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Par ses choix pour ses enfants, Pap Ndiaye reconnait que notre École est agonisante!

Par ses choix pour ses enfants, Pap Ndiaye reconnait que notre École est agonisante!
D.R.

Une lettre ouverte à M. Pap Ndiaye


M. le Ministre,

J’ai travaillé 43 ans dans cette école de la République. J’ai assisté à sa déliquescence et, après 25 de direction d’école en REP, j’ai tiré ma révérence, assommé par les injonctions de bien-pensance et de bienveillance, avec le constat que plus de la moitié de mes élèves passaient en 6ème en sachant à peine lire et écrire. Là, dans un collège en pleine déshérence, ils s’enfonçaient dans des projets associatifs ou autres ou se faisaient éjecter, car violents ou incapables de respecter une règle. J’avais une équipe de jeunes profs à mon image, des bosseurs convaincus que seuls l’effort et le mérite étaient la solution. Pourtant, ils se faisaient régulièrement reprendre par leur hiérarchie leur reprochant un excès d’autorité et de ne pas rendre leur classe suffisamment ludique.

On voulait être stricts question laïcité mais c’était un combat âpre et quotidien, combat que l’on était sûr de perdre face aux parents, au rectorat et même face à nos propres syndicats.

Nous sommes enseignants, mais aussi parents. L’immense majorité d’entre nous mettons nos enfants dans l’école publique. Pour moi, ça ne soulevait pas une question. Comment aurais-je pu y travailler et la défendre tout en envoyant mes enfants dans une école privée ? Certes, j’avais la chance de pouvoir les aider et suivre leur parcours mais ma fille a suivi sa scolarité élémentaire en REP puis dans un collège et un lycée public. 

Quel message pensez-vous envoyer, tout en étant ministre de l’Éducation Nationale, en scolarisant vos enfants dans une école privée et pas n’importe laquelle, fût-elle sous contrat, l’École Alsacienne, une des plus élitistes et des plus chères de France ? L’École de l’entre-soi. 

Vous dîtes que vos enfants y trouvent une plus grande sérénité. Certes, je vous comprends. Effectivement, l’École de la République, dans beaucoup de quartiers, n’est plus sereine. Elle n’est plus sereine, car elle remplit avant tout sa mission d’accueillir tous les enfants. Et elle les accueille très mal. Et pas matériellement.

Certes, il y a certainement des locaux en mauvais état dans certains endroits mais franchement, arrêtons avec ça. L’immense majorité des écoles bénéficie de locaux très corrects et les élèves ont livres et cahiers à leur disposition car, à ce niveau, l’État est généreux. Où y a-t-il, ailleurs qu’en France cette gratuité, ces repas de cantine à bas prix, cette allocation de rentrée scolaire… ?

Non, Monsieur le ministre, l’école les accueille très mal parce qu’elle ne leur donne plus aucune ambition, parce qu’elle leur refuse le mérite républicain, parce qu’elle les enferme dans leurs origines ou leur couleur de peau, parce qu’elle a laissé entrer en son sein les tumultes de la rue et de la cité, parce que les mots savoir, effort, récompense, punition, autorité, sont devenus des gros mots imprononçables.

Et que proposez-vous, M. le ministre, pour remédier à cela? Le bien-être. La bienveillance comme injonction ne suffisait pas, nous aurons désormais le bien-être. Proposerez-vous que l’École se transforme en centre de thalassothérapie ? Je plaisante bien sûr.

Je pense pour ma part que le vrai bien-être à l’école est lié à la sévérité de son maître, celui qui sait, celui qui récompense ou qui punit, celui dont la parole ne peut être contestée. Le vrai bien-être est celui d’être protégé de toutes ces questions sociétales qui agitent l’extérieur. J’irai même plus loin: le vrai bien-être est celui d’être isolé de ses problèmes et surtout de ses parents pour apprendre, savoir et s’émanciper.

Je ne suis pas certain, M. le ministre que ce soit ça dont vous parlez.

L’objectif n’est pas de permettre aux plus défavorisés ou pour reprendre la terminologie à la mode aux plus fragiles, d’intégrer l’École Alsacienne mais de permettre à la nation de justement se passer de l’École Alsacienne pour former ses élites.

Vous reconnaissez donc par vos choix pour vos enfants que notre École est agonisante, donc agissez mais n’en soyez pas l’ultime fossoyeur. Redonnez-lui le rayonnement qu’elle a eu.

Non, Monsieur le ministre, le problème de la France n’est pas le Rassemblement national, le problème c’est tous ceux qui ont permis au Rassemblement national d’avoir 89 députés. Et je ne parle pas des électeurs. Je parle des politiques avec l’abandon de toutes les valeurs qui ont fait que, pendant très longtemps, le Rassemblement national était un groupuscule.

Je suis au regret de vous dire que vos déclarations récentes, visant à montrer votre refus de prendre en compte des millions de Français qui désespèrent du pays que l’on veut leur vendre, ne vont pas dans le bon sens. Vous obtiendrez l’opposé de ce que vous cherchez. Peut-être effectivement devriez-vous sortir de vos recherches et de l’entre soi de vos privilèges pour essayer de mieux comprendre?

Voilà M. le ministre, je ne donne aucune leçon, je fais juste un constat et tire un bilan de ma carrière. J’ai au moins cette modeste légitimité.

J’étais un de ceux très dubitatifs quant à votre nomination. Je l’ai écrit et me suis très vite fait traiter de raciste. Je ne suis bien entendu pas raciste et, dans mon école, pendant 25 ans, j’ai justement essayé de faire oublier toute couleur de peau à mes élèves. La vôtre ne m’importe donc pas et notre École est sans couleur ou plutôt si, elle a les trois couleurs du drapeau de notre République. Et les drapeaux sont en tissu.


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Directeur d'école à la retraite

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