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Les opposants à la loi bioéthique sont de gros hypocrites!

L’édito politique de Jérôme Leroy

Les opposants à la loi bioéthique sont de gros hypocrites!
La gay pride à Paris, 26 juin 2021 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01025584_000004

S’opposer à la marchandisation des corps dans une société de marché n’est pas franchement logique…


Je vois que la loi bioéthique, définitivement adoptée par le parlement, soulève inquiétudes et indignations parmi de nombreux contributeurs et lecteurs de Causeur. Je comprends ces inquiétudes même si je ne les partage pas toutes ou pas de la même façon. En préalable, il semble que ces inquiétudes ne soient pas celles des Français dans leur très grande majorité. Un récent sondage de l’IFOP indiquait encore que 67% étaient favorables à la PMA ouverte aux femmes seules et au couple de lesbiennes. 

Une société en avance sur la loi

On peut dire qu’ils ne comprennent pas les enjeux, les Français, mais ça commencerait à faire beaucoup de choses qu’ils ne comprendraient pas, comme la nécessité urgente de travailler jusqu’à 64 ans ou plus. Ou alors, on peut dire que comme souvent, la société est en avance sur la loi et que la loi ne fait que sanctionner un état de fait, ce qui arrivera un jour ou l’autre, n’en déplaise à Darmanin, pour le cannabis. En fait, les Français, et c’est aisément compréhensible, demandent d’abord à leurs hommes politiques des lois qui les protègent ou qui ne les gênent pas dans leur vie quotidienne. Leur dire qu’on va travailler plus longtemps, ça ne leur plait pas du tout mais leur dire que deux femmes qui s’aiment vont devenir mères, ils n’y voient pas d’inconvénient.

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Leurs préoccupations, c’est l’emploi, la situation sociale, la sécurité. La PMA nouvelle mouture, indiquait un autre sondage publié par le Figaro, venait en dernier. Pour une fois, l’intelligence de Macron a été de comprendre qu’il était inutile d’instrumentaliser cette nouvelle loi pour en faire le drapeau des progressistes agité comme un chiffon rouge devant la partie « vendéenne » de la droite. Elle est passée tranquillement, sans l’espèce de guerre civile à froid suscitée par Hollande, qui n’ayant plus rien de gauche dans son programme, a choisi un choc frontal entre Mariage pour tous et Manif pour tous alors qu’à la même époque, le gouvernement conservateur de Cameron faisait passer le mariage gay en une seule séance. 

Une infime minorité de la population

On mesure, huit ans après, la vanité de cet affrontement dans une société française qui a bien d’autres soucis que celui de voir deux hommes passer devant monsieur le maire et pouvoir créer une famille. Il a juste permis à Hollande de reculer l’inéluctable : quand on est élu sur une politique de gauche et qu’on fait une politique de droite, on sort rincé, même pas en mesure de se représenter. J’attends, au passage, par une ruse de la raison de voir si Macron-Brutus ne va pas connaître le sort de César Hollande. Quand on trouve le moyen de réunir 6% d’électeurs exprimés, même au second tour d’une élection intermédiaire, on peut se poser des questions.

Mais revenons à la loi bioéthique : pour aller vite, cette loi ne concerne qu’une infime minorité de la population et n’en indigne qu’une partie tout aussi infime. Il n’empêche qu’elle révèle des contradictions intéressantes chez ses partisans comme chez ses opposants.  

Une loi de soumission à l’économie de marché ?

Une disposition, par exemple, me semble révélatrice d’une vision bien étrange du progressisme : la possibilité pour une femme de faire congeler ses ovocytes pour ne pas se faire rattraper par son horloge biologique. Elle indique bien, cette disposition, la hiérarchie imposée par une économie libérale à la vie personnelle. Une femme, en général cadre sup, pourra bosser le cœur léger, sans craindre pour sa carrière « à cause d’une grossesse » et avoir un enfant passé quarante-cinq ans, une fois sa situation bien établie. 

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On ne cesse de me parler de rupture anthropologique majeure à chaque loi bioéthique, je ne sais pas si voir à l’avenir des mères de soixante ans venir chercher leur petit à la crèche est une rupture anthropologique, mais je crois que ce sera la première fois de l’histoire que des parents prendront le risque de fabriquer en conscience des orphelins. Voilà pour les partisans de cette loi qui voient une émancipation là où il n’y a qu’une soumission.

L’antienne de la « rupture anthropologique »

Mais chez les opposants, voilà que ressort, justement l’antienne de la « rupture anthropologique ». Pour le mariage entre hommes, c’était la disparition de la mère, pour le mariage entre femmes, ce sera la disparition du père. Oui, sans doute, encore que nombre d’études montrent que les enfants des couples homosexuels réattribuent d’eux-mêmes des rôles différents à chacun de leurs parents. Et puis surtout, encore une fois, la disparition du père est relative avec la levée de l’anonymat sur les donneurs. Si vraiment on veut tuer le père, ce sera toujours possible. Car évidemment le père est là pour être tué, on le sait depuis Sophocle et les Évangiles. Sans compter que la première PMA de l’Histoire, c’est tout de même l’Annonciation et qu’en l’occurrence, c’est cette absence du père qui a fait naître la civilisation judéo-chrétienne, celle-là même qui s’oppose à la marchandisation du monde et, donc, des corps.

C’est pour cela qu’il est difficile aujourd’hui, pour les opposants à cette loi, d’être audibles. Alors qu’ils ne s’opposent en rien à la marchandisation des biens essentiels comme l’eau ou l’air ni même à la marchandisation des corps quand des enfants se retrouvent au travail dans des usines du tiers-monde pour fabriquer leurs vêtements et leurs smartphones, il faudrait soudain s’arrêter à l’utérus qui, lui, devrait rester sous le contrôle de lois morales supérieures.

Modestie attristée

Peut-être faudrait-il, avec plus de modestie attristée, constater que ce que la science pourra faire, elle le fera un jour ou l’autre. La prochaine étape sera la GPA, dont la seule différence avec la prostitution, est que ce n’est pas la même partie de la femme qu’on loue et puis le clonage, bien sûr, qu’on doit déjà être en train d’essayer de mettre au point dans je ne sais quel laboratoire. 

Et que le meilleur moyen de s’y opposer ou d’en limiter les dégâts, ce ne sera pas la réprobation morale ou religieuse, mais un changement de société où sera clairement délimité ce qui est du périmètre du marché et ce qui ne l’est pas. Appelez ça le communisme ou l’écologisme si vous voulez vous faire peur, mais alors ce sera celui des Actes des Apôtres. En tout cas, je ne vois pas d’autres alternatives pour éviter Le Meilleur des Mondes.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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