mère – organisée à New York en février 2019 par les amis de Meghan a atteint la bagatelle de 330 000 £. Les nombreux invités au rang desquels se trouvaient par exemple la championne de tennis Serena Williams et Amal, l’épouse de l’acteur George Clooney, ne sont pas repartis les mains vides mais avec un sac de cadeaux d’une valeur de 700 livres sterling !

4,5 millions d’enfants pauvres

Cette exhibition décomplexée de leur immense richesse par des membres de la famille royale peut cependant paraître indécente au regard de la situation de pauvreté de dizaines de milliers d’écoliers anglais, qui se rendent désormais chaque jour à l’école le ventre vide. Cet étalage de luxe intervient, en effet, dans un contexte où 4,5 millions d’enfants au Royaume-Uni sont tombés dans la pauvreté au fil des dernières années. Les ONG, telles que End Hunger UK ou bien la Food Foundation, tirent depuis quelques années déjà, la sonnette d’alarme concernant la réapparition de la faim ou du manque de nourriture dans les familles britanniques défavorisées. N’en déplaise aux pourfendeurs du Brexit, la paupérisation à un rythme inquiétant des classes populaires et d’une partie des classes moyennes, est une cause supplémentaire du vote des électeurs en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Les opposants à la monarchie, regroupés dans le groupe de pression Republic, dénoncent, quant à eux, depuis longtemps, une disproportion criante de traitement entre celui des enfants britanniques dans leur ensemble et celui réservé aux « Royals ».

« Les enfants perdus d’Angleterre »

On peut également mentionner l’attitude dévoyée – voire la faillite – des services sociaux britanniques, épinglés par les Nations unies elles-mêmes. Afin de remplir des foyers gérés par des sociétés privées au nord du pays, ces services placent de force et en toute impunité des enfants arrachés à leurs familles – la plupart venant du Grand Londres – dans ces institutions, sous les prétextes les plus fallacieux. 70 % des foyers pour mineurs appartiennent, en effet, non pas à l’Etat, mais à de grosses entreprises qui font d’énormes profits dans le cadre de ce trafic légalisé. Les foyers sont ainsi construits dans une logique économique sans tenir aucunement compte de l’intérêt des enfants et des familles. Nombre de ces enfants sombrent ensuite dans le désespoir, avant de devenir la proie de cercles qui les exploitent sexuellement. Ces cercles criminels sont parfois dirigés par des ressortissants du Pakistan ou du Bangladesh. Peu de personnes osent dénoncer ce phénomène de peur d’être taxés de discrimination. En témoignent les scandales sexuels de Rotherham, Rochdale, Telford et Oxford. Un reportage « Les enfants perdus d’Angleterre » présenté par Marina Carrère d’Encausse et diffusé sur France 5 le 16 avril dernier, rappelait à cet égard les tenants et les aboutissants de ces pratiques inouïes outre-Manche.

Autre chose en tête…

Cette succession de scandales a révulsé nombre de Britanniques qui, se sentant impuissants face à l’emprise du politiquement correct et à l’inertie de leur système, ne souhaitent plus qu’une chose : protéger véritablement les familles et les enfants ; reprendre les rênes de leur destin au plus vite ; contrôler les flux migratoires ; accélérer les expulsions de criminels étrangers et en finir avec l’impunité dont jouissent les services sociaux en vertu de lois aujourd’hui jugées iniques telles que le Children Act de 1989 qui, depuis trente ans, sous prétexte de les protéger, brise des familles et vulnérabilise des enfants, le plus souvent dans un souci de rentabilité au profit de sociétés privées qui ont pris place sur le marché.

C’est pourquoi dans un tel contexte, il n’est pas certain que la naissance d’un nouveau membre de la famille royale dans des conditions ultra-privilégiées, soit un élément apaisant, rassurant et unificateur pour le reste de la société britannique.

 

 

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