Les Français ne font plus confiance en leur justice. Pourtant, c’est elle qui peut faire reculer la violence dans notre pays. Sans une justice équitable, le danger est grand de voir réapparaître la tentation de régler la problématique sécuritaire de façon autoritaire et musclée.


Tonneau des Danaïdes

Si la violence ne  date pas d’hier et qu’il est vain de croire pouvoir l’éradiquer complètement, il n’est pas interdit toutefois de vouloir la contenir, l’endiguer et de réfléchir aux moyens d’y parvenir. Telle est d’ailleurs la première tâche de l’Etat. Mais pourquoi la France, sur-administrée, championne des prélèvements obligatoires et dont l’Etat est atteint de boulimie structurelle, n’y parvient-elle pas ? La  case défectueuse dans le dispositif  sécuritaire ne se situe pas dans la police et la gendarmerie, dont les agents sont en première ligne face aux bandes armées et aux délinquants, et dont le professionnalisme et la retenue forcent le respect. C’est la réponse pénale qui est montrée du doigt par nos concitoyens lorsqu’on les interroge sur les causes de l’impuissance de l’Etat à endiguer la violence.

La justice semble ne pas vouloir jouer le jeu. Combien de policiers ont témoigné de leur stupéfaction de voir des délinquants multirécidivistes, qu’ils avaient arrêtés le matin et remis entre les mains de la justice, se promener en fin d’après-midi à leur nez et à leur barbe, le juge leur ayant rendu entre-temps la liberté ! Les forces de l’ordre ont l’impression, non seulement de ne pas être soutenues par les magistrats, mais surtout d’être entravées et désavouées dans leurs actions. En effet, que penser d’un juge qui ne prononce qu’une peine légère à l’encontre d’un multirécidiviste qui recommencera le lendemain ?

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La police nourrit le sentiment d’être soumise au supplice de Sisyphe, ce héros mythologique grec qui fut condamné, aux enfers, à rouler éternellement un rocher sur une pente ; parvenu au sommet, le rocher retombe et notre héros doit recommencer sans fin ! Ou bien à remplir le tonneau percé des Danaïdes ! N’est-ce pas la situation à laquelle sont confrontées nos forces de l’ordre vis-à-vis de la justice ? Interpeller continuellement les violents qui, le soir, sont remis en liberté, et qu’il faudra appréhender de nouveau dès le lendemain !

Une impunité qui accroît la violence

Cependant, la police n’est pas la seule à sortir perdante d’un tel dysfonctionnement de l’administration judiciaire. A long terme, les contrevenants et les délinquants finissent par en devenir eux aussi les victimes indirectes. En effet, le laxisme des juges entretient chez eux un sentiment d’impunité qui ne peut, dans un premier temps, que les encourager dans la carrière du crime. En effet, dès lors que le principe de responsabilité est mis à mal, dès lors que, quoi qu’ils fassent, ils ne seront jamais tenus pour pleinement responsables de leurs actes, et donc punis en conséquence, pourquoi s’arrêteraient-ils en si bon chemin et ne remettraient-ils pas le couvert pour augmenter exponentiellement leurs gains ?

La mansuétude excessive et inopportune des juges conforte les violents, les intégristes et les trafiquants dans leur volonté de s’enrichir en contournant et en violant les lois, ou de décérébrer et embrigader la jeunesse au mépris de la laïcité. La violence et le fanatisme, constatant l’absence, en face d’eux, d’un ordre étatique capable de les contenir et de les réprimer, sont encouragés à persévérer et à augmenter. Le laxisme fait de la sorte le jeu de la montée aux extrêmes, jusqu’à ce qu’un pouvoir autoritaire et dictatorial ne reprenne les choses en main au détriment de la liberté. C’est pourquoi le laxisme des juges, en plus d’encourager la violence, véhicule, tôt ou tard, l’enfouissement des libertés publiques sous la chape de plomb d’un pouvoir autoritaire. Voilà où conduit le laxisme d’une magistrature idéologisée qui trahit sa mission.

En finir avec la culture de l’excuse

Comment rendre la justice à sa fonction première qui est de rendre à chacun son dû ? Premièrement, en mettant un terme à la politique de l’excuse. Trop souvent, les juges atténuent la gravité des crimes en alléguant l’enfance difficile ou le milieu de leurs auteurs, ou bien leurs origines, voire la discrimination dont ils auraient fait l’objet. Le principe de la « circonstance atténuante », de périphérique, devient central. Si bien que le coupable devient la victime, quand la victime objective, par exemple la personne qui a été volée, n’est pas loin d’être accusée d’avoir excité la convoitise du voleur, et d’être tenue pour responsable de son propre malheur !

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Cessons cet embrouillamini mental et appelons un chat un chat, en refusant d’opérer l’amalgame entre victimes et coupables. Sinon, en appelant « bien » ce qui est mal, et « mal » ce qui est bien, nous courons à la schizophrénie et à la perte de nos repères cognitifs. Respecter les « valeurs », cela commence par bien nommer les choses, et ne pas confondre le criminel avec sa victime.

Raccourcir les délais de la réponse pénale

Le deuxième moyen à mettre en œuvre afin que la justice reprenne la situation sécuritaire en main, consiste à raccourcir les délais de jugement. En effet, plus la réponse pénale tarde à venir, plus le sentiment d’impunité s’installe et s’enracine dans l’esprit du délinquant. Au final, celui-ci ne parvient plus à percevoir le rapport de cause à effet entre son méfait et le verdict qui tombe plusieurs années plus tard. La « tolérance zéro », que le chef de l’Etat promet de rétablir, commence par une justice plus rapide et plus efficace. C’est à ce prix que les Français recouvreront leur confiance dans l’institution judiciaire.

 

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