Jeanne Balibar est venue faire la promo de son très mauvais film sur France inter, on vous propose le débrief si vous avez manqué la séquence.


 

Jeanne Balibar vient de réaliser un film intitulé Merveilles à Montfermeil – dans cette ville qui devient le Cinecittà à ciel ouvert des films dits sur la banlieue – et, si je veux en croire les critiques unanimes, elle signe là une première œuvre magistralement ratée. Seuls les journaux à la pointe de toutes les compromissions dès qu’il s’agit de sauver l’insauvable, Libération, Les Inrockuptibles et Le Monde, tentent d’épargner maladroitement ce qui peut l’être de ce que d’aucuns appellent d’ores et déjà le « nanar » de l’année 2020. Autant dire qu’à sa manière Jeanne Balibar a frappé un grand coup.

« Il paraît que c’est un film. Première nouvelle ». Eric Neuhoff, à propos du premier film de Jeanne Balibar.

Jeanne Balibar sur France inter, grand moment de radio

Mais cela ne serait rien encore si la réalisatrice ne donnait pas quelques entretiens concernant son œuvre. Le 3 janvier, elle a ainsi été invitée sur France Inter, par une Alexandra Bensaïd primesautière, et a pu nous délivrer quelques idées sur le monde et ses maux, sur quelques possibles solutions, et sur les combats qui restent à mener. Cela dure 11 minutes. 11 minutes d’humour involontaire. 11 minutes de sottises ininterrompues :

Jeanne Balibar nous explique d’abord, qu’en plus des « ateliers de respiration » et de « sieste obligatoire » qui existent déjà dans certaines mairies, elle a inventé pour son film un « Montfermeil International School of Languages – parce que ça je trouve que c’est une très bonne idée d’inventer des écoles de langues puisqu’il y a cet énorme vivier de profs de langues dans les banlieues » (sic) – et un « enseignement des mathématiques en arabe – je trouve que c’est une très bonne idée. » (sic again)

Résumons-nous: après qu’elle veuille nommer une école de langues internationale à la mode d’aujourd’hui, c’est-à-dire en utilisant la langue du maître anglo-saxon (ce que font déjà très bien nos écoles de commerce nationales devenues Business Schools), Jeanne Balibar préconise l’enseignement des mathématiques en langue arabe. Pour quelles raisons?

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Elle ne nous le dit pas et la journaliste se garde bien de lui poser la question. On imagine que notre actrice éclairée à la lumière des idées toutes faites pense sûrement qu’il faut puiser dans le vivier des banlieues les futurs professeurs de mathématiques. Puisque beaucoup sont issus de l’immigration arabe et que les chiffres sont arabes cela doit vraisemblablement leur être une grande facilité que d’enseigner les mathématiques en langue arabe… Plus tard, Jeanne Balibar préconisera sûrement l’enseignement de la philosophie en grec par des professeurs d’origine grecque, l’enseignement de la force en turc par des professeurs d’origine turque ou celui de la consommation d’alcool en polonais par des professeurs d’origine polonaise…

Jeanne Balibar, artiste décoloniale

On pouvait se douter que le CNC était le repaire de tout ce qu’on veut hormis de fins connaisseurs et esthètes de l’art cinématographique. Jeanne Balibar nous le confirme d’une phrase : « À part la République, le CNC, personne m’a donné de fric pour faire mon film ».

Jeanne Balibar, nourrie au sein des thèses « décolonialistes » ambiantes, voit des colonisateurs et des colonisés partout dans nos banlieues : « Par exemple, à Montfermeil y’a un haras, y’a un tennis-club où y’a des gens qui vont se faire servir par des gamins en réinsertion qui évidemment sont souvent des gamins issus de l’immigration (sic). Ça propose des tableaux, quand même, d’une administration (sic), comme si c’était dans le formol, un truc de vie coloniale échoué comme ça […] comme si s’était échoué là une espèce de souvenir des colonies françaises. » (sic, resic et sic de der). La totale absurdité des propos est évidente mais mérite deux signalements quand même.

  • Il n’y a pas, il n’y a jamais eu, et il n’y aura vraisemblablement jamais d’hommes ou de femmes issus de l’immigration, délinquants ou en réinsertion, dans les banlieues. Issus de l’immigration, ayant commis des actes criminels dans les banlieues, délinquants actifs ou en réinsertion, il n’y a que des… gamins ! Télérama nous l’a rappellé avec Ladj Ly dans un récent numéro de jongleries bien-pensantes et morales en nous présentant le « gamin des cités d’origine africaine » injustement critiqué par une presse « réactionnaire » et une « France rance ».
  • Si Eric Zemmour dit : « les gamins en réinsertion sont évidemment issus de l’immigration », immédiatement la garde-chiourme france-intériste et les vigilants du journal crépusculaire font signer des tribunes et des pétitions pour faire enfermer ou licencier le délinquant. Mais si c’est Jeanne Balibar… tout va bien et ces propos ne sont ni nauséabonds ni racistes (ce qui est vrai) : ils le deviennent uniquement dans la bouche de ce « fils de pute » de Zemmour (dixit Ladj Ly).

Parachever libération des banlieues et de la parole des femmes

Quant aux colonies françaises en terre montfermeillienne, l’actrice en a « parlé avec beaucoup de gens là-bas, notamment Ladj Ly qui était complètement d’accord avec [son] analyse. » Tu m’étonnes !..

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Enfin, et pour conclure, est évoquée la question qui va nous faire encore quelques décennies et qui est celle de la « libération de la parole des femmes », en particulier dans le cinéma. Là, tenez-vous bien : « Y’a encore beaucoup, beaucoup de choses à dire […] y’a encore beaucoup de choses dont on peut pas parler et y’a la chose principale dont on peut pas parler, c’est… l’esclavage des femmes qui sont mères d’enfants ! » (sic d’or). « Ça c’est un grand sujet sur lequel on dit en fait très peu de choses, les actrices qui sont mères.[…] Mais bon, voilà, c’est un début, continuons le combat. »

Nous ne parlons vraisemblablement pas de la même chose, mais au moins nous sommes d’accord sur son dernier point : continuons le combat !

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