On réédite en DVD La petite Fille au bout du chemin l’un des premiers films de Jodie Foster, récit initiatique d’une adolescente quittant le vert paradis de l’enfance pour aborder l’âge adulte. Un film certes un peu bavard mais troublant.


Les éditions Montparnasse exhument aujourd’hui une véritable curiosité, l’un des premiers films de Jodie Foster (âgée de 13 ans) signé par un cinéaste qui tournera essentiellement des téléfilms à partir des années 80. On doit cependant à Nicolas Gessner, réalisateur suisse né à Budapest, un film avec Mireille Darc en vedette (La Blonde de Pékin) et un thriller avec Anthony Perkins (Quelqu’un derrière la porte). Qu’il ait fait tourner l’inoubliable interprète de Psychose pourrait constituer une porte d’entrée pour cette Petite Fille au bout du chemin puisque comme dans le film d’Hitchcock, la demeure y tient une place primordiale.

Aux frontières du thriller et du conte

Rynn est une jeune adolescente qui vit seule dans une maison isolée en prétendant que son père habite les lieux. Elle est inquiétée par un voisin (Martin Sheen) qui semble avoir déjà eu des démêlés avec la justice et la mère de celui-ci, propriétaire de la demeure, qui cherche à tout prix à parler à son père…

Difficile d’évoquer ce film sans trop déflorer son intrigue mais notons d’emblée que Nicolas Gessner privilégie l’atmosphère, à la fois intrigante, mystérieuse et parfois oppressante. La maison devient le lieu de tous les secrets les plus enfouis, avec une cave inquiétante dont la trappe est rendue inaccessible (ou presque) à cause d’une table. Comme chez Hitchcock, les pièces de la maison trahissent des liens familiaux inextricables et corrompus. Le talent du cinéaste est de situer son récit aux confins de plusieurs genres : le thriller avec un danger permanent qui guette la jeune fille isolée en la personne de Martin Sheen, assez impressionnant dans un rôle de pervers « borderline » mais aussi le conte horrifique et la fable initiatique. Toutes proportions gardées, il y a un petit côté Nuit du chasseur dans cette histoire où l’enfant se trouve traquée par un individu qui connaît son secret.

Une petite fille très mûre 

Au bout du compte, La petite Fille au bout du chemin est le récit initiatique d’une adolescente quittant le vert paradis de l’enfance pour aborder l’âge adulte avec tout ce qu’il peut avoir de menaçant : la mort symbolique des parents, la naissance du sentiment amoureux et du désir, la crainte des prédateurs… Plutôt que d’opter pour une chronique réaliste, Gessner traite ce sujet sous la forme la plus ancestrale : celle du conte de notre enfance. Tout y est : la forêt inquiétante, la peur de l’enfant abandonné par ses parents (que ce soit dans Le Petit Poucet ou Le Petit Chaperon rouge), une dimension fantastique (le petit ami de Rynn n’est pas magicien pour rien) et, bien évidemment, le loup dont il faudra se débarrasser.

Le film n’est sans doute pas parfait, parfois un peu bavard, mais il distille une atmosphère très particulière qui renvoie aussi bien aux terreurs enfantines les plus enfouies qu’à la fascination des contes. Précisons pour conclure que Jodie Foster est étonnante dans ce rôle (entre Taxi Driver et Bugsy Malone) témoignant à la fois d’une grande maturité (Rynn est obligée de se débrouiller seule) et retenant pourtant l’enfance sur son visage angélique. Face à elle, Martin Sheen tient l’un de ses rôles effrayants dont il a le secret (voir Dead Zone) : à la fois dans une séduction ambiguë et prêt à tout pour réaliser ses sombres desseins. Une œuvre insolite à découvrir…

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