Les Misérables de Ladj Ly a beau être encensé par la critique et le président Macron, il apparaît aussi comme une justification malvenue des revendications identitaires des quartiers.


Les Misérables de Ladj Ly nous conte l’histoire de Stéphane, jeune policier en provenance de Cherbourg qui intègre la B.A.C de Montfermeil, dans le 93. Il fait équipe avec Chris et Gwada, qui ont l’expérience de la banlieue. Dès son premier jour, il se trouve pris dans les tensions dures de ce territoire perdu de la République. Les policiers se trouvent débordés lors d’une interpellation d’un jeune garçon noir ayant volé un lionceau  appartenant à des gitans, un drone filme leurs faits et gestes…

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Cette  œuvre d’un nouveau genre – le film de banlieue -, très à la mode depuis la sortie de La Haine de Mathieu Kassovitz et  État des lieux de Jean-François Richet (très bon cinéaste) en 1995 est filmé avec une maîtrise et une efficacité rappelant de nombreux films policiers américains. Les actions, faits et gestes des personnages sont filmés avec une énergie et une tension crues. Mais vite nous comprenons que le film de Ladj Ly souffre d’une cruelle absence de point de vue.

Glorification de la loi du plus fort?

A part Stéphane qui garde quelques notions d’humanité et le sens du devoir, tous les autres protagonistes de cette histoire ne partagent plus aucune valeur de la République ni les valeurs humaines de base. Les deux collègues de Stéphane sont stupides et bornés, les gitans sont vulgaires et violents, les enfants et jeunes livrés à eux-mêmes ou subissant la domination des caïds de la drogue ou des salafistes et/ou frères musulmans, assez étonnement filmés dans une sorte de présence-absence très ambiguë. La mise en scène de Ladj Ly est complaisante. Il filme avec une véritable jouissance la misère sociale et intellectuelle d’une cité ayant perdu tous repères sociaux. Ce ne sont pas les drapeaux français brandis – dans la séquence d’ouverture du film – lors de la coupe du monde de football qui suffisent à faire France. Dans la ville de Montfermeil, la loi du plus fort règne. Le pouvoir se partage entre dealers, islamistes et un grand frère autoproclamé maire du 93.

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Cette absence de point de vue de cinéaste laissant libre cours à une misérable complaisance – doublée d’une récupération malhonnête des Misérables de Victor Hugo, grand roman populaire et initiatique de la littérature française avec lequel le film ne partage absolument rien – fini par laisser advenir un point de vue effrayant: celui d’une justification de la révolte à venir des habitants des cités au nom de la justice sociale. La malhonnêteté fondamentale du film est de nous montrer aucun personnage positif et donc de faire à la fois le lit des islamistes et des extrémistes identitaires. Les Misérables est un film dangereux, très habile et séduisant.1

Filmé sur le temps des vacances, nous ne voyons aucunement le travail dévoué des enseignants, médecins, infirmières, pompiers et policiers intègres, ainsi que de tous ceux qui continuent de faire leur métier pour construire la France envers et contre tout.

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Jacques Déniel
est directeur de cinéma.est directeur de cinéma.
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