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La voix du président

This is the voice

La voix du président
© Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22623725_000001

De l’importance de l’organe dans la conquête du pouvoir et des téléspectateurs


Veloutée sans être endormie, avec quelques accents rocailleux pour asseoir la stature, une belle fluidité dans l’ensemble, aucune amplitude disgracieuse à l’écoute, l’écho souverain en filigrane, la Voix du Président n’aura jamais été aussi bien posée depuis son élection en 2017. Hier soir, il avait enfin trouvé l’équilibre et le ton en gommant toutes les faussetés de sa campagne électorale lorsque sa voix se perdait dans les aigus surjouant l’action jusqu’à l’asphyxie. Elle ne déraille plus, elle déploie une couleur chaude qui est de nature à inquiéter ses adversaires d’avril prochain bien plus que son programme ou son bilan.Le président maîtrise enfin cet indispensable instrument de conquête du pouvoir.

Ce léger rhume, au lieu d’être un handicap, a donné un relief nouveau au discours du chef de l’État. Seule la forme peut désormais susciter l’intérêt du grand public…

Pour les autres prétendants à la magistrature suprême, c’est une très mauvaise nouvelle. Ils vont devoir prendre des cours de diction, réapprendre à projeter les mots sur l’écran, leur insuffler un peu d’énergie et d’harmonie. Rassurer les Français et entrevoir un avenir commun, cela passe par des cordes vocales engageantes et solides, c’est-à-dire couvrant toute la gamme des émotions et du mensonge. Celui qui voudra lutter contre l’abstention devra nécessairement travailler la puissance de son organe, son domaine d’extension et son champ nostalgique. Pour certains d’entre eux, une vie ne suffira pas à placer leur voix tant elle vacille, radote, bégaie et s’éteint. Elle ne fait même pas sourire. Par exemple, une voix aux intonations comiques, à la typicité folklorique, au provincialisme suranné peut être un atout sérieux dans la marche vers la victoire.

Le député des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle. D.R.

Une élection se gagne dans le microphone, faut-il le rappeler. L’image est annexe, la parole est reine. Par le passé, un organe clair et ample a pu sauver des physiques approximatifs, faire oublier l’origine sociale ou les erreurs de parcours tant nous étions captivés par le flot esthétique. Evidemment, si le candidat combine allure et son, charisme et rythme, le deuxième tour ne sera alors plus qu’une formalité pour lui. Les débats entendus çà et là, ces dernières semaines, à la primaire écolo ou chez LR, ou plus généralement sur les plateaux télé inquiètent par leur cacophonie ambiante. Une suite d’ânonnements inaudibles et laborieux.

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Respectez au moins nos oreilles à défaut de nous vendre un futur radieux ! Ce festival de casseroles et d’approximations n’incite vraiment pas les jeunes à s’inscrire sur les listes, on les comprend. Le personnel politique qui ne sait plus écrire n’arrive plus aujourd’hui à parler convenablement. Ces gens-là sont-ils déjà allés, un jour, au cinéma ? Ont-ils eu accès à la musique, cette chose qui rend l’existence moins monotone ? Ils s’expriment mécaniquement. Je leur conseille de prendre des leçons chez les crooners romantiques. Billy Joel, Kenny Rogers ou Eric Carmen feront d’excellents guides acoustiques, un peu trop sirupeux peut-être, mais non dénués d’une large intensité dramatique. Pourquoi pas, pour les plus doués d’entre eux, s’inspirer de la tessiture caverneuse d’un Isaac Hayes, d’un Roy Ayers ou d’un Teddy Pendergrass, d’y puiser cette force tellurique qui procure ce supplément d’âme indispensable pour se rendre aux urnes, un dimanche ensoleillé de printemps. Réécouter le regretté Bill Withers ou les démoniaques Dionne Warwick et Patti Austin avant d’ouvrir la bouche devrait être le leitmotiv des communicants et coachs vocaux !

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Une belle voix ne signifie pas jolie, elle doit être entière avec quelques rayures pour en sublimer les aspérités comme chez l’actrice Marianne Basler. Quand on a la prétention de quérir des voix, on s’entraîne au moins devant sa glace, on s’interroge sur sa propre capacité à embarquer l’autre, on peaufine tout simplement sa voix ou l’on se tait à jamais. Hier soir, la fatigue s’accordait avec la modulation de fréquence présidentielle. Et ce léger rhume, au lieu d’être un handicap, a donné un relief nouveau au discours du chef de l’État. Peu importe le message en fait, le propos est accessoire dans nos sociétés modernes, il n’y a que les commentateurs pour continuer bêtement à s’intéresser au fond, seule la forme peut susciter l’intérêt du grand public. Je ne vous ferai pas l’injure ici de parler des propositions ou des non-propositions avancées, je ne tomberai pas dans ce piège faussement démocratique. Je respecte trop mon lecteur pour m’aventurer sur le terrain des idées. Tout le monde en a dans sa besace, c’est d’un banal. Je reste sur mon domaine de prédilection : le style. Le citoyen-téléspectateur a assez d’expérience pour ne plus croire la parole médiatique. En littérature comme en politique, les mots ne veulent plus rien dire, ils camouflent l’impuissance, seul l’agencement compte et la mélodie. Et hier soir, reconnaissons-lui au moins ça, le président était mélodieux.

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Journaliste et écrivain. A paraître : "Et maintenant, voici venir un long hiver...", Éditions Héliopoles, 2022

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