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Pap Ndiaye, le fossoyeur lettré de l’école ?

Pap Ndiaye, le fossoyeur lettré de l’école ?
Pap Ndiaye au Centre Sportif Georges Carpentier a l occasion de la 13e journee nationale du sport scolaire. Paris, le 21 septembre 2022 / © Gabrielle Cezard

Notre ministre de l’Education a des opinions sur la pédagogie qui sont plus adaptées au contexte américain qu’au français. Mais a-t-il lu “La Tache” de Philip Roth ? Ce livre, publié en 2000, prévoit le naufrage auquel notre système éducatif, comme l’américain, est voué.


À son retour des États-Unis Pap Ndiaye s’est rendu, en traînant les pieds, au lycée Malherbe de Caen où un professeur avait été victime d’une tentative d’égorgement. On aurait aimé qu’à cette occasion il en profite pour évoquer les menaces proférées par le frère d’une élève à l’encontre d’une enseignante du lycée Simone Weil, à Paris : « Je vais venir te défoncer, tu vas voir ce qui va t’arriver, j’arrive. » il avait simplement été demandé à l’élève d’ôter son voile lors d’une sortie scolaire. On n’a pas entendu le ministre. Jeudi, c’est une conseillère principale d’éducation que des élèves du collège Stendhal de Toulouse ont rouée de coups. Pap Ndiaye reste silencieux.

Tandis que les réseaux sociaux diffusent des vidéos invitant les élèves de nos établissements à venir en cours dans des tenues islamiques, le locataire de la Rue de Grenelle conserve un calme olympien. Prudent, il « collecte et fait remonter un certain nombre d’informations » afin d’avoir « une vision synthétique de la situation » pour « la caractériser calmement. »  Pas d’emballement, surtout et langue de bois de rigueur. Il n’y a que lorsqu’il escorte notre Décevant de la République aux États-Unis qu’il retrouve son éloquence.

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Dans le fond, on sait pourtant bien à quoi s’en tenir. De l’école des hussards noirs de la République, peut lui chaut, à Pap Ndiaye. Ses préoccupations sont ailleurs. Notre universitaire, spécialiste d’histoire sociale des États -Unis et des minorités a, si je puis dire, toujours annoncé la couleur. Dès 2009, dans une interview à L’Obs, il affirmait : « Le « communautarisme », c’est une injure lancée aux personnes minorées (Noirs, femmes, homos…) afin de disqualifier leurs demandes d’égalité réelle des droits. Cela vient d’un rejet des différences dans la République et d’une méfiance à l’égard des revendications irréductibles (bien qu’elles soient liées) aux rapports de classe. » (Follement), pourtant, on aurait aimé qu’il répare une école républicaine à laquelle il doit tout et qui pour l’heure ressemble au Titanic, juste avant son naufrage. 

« La déception est un sentiment qui ne déçoit jamais », disait justement François Mauriac. Notre Ministre, quoi qu’on en pense, est bien là où on l’attend et là où il doit être, manifestant sa sympathie pour le communautarisme et le wokisme. Aux États -unis, en compagnie de notre Repentant de la République, il déblatère allègrement sur son pays. « En France, il est difficile de parler des questions ethno- raciale de manière nuancée », a -t-il regretté lors d’une allocution dans une université, historiquement noire, de Washington. 

Reprenant ses habits d’universitaire (Qu’il n’aurait jamais dû quitter.), le ministre a ensuite évoqué les différences entre la France et les États- Unis en matière de lutte contre le racisme. « L’État français est officiellement indifférent à la couleur de peau (…) C’est une belle idée, bien sûr (…) mais la réalité impose une approche plus concrète. » Dans un anglais courant, il a précisé : « les inégalités, les discriminations et les différentes formes de racisme existent en France. »

C’est alors que notre Ganelon a proposé une solution tout à fait nouvelle pour lutter contre lesdites inégalités dans le monde de l’éducation : « Il faut identifier les quartiers les plus pauvres et investir davantage dans leurs écoles. » « Le concept de race reste très sensible en France », a- t-il ajouté, face à des étudiants habitués, à l’inverse, aux politiques ciblées sur la base de statistiques ethniques. « Je peux attester du prix à payer quand on ose en parler. »

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Qu’on soit rassuré, il ainsi poursuivi son discours : « Cela ne nous empêchera pas de travailler activement pour développer une culture plus inclusive dans nos écoles, pour que personne ne s’y sente exclu à cause de son genre et de sa couleur de peau. » Pour l’instant, il faut bien en convenir, c’est surtout les professeurs qui se sentent exclus… Ils ont beau sonner du cor, comme Roland à Roncevaux afin d’alerter sur la priorité d’instruire, c’est en vain. 

Pap Ndiaye a, malheureusement pour nous, étudié dans une université de Virginie, très certainement sous la férule de Delphine Roux. Normalienne, comme notre distingué ministre et woke avant l’heure, Delphine Roux est un personnage secondaire de « La tache », roman prophétique de Philippe Roth, paru en 2000. Elle se voue à la perte du héros, Coleman Silk, accusé de racisme.

La tache, c’est celle c’est celle laissée sur l’honneur de Coleman Silk, professeur émérite accusé, à la fin de sa carrière, d’être raciste. « À l’université d’Athéna, c’était l’épithète la plus chargée d’affect qu’on pouvait vous appliquer », précise le narrateur du roman. Le crime de Silk ? Avoir employé le mot « spook » qui signifie « spectre » pour désigner deux étudiants qui n’ont jamais mis les pieds à son cours. Hélas, le mot peut aussi être traduit en argot par « bamboula », ce qui en fait une insulte raciste. Comble de l’ironie, Coleman Silk s’avérera être, lui-même, Noir. On le découvrira à la fin de l’histoire.
Il serait judicieux que notre ministre de l’Éducation nationale relise d’urgence ce roman avant de nous imposer sa vision américaine de l’école. Cette œuvre datant d’il y a plus de vingt ans sonne comme une charge contre l’état de l’enseignement aux États-Unis. La sœur du héros y explique que : « Les universités organisent des cours de remises à niveau sur des connaissances censées être acquises en troisième. » Quant aux étudiants, ils y ont des exigences dérangeantes : « pour le mois de l’histoire des Noirs, ils ne liraient qu’une biographie de Noir écrite par un Noir. »

Le roman de Philippe Roth dresse, in fine, un terrible constat. Celui-là même qu’on peut faire en France, vingt ans plus tard : « On s’abêtit à vue d’œil (…) aujourd’hui l’étudiant se prévaut de son incompétence comme d’un privilège. Je n’y arrive pas, c’est donc que la matière pêche ? C’est surtout que pêche ce mauvais professeur qui s’obstine à l’enseigner. »

Mais gageons que notre fossoyeur lettré a lu l’oeuvre de Philippe Roth pour mieux se préparer à donner un dernier coup de pelle à notre école.

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est professeur de Lettres modernes

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