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La djellaba à petits pas

Où l'on apprend que manger des Oréo n'est pas "haram"...

La djellaba à petits pas
Capture d'écran page Instagram de Redazere

Farouche défenseuse de l’égalité des sexes, notre chroniqueuse nous livre la version masculine du « Voile à toute vapeur », texte publié la semaine dernière.


En 2014, l’imam de Brest nous faisait bien rigoler (ou pas), quand il « enseignait » à de jeunes enfants (l’un d’eux étudiait la batterie) que le prophète « engloutirait sous la terre tous les joueurs de musique et les transformerait en porcs et en singes ». L’affaire avait alors agité le Landerneau local et une pétition demandant son expulsion avait recueilli 40 000 signatures. Dieu merci, nous n’en sommes plus là. L’imam musicophobe s’est (plus ou moins) calmé. Et, des myriades de contributeurs se revendiquant musulmans ont pris le relais et ouvert gentiment boutique islamique sur la toile.

Point n’est question ici de Benzema, influenceur amateur, 56 millions d’abonnés sur Instagram, qui, bien que grand musulman devant l’éternel, vient de nous gratifier d’une vidéo bien mécréante planètement parlant mais des influenceurs sérieux, qui n’aiment pas les falbalas et ne plaisantent pas avec la religion.

Comme le Canadien francophone Redazere qui, sur Instagram, régale quotidiennement ses 316 000 abonnés. Vidéos courtes, montages dynamiques, humour, proximité avec la communauté, les codes sont parfaitement maîtrisés. On y apprend beaucoup. Par exemple qu’ « une bonne action efface les péchés », que « les musulmans peuvent croire aux aliens » et que, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, « faire une coloration pour les hommes, manger des oreos et être gros n’est pas haram ». À part ces petites frivolités, ses « enseignements » tant sur le voile que sur la musique  sont les mêmes que ceux de son pote brestois.

Ou du Français de la_notif_islam qui propose tous les jours à ses 190 000 abonnés des notifications bien senties. L’orthographe n’est pas toujours son fort : « Peu importe le résultat, fais confiance à ton créateur car lui seule c’est ce qui est le meilleur pour toi », mais ses recommandations, de bon sens et qui ont le mérite de la modestie, « Apprenez à plaire au cœur et pas seulement aux yeux », valent haut la main celles, aussi approximatives orthographiquement mais bien plus prétentieuses, de ses concurrents coachs et développeurs personnels. Et, si elles ne font pas de bien, elles ne peuvent pas faire de mal : « Si Allah a retiré des personne de ta vie : sache qu’il a entendu des conversations que tu na pas entendu vu des choses que tu na pas vu alors il fait des choses que tu n’aurais pas pu faire ». Certes, il arrive à notre jeune ami de s’égarer un tout petit peu quand, par exemple, il admoneste ceux qui « normalisent les péchés ». Il leur rappelle que « l’on ressuscite le jour du jugement dernier de la manière dont on est mort » et donc… vous voyez la honte « pour celui qui meurt en train de braquer, pour celui qui meurt en train de vendre, pour celui qui meurt pendant qu’il fait la fornication ». Pauvre d’eux en effet.

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Même si les messages de nos séduisants prêcheurs sont plus ludiques que ceux des mosquées, même si leurs audiences sont plus larges, ils restent donc dans le traditionnel et dans le planplan. Pas de journée de la djellabah, pas de concours de Mister Ramadan, pas de défilés de qamis. Leurs « sœurs » de la mode pudique sont bien plus créatives. Elles innovent, elles conquièrent. En visibilisant un islam sympa, convivial et girly, les modeuses qui se pavanent dans des atours pudiques, de ville ou de bain, font gentiment oublier que l’Alliance Citoyenne, à l’origine du cirque aquatique grenoblois, apparaît dans la liste des bénéficiaires de la généreuse Open Society Foundation créée en 1979 par Georges Soros et qu’elle a reçu 80 000 $ de celle-ci en 2016 dans le but de la « transformer en une organisation nationale avec une visibilité nationale ».

Grâce à une utilisation large et astucieuse des moyens  de communication, ces garçons et ces filles modernes agissant séparément et à leurs rythmes promeuvent paisiblement leur religion ou plutôt leur civilisation. De leur propre chef ou instrumentalisés, là est la (vraie) question. Quelle que soit la réponse, ils installent tranquillement un islam d’ambiance aux antipodes du monde inclusif, non genré, woke, cancellisé, rêvé par ceux qui les soutiennent. Oh les beaux jours à venir.


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