Souvenez-vous. L’espèce est apparue au siècle dernier, dans les années 1980. Venus d’on ne sait où, les ados ont proliféré rapidement, en ville et en campagne, dans les foyers aisés ou modestes, traditionnels ou mono, bi ou homo. Pour que leur cohabitation avec les humains se passe sans heurt, il fallut observer ce nouveau peuple, l’étudier à grand renfort de sociologues, linguistes ou psys.
À l’époque, chacun de nous a croisé un ado, soit à la maison, soit chez des amis. Mâle ou femelle, il  était facilement reconnaissable à son langage, ses attributs, ses mœurs et ses objets de prédilection. La plupart du temps affalé sur un canapé devant la télé à s’abreuver de clips, il passait des heures à ricaner au téléphone (filaire) avec d’autres membres de sa tribu et, quand on l’obligeait enfin à raccrocher et à libérer l’appareil, le grincheux se vissait sur les oreilles un casque relié à ce qu’on appelait un « walkman ». Au début, la communication avec lui fut difficile car son langage, pourtant composé de peu de mots, était  incompréhensible. Syllabes à l’envers, mots inventés, onomatopées.  Il nous fallut quelque temps pour le traduire.

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