Le Québec aussi a son poing levé. Là-bas, l’insoumission s’incarne au féminin en la personne de Manon Massé. Prête à tous les accommodements avec l’islam et beaucoup d’autres « ismes », elle représente pour certains une sorte de madone. Des causes désespérantes ?


Jadis sous l’ascendant de l’église catholique, le Québec s’est rapidement affranchi du goupillon à partir des années 1960, avec l’avènement de la Révolution tranquille. Les religieux ont défroqué et les églises se sont vidées. Malgré cette sécularisation, une grande majorité de Québécois demeurent imprégnés des valeurs et des traditions chrétiennes, et ils y restent attachés. Le catholicisme a laissé d’influentes reliques dans l’imaginaire collectif. En témoigne l’adoration dont Manon Massé, l’aspirante Premier ministre de Québec solidaire (QS), a été l’objet durant la campagne électorale d’octobre dernier. Ce personnage public est aujourd’hui investi d’une telle vertu qu’il est associé à l’image de la madone ainsi que l’ont observé plusieurs chroniqueurs et caricaturistes.

Sainte Manon des causes désespérantes

Fondé en 2006, Québec solidaire est un parti politique d’extrême gauche, d’obédience marxiste ainsi que l’a reconnu Manon Massé elle-même. Dans l’Hexagone, il se situerait entre la France insoumise et les Indigènes de la République. En déchiffrant le programme de ce parti, on découvre un vaste projet de collectivisation. Québec solidaire prône la nationalisation des banques, des grandes entreprises, des forêts, des mines et d’Internet. Il tolère la petite et la moyenne entreprise privée à la condition que le personnel puisse s’autogérer. Il entend contrôler l’épargne populaire à des fins fixées par l’État. Il promet un monde meilleur où la gratuité serait étendue à  plusieurs services collectifs qui ne sont pas encore complètement couverts par l’État québécois : les garderies, les études universitaires, les transports en commun, les soins dentaires… Ses engagements électoraux sont estimés à plus de trente milliards de dollars.

Ne s’embarrassant d’aucune contradiction, QS se prétend pour la laïcité tout en acceptant que les représentants de l’État puissent arborer des signes religieux. Parmi ses candidats, on trouvait une musulmane portant fièrement le hijab, laquelle n’a finalement pas été élue. QS se méfie comme de la peste de la laïcité à la française, la jugeant dangereusement discriminatoire.

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Le parti de Manon Massé n’est pas seulement hostile au capitalisme à la base du système économique mondial. Il en veut à la civilisation occidentale tout entière dont il condamne le colonialisme et le consumérisme pollueur. Son anti-occidentalisme le rapproche des islamistes dans leur lutte contre la décadence des mécréants occidentaux. Les adeptes de QS sont prêts à tous les accommodements religieux en faveur de l’islam au nom du sacro-saint principe de l’ « inclusion ».

Épousant aveuglément le multiculturalisme du gouvernement fédéral de Justin Trudeau, Québec solidaire s’affiche immigrationniste et prône la venue du plus grand nombre d’étrangers possible. Même s’il se déclare en faveur de l’indépendance du Québec, il n’hésite pas à se ranger du côté du gouvernement canadien pour empêcher le nouveau gouvernement provincial de François Legault de réduire les seuils annuels d’immigration.

Québec solidaire rassemble en outre tous les courants de la bienpensance actuelle : véganisme, antispécisme, transgenrisme, autant de courants radicaux qui essaient d’imposer leurs modes de vie marginaux à la majorité.

« Révélation » de la classe politique

Députée depuis 2014, Manon Massé détient le titre officiel de « co-porte-parole » de Québec solidaire, qu’elle partage avec Gabriel Nadeau-Dubois, jeune député qui s’est fait connaître lors de la grève étudiante du printemps érable en 2012. Contrairement aux autres partis officiels, QS n’a pas véritablement de chef. Le titre particulier de « co-porte-parole » découle du concept de démocratie participative dont se réclame Québec solidaire. Il est porté à la fois par une femme et par un homme en vertu d’un autre principe cher à QS, la parité femmes-hommes.

Lors de la campagne électorale de cet automne, Québec solidaire a vu son électorat doubler, passant de 8 à 16 %, et le nombre de ses députés croître de 3 à 10 (il y a 125 députés en tout à l’Assemblée nationale).

Manon, car on l’appelle ainsi par son prénom tant elle paraît familière à tous, a fait un tabac moins à cause de ses idées communistes que de certains traits de sa personnalité. L’ensemble des médias québécois l’a même élevée au rang de « révélation » de la classe politique.

Manon Massé, la « bravitude » québécoise

Aux yeux de bien des électeurs et de nombreux commentateurs, Manon dégage la bonté charismatique d’une madone. On apprécie son naturel « bienveillant » et son air « authentique ». Sa franchise est également soulignée : elle saurait « parler aux gens avec son cœur ». Si la madone de QS ne peut pas encore ouvrir les portes du ciel, elle ouvre celles de la félicité sociale.

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Manon ne possède cependant pas toutes les qualités mariales. Ainsi, sa manière de s’exprimer cultive la langue populaire et ne craint pas les incorrections. Les membres de son parti qui forment « sa gang » n’entraîneront pas du tout le Québec dans l’ « hétacombe », nous assure-t-elle. Très attachée au français, Manon met son point d’honneur à ce qu’on le « promouvoie ». Elle ne veut pas non plus « embarquer dans le lançage de bouette » auquel s’abaissent ses adversaires. Ses erreurs de langage lui sont heureusement pardonnées, car on y voit le signe de sa proximité avec le peuple.

Les imperfections de Manon tout comme les espoirs chimériques qu’elle fait miroiter passent inaperçus, car l’essentiel est ailleurs : dans son cœur, dans son âme. La ferveur qu’elle communique fait oublier l’irréalisme des promesses électorales de son parti, ses utopies collectivistes, ses incohérences et ses positions extrémistes. Avec Manon, le sentiment a éclipsé la raison.

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