Home Édition Abonné Décembre 2018 Mehdi Meklat, la victime imaginaire


Mehdi Meklat, la victime imaginaire

Fais-nous la grâce de ne plus nous prendre pour des idiots

Mehdi Meklat, la victime imaginaire
@Soleil

Est-il bien raisonnable de laisser un cinéaste déraisonnable commenter chaque mois l’actualité en toute liberté ? Assurément non. Causeur a donc décidé de le faire. 


«… Je ne suis pas musulman. Ma mère est d’origine algérienne, née en France. Mon père est Français… » Tu soulignes t’appeler en réalité « Mehdi Thomas Maximilien Meklat Prat ». « Pourquoi m’a-t-on étiqueté, enfermé de cette façon ? », gémit Mehdi, le prodige tweeteur de haine de retour avec un livre à vendre et une victimisation à barbe blanche en guise d’explication.

J’me présente, j’m’appelle plus Mehdi

Personne ne t’a enfermé Mehdi. Tu as pensé qu’il était bon pour toi de te présenter en tant que Mehdi Meklat. 

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Et ça a été bon. Cette identité a fait de toi la coqueluche des salons qui n’en revenaient pas d’être « tellement open » qu’ils étaient capables d’encenser un Mehdi. Tu le dis dans la même interview : « Les médias étaient fascinés par un Noir et un Arabe qui savent écrire, qui ne font pas de fautes. » Tu as joué cette carte plutôt que celle de Maximilien Prat, parce que tu la pensais porteuse. Et aujourd’hui, tu nous sors le nom français de ton père, ainsi que le prénom qui va avec. Mais on s’en fout Maximilien ! Ton nom et ton prénom n’ont aucune importance. La littérature et les arts en général se contrefichent des patronymes. Les émissions littéraires reçoivent depuis longtemps de grands auteurs noirs et arabes de toutes nationalités. De Léopold à Tahar en passant par Ibrahim et sa trompette, il y a longtemps que le talent ne se mesure plus à l’aune des origines. C’est en France que les jazzmen noirs trouvaient refuge dans la première moitié du XXe siècle.

C’est Lorànt Deutsch qui y est !

Et ton « y’a pas que moi », quel ridicule infantile !

« Quand on voit quelqu’un comme Lorànt Deutsch qui a écrit euh… pareil, des obscénités sur Twitter, mais là pour le coup vraiment cachées… » et de te plaindre que lui, on lui pardonne.

Erreur, monsieur Prat. Quand bien même Lorànt Deutsch se cacherait sous le pseudo de @lacathelinierre sur Twitter (ce que l’intéressé dément) les propos tenus sur ce compte n’ont rien à voir avec les saloperies que Mehdi a dit. Aussi déplaisants soient-ils parfois, aucun de ces tweets ne fait appel au racisme, aucun ne tombe sous le coup de la loi. Leur éventuelle vulgarité n’arrive pas à la cheville de la haine de Marcelin Deschamps. 

D’ailleurs Mehdi, cette méchanceté, cette vulgarité, n’est-ce pas justement ce qui a fait ton succès auprès de l’intelligentsia ébaubie, qui trouvait ta prose « tellement trop drôle ». Ça ne pouvait être sa composante raciste, machiste et homophobe qui faisait rire ces ayatollahs du bon goût, n’est-ce pas ? Du rire entre gens qui savent et qui sont tellement du côté du bien que toute expression du mal venant d’eux ne peut être que du second degré. Un peu comme ces aficionados des bonnes manières qui jouent à déposer leur pain du mauvais côté de l’assiette, pour amuser les autres « sachants », aux frais des manants qui foutent salement leur quignon n’importe où, ces cons !

Tu n’es victime de rien ni de personne Mehdi

Alors, tu ne vas tout de même pas reprocher aujourd’hui à @lacathelinierre d’avoir usé des codes qui ont fait ton succès, sous prétexte que lui n’a pas, en plus, fait comme toi dans le racisme putride.

