Si la procréation humaine passe par la rencontre de l’homme et de la femme dans la sexualité, c’est une loi de la nature, ce n’est pas une discrimination. 


S’il plait au politique de gaspiller l’argent public en utilisant les « ressources médicales », pour fabriquer des enfants pour des femmes non stériles, le citoyen de base n’y peut rien. S’il lui plait de généraliser la mauvaise foi, le dangereux règne de « l’égalité » dans une définition digne d’un enfant de quatre ans où « tous égaux » signifie « tous pareils », nul doute que tout cela plaise aux « jeunes » de tous âges. « Le dieu égalité, le diable discrimination », écrivait Philippe Muray.

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L’argument sera bientôt brandi par les couples homosexuels masculins, et alors « vive la GPA » ! On louera éthiquement des utérus, y compris les femmes ménopausées (pourquoi pas nous ?), les femmes en difficultés financières (un enfant et l’allocation de parent isolé arrive), etc.

Le désir d’enfant stoppe la pensée

Tout ceci sera sûrement un grand progrès pour la civilisation. Au nom de « l’amélioration » de l’homme, autre vieux fantasme, d’aucuns jouent, sans en répondre, avec l’humanité… Si la procréation humaine passe par la rencontre de l’homme et de la femme dans la sexualité, c’est une loi de la nature, et non une discrimination. Rappeler cette évidence, est-ce être maladivement « naturaliste » ? Est-ce refuser toute « artificialisation » venue de la culture, à laquelle la science et la technique appartiennent ? Pas sûr. Mais c’est un des arguments-massues de ceux qui continuent de prétendre qu’il ne se passe rien, que l’émouvant spectacle de l’amour maternel associé au « progrès des sciences », et à une tolérance bienveillante enfin conquise suffit à résumer moins d’un demi-siècle qui aura vu la désexualisation de l’origine, l’attaque à la filiation et la disparition du droit de la filiation. Ces faits accomplis techno-scientifiques font le miel du marché, les offres suscitant les demandes dont elles prétendent se justifier.

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Alors l’amour maternel, le désir d’enfant ? Il est irréfutable et c’est d’ailleurs ce qui rend la situation si difficile à penser, l’artificialisation de la reproduction humaine offrant un mélange inextricable de possibilités bienfaisantes et dangereuses.

L’élevage d’humains

Quel progrès des sciences ? La PMA, c’est le transfert chez l’homme et la femme de techniques qui ont fait leur preuve dans l’industrialisation de l’élevage. Assortie toutefois de quelques « avantages » : le diagnostic pré-implantatoire risquant de rendre la FIV plus sûre que l’engendrement dans la sexualité, cette offre engendre de nouvelles demandes, fort excitantes, qui n’ont pas échappé au marché.

Quelle « tolérance bienveillante » ? La lutte contre l’homophobie implique-t-elle, au nom du désir d’enfant de couples de femmes, la disparition du père ?

Force est plutôt de constater que quarante ans de PMA ont vu se réaliser tous les fantasmes infantiles ou délirants visant à dénier notre ancrage dans le sexuel.

Étrange symptôme. C’est quelque chose comme le vœu d’auto-engendrement, propre à la toute-puissance infantile, avec lequel une certaine science semble faire alliance. Tu neutraliseras ton père et ta mère ?

Ennuyeux pour la science. Comme le fut, à l’étape du clonage, la rencontre aux académies de médecine américaines des généticiens les plus renommés de la planète et de Raéliens délirants.

Planète surpeuplée

Car il y a quelques couacs. Le problème majeur de l’humanité, ce n’est pas la stérilité mais la surpopulation. « Affranchissons-nous de la sexualité », pouvait-on lire dans les années 80 sur les bannières de l’INRA, d’où ont été importées les techniques d’aujourd’hui.

Ce qui arrive aujourd’hui n’est pas bien sûr le fait des couples homosexuels, qui ne font que répondre à des offres nées de la techno-science économie, elle-même appuyée sur un fond archaïque humain.

C’est un symptôme du monde occidental qui donne, là et ailleurs, des signes de volonté de mutation.

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Alors, soyons sérieux. Tandis que la novlangue bioéthique nous endort de solidarité et de générosité, le langage même annoncé par Huxley dans Le Meilleur des mondes, se dessine une autre réalité.

