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Qu’aurions-nous fait à la place d’Irmgard Furchner?

Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens, si j'avais été allemand?

Qu’aurions-nous fait à la place d’Irmgard Furchner?
Le tribunal de Itzehoe chargé de juger Irgmard Furchner, 30 septembre. Le procès de la femme de 96 ans a été repoussé, car elle ne s'est pas rendue au tribunal © Markus Schreiber/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22610548_000006

L’Allemande Irmgard Furchner, 96 ans, en fuite puis retrouvée, est accusée de complicité de meurtres. Elle était secrétaire dans le camp nazi de Stutthof pendant la Seconde Guerre mondiale.


Irmgard Furchner, 96 ans, est accusée de complicité de meurtres commis entre 1943 et 1945. Elle était secrétaire dans le camp du Stutthof. Elle ne s’est pas présentée devant le tribunal qui devait la juger.

En 2020, l’ex-gardien de ce même camp, 92 ans, avait été condamné par le tribunal de Hambourg à deux ans et demi de prison avec sursis. En effet, depuis un changement de jurisprudence opéré en 2011 par la Cour constitutionnelle, les « petites mains » du nazisme, si on peut dire, peuvent également être poursuivies. Je ne discute pas la légalité ni la légitimité de ces procédures à l’encontre de personnes très âgées, incriminées, et pour l’une sanctionnée, à cause de leur implication dans le processus mortifère nazi.

Courage rétrospectif

Je n’ai toutefois jamais aimé les courages rétrospectifs ni les résistances en chambre qui s’affirment si aisément de très longues années après les faits guerriers et tragiques. De Gaulle s’est moqué, lors de la libération de la France, de cette multitude de prétendus héros sortis de l’ombre dans laquelle ils s’étaient glissés précautionneusement. J’éprouve la plus vive admiration pour les vrais résistants de l’origine, les plus discrets, et je suis très compréhensif pour la masse qui s’est contentée de tenir et de survivre en s’efforçant au moins de ne pas nuire à autrui.

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Dépassant le cas de la France, je voudrais réfléchir sur les régimes totalitaires, hitlérien ou stalinien, en me demandant ce que chacun aurait fait ou non, plongé dans cette horreur de l’époque. À partir du moment où il était inconcevable de refuser, sous peine de mort, une fonction qui vous était imposée, il ne me semble pas indécent ni sacrilège de nous questionner aujourd’hui : aurions-nous été des soumis ou des révoltés, aurions-nous fui ou obéi quitte à accepter de mettre la main, même de manière bureaucratique, dans les atrocités qui étaient commises ?

Rares sont ceux qui disent non

Je sais bien qu’il n’est personne qui aurait le front de s’afficher modeste et peureux, en admettant ne pas savoir ce que dans ces anciennes circonstances tragiques il aurait eu le courage ou non d’accomplir.
Pourtant cette interrogation est capitale qui nous renvoie aux crimes et aux tragédies de l’Histoire et à notre destin face à eux si nous les avions subis.

Autant pour la délinquance et la criminalité ordinaires il est possible, sans trop se tromper, de se dire qu’on ne serait jamais pris dans leur étau, autant, pour ces condamnations historiques, en se plaçant au niveau du citoyen de base, il faut toujours, si longtemps après, se questionner : moi, qu’aurais-je été, qu’aurais-je accompli, qu’aurais-je refusé ?

Honnêtement, on ne le sait jamais sauf à être d’une forfanterie sans limite.
C’est la chanson de Jean-Jacques Goldman sur Leidenstadt.

Certains rares disent non, beaucoup font le gros dos.
En rêve on est tous des héros.

Puis on retombe.


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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