Vingt ans après, on republie Le cimetière des plaisirs, roman de notre confrère Jérôme Leroy dont Patrick Besson écrit qu’il est « un poète souverain »


Le Cimetière des plaisirs est le deuxième livre de Jérôme Leroy né en 1964. Il était paru à l’origine en 1994 aux éditions du Rocher. Il reparaît aujourd’hui en Petite Vermillon, la collection de poche des Editions de La Table Ronde. Dans sa préface, Jérôme Leroy écrit qu’il s’agit « sans doute un roman ». Il l’a publié à un âge, trente ans, où « le cœur se brise ou se bronze », pour citer Chamfort. Chamfort est une des grandes lectures du narrateur du Cimetière des plaisirs avec quelques autres francs tireurs de la forme courte : De Roux, Perros mais aussi Cioran dont il n’a pas envie de « laisser le monopole aux cadres supérieurs. »

L’âge des premiers renoncements

Après L’Orange de Malte (1990, prix du Quartier Latin et réédité il y a deux ou trois ans à La Thébaïde), le jeune écrivain, « un peu égaré », proposait cette sorte de cantilène mélancolique pour chanter les matins pluvieux des Flandres, des souvenirs de Lisbonne, les femmes perdues, la bière et les tramways qui l’amène chaque jour au collège Brancion. C’est que le narrateur est professeur de lettres en zone sensible (i.e. là où la violence sociale apparaît dans toute sa cruauté). Il guérit d’un chagrin d’amour et il a l’âge des premiers renoncements, plus ou moins définitifs, « Les désespoirs sont présomptueux ». Il a aussi la conscience de moins en moins floue d’être condamné à brève échéance à une forme de clandestinité : « Il n’y aura plus de bonheur que dans la fuite et le souvenir ». Pour lui tenir compagnie, une danseuse, professeur d’une « langue lovecraftienne », un je ne sais quoi de lusitanien (Cemiterio dos Prazeres est le plus grand cimetière de Lisbonne, ville que Leroy connaît bien), les étudiantes kabyles, les citations récurrentes du ci-devant La Rochefoucauld, les Variations Goldberg, la soul de Marvin Gaye et la Belgique si proche : « l’impression d’être entré dans un album d’Hergé ».

Du pur Leroy

Dans sa préface, Leroy écrit, parlant de son narrateur, « Il a peut-être un peu trop tendance à confondre la fin de sa jeunesse et la fin du monde. » Autant dire qu’il prend ses distances, même s’il note : « Il semblerait néanmoins, avec le temps, que quelques unes de ses intuitions sur les désastres en cours sous nos yeux se soient révélées justes ou tout au moins assez proches de la réalité. »

Le Cimetière des plaisirs est déjà du pur Leroy, encore un tantinet maniériste et jongleur. Un livre de jeunesse à l’élégante tristesse.

Jérôme Leroy, Le cimetière des plaisirs, La petite Vermillon n° 463.

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