La fécondation in vitro s’est imposée et l’humain tend à se fabriquer au laboratoire. Il y a eu le clonage, il y aura l’utérus artificiel. Des milliers d’embryons congelés attendent dans les containers de la science. Des gamètes anonymes voyagent à travers le monde, les pays auxquels elles font défaut les importent, on choisit les mères porteuses sur catalogue. Il est probable que les gamètes elles- mêmes deviendront une vieillerie superflue, les chercheurs travaillant à la fabrication d’ovocytes masculins et de spermatozoïdes féminins à partir de cellules souches. Les généticiens ont conquis l’accès au génome, rendant possibles des interventions sur l’espèce que nul ne pourra contrôler. Une fois l’homme fabriqué, on risque de passer fort vite à l’homme amélioré, augmenté disent les transhumanistes qui prétendent nous conduire vers le post humain.

La science au service de l’idéologie

Nous nous sommes habitués. Ce qui faisait hier sidération ou scandale est devenu la « normalité » pour les nouvelles générations. Cependant, avec le recul, et même si la complexité de ce qui s’est passé en une quarantaine d’années est impossible à résumer, retenons ceci : à côté des progrès irréfutables des connaissances et des bénéfices thérapeutiques, existe une autre scène, où s’adresser à la science et fabriquer l’homme pour le comprendre repose sur le fonds le plus archaïque de l’humain. Ce fonds archaïque, associé à un savoir technique donc agissant est capable de déclencher des forces titanesques. Ce gigantesque symptôme, qui risque fort de nous bouter hors humanité, pourrait bien être le déplacement d’une quête spirituelle et symbolique cherchant ses mots. Le discrédit jeté sur tout discours légué nous laissant singulièrement appauvris en termes de représentations. La société purement égalitaire, c’est-à-dire horizontale, qui s’établit en réseaux, ruinant les différenciations, ignorant tout sentiment de dette envers les générations passées et de devoir envers les générations à venir n’est probablement pas étrangère au discours de la science comme seul référent. Et quand il n’existe qu’un seul référent, on ne peut être que dans l’idéologie.

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Sommes-nous obscurantistes ?

L’anomie est toujours dangereuse. Nommer ce qui se passe plutôt que de consacrer par la loi des passages à l’acte qui sont loin d’avoir révéler tout leur sens, fussent-ils parés du manteau de la scientificité, aurait été un acte éthique plus convaincant que tout autre, et à ce travail, des intellectuels reconnus se sont attelés. Obscurantiste, Jean-Jacques Salomon, historien des sciences, auteur de Survivre à la science ? Obscurantiste, Pierre Thuillier, philosophe des sciences, auteur de La grande implosion annonçant que le rôle laissé à la science dans le monde occidental préparait un monde de psychotiques ? Obscurantiste, Olivier Rey, mathématicien et philosophe des sciences, auteur d’Itinéraire de l’égarement, du rôle de la science dans l’absurdité contemporaine ? Obscurantiste, Sylviane Agacinski, philosophe, s’étonnant d’ouvrage en ouvrage de la mise en pièce et de la marchandisation du vivant ? Obscurantiste, Jacques Testart, biologiste et « père » du premier bébé éprouvette français, qui écrivit à la porte de son laboratoire « Jacques Testart, éprouveur, inventreur », pressentant qu’une aventure violente se déroulait aussi dans ce climat de nurserie ? Obscurantistes, les auteurs, en 1990, du Magasin des enfants, qui décrivaient il y a trente ans ce qui se déroule aujourd’hui ? Obscurantiste votre servante qui chercha à comprendre chez Mary Shelley les intuitions contenues dans Frankenstein, dès 1818 ? Toutes obscurantistes, les voix courageuses qui commencent à s’élever, à droite ou à gauche (!), et à se poser des questions, quelquefois au risque de leur carrière ?

Souvenez-vous de Dolly

Le franchissement de seuil qui vient de s’opérer n’est pas le moindre : certes, il consacre le père superflu, demandez à un jeune homme si c’est une perspective agréable. Mais il y a déjà longtemps que la mère, elle, a été découpée en tronçons, génétique, utérine, porteuse, de substitution, d’intention, demain machine. Quant à la brebis Dolly, elle fut le premier mammifère sans parents. Tout ceci au nom de la stérilité et de l’amour parental ? Décidément, ce symptôme est bien obscur.

Mais ce franchissement consacre un autre aspect, peut-être le plus important : La rupture assumée par la « médecine » avec la stérilité, et dévoile peut-être que celle-ci ne fut que l’alibi d’une question autrement complexe, un symptôme de rupture affectant le monde occidental.

Cette question, qui taraude bien des citoyens silencieux, le politique se serait honoré de s’affranchir du terrorisme intellectuel ambiant et de ne pas feindre de l’ignorer.

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