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Affaire Frontex: quand faire son travail est un crime

Trois dirigeants de Frontex mis en cause: ils pensaient que l'organisation devait repousser les migrants envoyés par la Turquie

Affaire Frontex: quand faire son travail est un crime
Le Français Fabrice Leggeri photographié à Bruxelles en 2015. M. Leggeri a été directeur de l'agence Frontex de l'Union européenne entre 2015 et 2022 © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Un rapport de l’Office européen de lutte contre la fraude (OLAF) accuse trois dirigeants de l’agence européenne de lutte contre l’immigration Frontex d’avoir soutenu en cachette la Grèce dans le refoulement des migrants jusqu’aux côtes turques.


« Protéger les frontières extérieures de l’espace de libre circulation de l’UE [1] ». Telle est la mission d’origine de Frontex. Trois grands pontes de l’organisation, Fabrice Leggeri, Thibauld de La Haye Jousselin et Dirk Vanden Ryse sont accusés par l’OLAF d’avoir couvert, voire co-organisé, des opérations de pushback menées par la Grèce en Mer Égée. Leur crime serait donc d’avoir lutté contre l’immigration clandestine et les ingérences turques, au sein d’une organisation de protection des frontières. Quel scandale !

Le pushback, pratique consistant à reprendre en mer des bateaux de migrants pour les raccompagner jusqu’à leur point d’origine – ici, les eaux territoriales turques – est une pratique de refoulement de l’immigration très mal vue par l’Union Européenne, car contraire aux Droits de l’Homme et tout le tralala, rappellent les adversaires des trois hauts dirigeants. On connaît la chanson. Et on comprend mieux dès lors les propos de Fabrice Leggeri lorsqu’il évoque, suite à sa démission, un « besoin évident de clarification ». Frontex doit-il accueillir ou repousser les migrants clandestins ? Apparemment, l’UE n’a pas encore vraiment tranché.

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Naufrage bureaucratique contre hommes de terrain

Pour Le Monde [2] ou les médias de service public [3], apparemment aucun problème : il semble tout à fait logique à nos confrères de reprocher à ces haut-fonctionnaires européens de faire leur travail. Gangrenée par des technocrates de Bruxelles favorables à l’accueil, l’institution devrait céder à leurs caprices sous peine d’être fortement sanctionnée financièrement. C’est déjà ce qui s’était passé en septembre 2021, lorsque l’obtention de certaines subventions de la Commission européenne avait été conditionnée au déploiement de vingt « officiers aux droits fondamentaux » et à la mise en place d’un système de surveillance et de signalement d’incidents tels que ces fameux pushbacks. Assis tranquillement au fond de leurs beaux fauteuils payés par vos impôts (sans doute en cuir végétal !), des idéologues ont organisé un système de délation au sein de Frontex. Une certaine Inmaculada Arnaez, chargée d’enquêter sur les violences aux frontières au sein de l’agence, est notamment particulièrement mise en cause: surnommée en interne « Pol Pot », en référence à l’ancien dictateur du Cambodge, elle aurait mis en place une politique de surveillance digne des plus glorieuses heures du KGB. Des « gauchistes » qui donnent à l’organisation un rôle de « passeur » tout en se faisant les promoteurs des ONG pro-migrants, selon les propos du trio rapportés par Le Monde.

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Droit à l’invasion et devoir de submersion

La Grèce n’en a donc pas fini de voir débarquer sur ses côtes des hordes de migrants chaque année. Si les fameux Droits de l’Homme ne sont pas respectés, elle pourrait bien se voir infliger une forte amende, et suivrait ainsi la Hongrie qui s’était vue geler son versement de 7 milliards d’euros de son plan de relance, pour « violation de l’État de droit » depuis décembre 2021. En réalité, une punition pour sa politique migratoire non-accommodante et son mur.

Soupçonnée d’avoir menti à l’UE sur les agissements de la Grèce, les dirigeants de Frontex auraient pris la liberté de faire leur travail de façon aussi autonome que possible: bien mal leur en a pris. Fabrice Leggeri, son directeur depuis 2015, l’a déjà quittée en avril, suite à une procédure disciplinaire engagée à son encontre. Il avait pourtant passé sept ans à essayer de donner corps à la lutte européenne contre l’immigration clandestine. La mission d’origine de l’organisation semble de plus en plus loin.


[1] https://frontex.europa.eu/fr/qui-sommes-nous/qu-est-ce-que-frontex-/

[2] https://www.lemonde.fr/international/article/2022/07/28/la-direction-de-frontex-a-considere-que-la-commission-europeenne-etait-trop-centree-sur-les-droits-de-l-homme_6136444_3210.html

[3] https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/migrants-refoules-en-grece-un-rapport-accable-les-anciens-dirigeants-de-l-agence-europeenne-frontex_5282416.html


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Jeune (dés)espoir du journalisme politique. Etudiant, pigiste, et un peu poète.

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