Tu n’es victime de rien ni de personne Mehdi, sauf de ta duplicité, de ton arrivisme et de tes amis qui t’ont encouragé à poursuivre dans cette voie malfaisante que seule leur lâcheté leur interdisait d’emprunter. Tu as été leur chair à canon, leur tirailleur sénégalais. En première ligne à leur place. Et plus tu décodais l’admiration dans leurs hurlements de rire, plus tu tutoyais l’immonde. C’était toi le type gonflé qui exprimait tout haut ce qu’ils régurgitent depuis si longtemps. Ils se sont repassé tes « saillies » de salon en SMS, tes blagues de déjeuners en tweets, puis au moment ou ça a pété pour toi, ils ont sauvé les apparences puisque c’est tout ce qu’ils ont à sauver. 

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En connais-tu un seul dont la carrière ait été un tant soit peu remise en cause lorsque tu as connu l’opprobre ?

Et aujourd’hui, au lieu de leur en vouloir, au lieu de t’en vouloir, tu viens accuser les Français d’intolérance ?! Tu oses nous raconter que tu es finalement toi-même une victime ?!

Tu t’étonnes que tes excuses ne soient pas prises au sérieux ? Mais comment veux-tu que l’on croie une seconde à leur sincérité alors que toi qui prétends « questionner les limites » n’as même pas la décence de commencer par t’interroger sur toi-même.

Tu oses venir nous faire la leçon alors que tu reviens avec un livre chez l’un des plus grands éditeurs de cette salope de France qui n’aimerait pas les Arabes ? Réalise Maximilien ! 

Tu oses parler d’un « fantasme raciste », à cause de tes origines ? Mais où est le fantasme ? Les mots ont un sens. Les tiens sont immondes et n’ont nul besoin d’être amplifiés et déformés par une quelconque extrapolation. Que ton racisme ne soit dirigé que contre les juifs et les Blancs et jamais contre les Noirs et les Arabes n’est pas un fantasme. C’est même la preuve que ton « côté maléfique » était parfaitement ciblé et donc pas du tout délirant.

Lol Marcelin, lol

Tu essaies d’accuser celles qui ont exhumé tes saloperies de parti pris : « Mais ce qu’elles ne font pas, c’est de chercher des occurrences autres comme “Arabes”, “musulmans”, “Pakistanais”... », te plains-tu sur le plateau de « Quotidien ».

Parce qu’il y avait des choses à trouver avec ces occurrences omises ? Je suis très étonné que tu ne les aies pas sorties au moment de la polémique, comme preuve évidente que le racisme de Marcelin Deschamps mitraillait absolument tout le monde. Cela aurait été facile. Au lieu de ça, tu as effacé tous tes tweets et maintenant qu’on ne peut plus vérifier tu prétends qu’il y en avait pour tout le monde ? Lol Marcelin, lol. Fais-nous la grâce de ne pas en plus nous prendre pour des idiots.

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Tu n’es victime de rien, Mehdi. Tu es un privilégié qui devrait être heureux de n’avoir fait l’objet d’aucune plainte, ni de Finkielkraut, par exemple, lorsque tu tweetais qu’il fallait « casser les jambes à ce fils de pute », ni de Natacha Polony que tu traitais de pute aussi et voulais égorger pour l’Aïd en en faisant ton mouton. 

Je te rappelle qu’à la même époque, Anne-Sophie Leclère, ancienne candidate du Front national aux municipales dans les Ardennes, avait été condamnée (et j’en suis ravi) à 3 000 euros d’amende avec sursis pour « injure publique raciale », après avoir comparé l’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira à un singe. Te rends-tu compte que 3 000, c’est le tarif sans égorgement du singe ? Combien t’aurait coûté ton mouton de l’Aïd devant la justice d’après toi ?

Devant les Français, blanc, juifs, femmes, PD ou juste républicains, le prix de ton méfait est ta crédibilité. Nous ne te croyons plus. 

Ce n’est pas cher payé finalement. 

Décembre 2018 - Causeur #63

Article extrait du Magazine Causeur


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est cinéaste et scénariste. Il a notamment réalisé La journée de la jupe (2009).

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