Ma vie, mon œuvre, mes réclames. Ou quand les Rolex changent de poignets.


Un cabinet de marketing d’influence (et oui, ça existe) annonçait récemment que la publicité par les influenceurs générait onze fois plus de retour sur investissement que la publicité traditionnelle et que 25% des budgets publicitaires passeraient bientôt par ce canal. Or, en France, les dépenses publicitaires annuelles représentent 15 milliards d’euros!

A lire aussi: L’ubérisation du cheveu m’inquiète

De son côté, l’observatoire des métiers de la publicité recense quarante-quatre métiers conventionnels pour une activité encadrée et réglementée. Certains de ces métiers ont le vent en berne. Celui exercé par les influenceurs n’est pas (encore) référencé. Les terrains de jeux de ces nouveaux acteurs économiques s’appellent Youtube, Instagram, Twitter, Facebook et Snapchat. Petits ou grands, connus ou en passe de l’être, les influenceurs sont ainsi de plus en plus nombreux à monnayer, ou à tenter de monnayer leur… influence. Ils paient de leur temps et surtout de leur personne, pour faire acquérir tout ce que les marques veulent vendre, en prenant en charge eux-mêmes toutes les activités qui jusqu’à présent étaient celles des agences de pub. Ils créent leur personnage, leur histoire, la bichonnent, la mettent en scène dans le but de convaincre les membres de « leur communauté » d’ouvrir leur portefeuille. Ils ne jouent pas dans une publicité, ils sont la publicité. Cerise sur le gâteau, « ils reconnectent l’humain à la stratégie publicitaire », en créant « des contenus authentiques ».

Une activité sans paperasserie administrative?

Cette activité, pas encore tout à fait un métier, recouvre une réalité disparate. D’abord, quant à l’âge des influenceurs. Les plates-formes du marketing d’influence (et oui, ça existe) mesurent la performance des influenceurs pour des échantillons allant de 15 à 54 ans. La carrière commence donc très jeune, mais finit aussi très tôt. A partir de 54 ans, on n’est donc plus en état d’influencer personne. Plus de followers, plus d’abonnés, plus d’amis, plus de likes, plus de comments. Les marques peinent sans doute à trouver de « belles » personnalités vieillissantes, présentes sur les réseaux sociaux, et capables de faire acheter leur camelote. Avis aux amateurs.

A lire aussi: De l’argent comme s’il en pleuvait

Les rémunérations conseillées par les agences d’influence (et oui, ça existe) sont assez floues. Elles vont du paiement en nature à la rémunération à la tâche (contrat de représentation, free-lance …). Les gains peuvent atteindre 6 000 € pour une photo sur Instagram pour un influenceur à plus de 2 millions de followers. Ils s’échelonnent entre 250 € à 500 € pour la même prestation pour l’influenceur à 50 000 followers. La rémunération varie aussi en fonction du taux d’engagement, (nombre de likes sur nombre de followers). De 3 à 4%, c’est pas mal. Au-dessus de 5%, c’est bien. Ce taux est nettement plus élevé chez les micro influenceurs, dits influenceurs de proximité, que chez les mastodontes. Ces derniers ratissent larges mais avec des peignes à grosses dents.

Il faut bien comprendre que nous ne sommes plus dans l’épiphénomène de cour de récréation mais dans le raz-de-marée. Ainsi, sur les 95 millions de photos publiées chaque jour sur Instagram, 24 millions d’entre elles seraient « sponsorisées » d’une manière ou d’une autre.

Légalement, le consommateur doit être informé du caractère publicitaire de « l’information » qu’il reçoit, d’où qu’elle vienne. Quand Nabilla explique à « ses amours » qu’elle a un copain, en qui elle a toute confiance, qui lui fait gagner de l’argent en achetant des bitcoins, est-ce vraiment une confidence? Cette information géniale ne devrait-elle pas être accompagnée de la mention publi-reportage?

A lire aussi: Facebook, le déclin de l’empire américain

De toute façon, malgré des statuts juridiques à géométrie variable et des déclarations fiscales à l’avenant, personne dans cet univers de communautés ne semble beaucoup craindre une descente des polyvalents.

La ruée vers l’or attire les marchands de pelles. L’influence a donc désormais ses écoles, ses congrès et ses gourous

Influencer peut être un don du ciel. mais peut aussi s’apprendre. L’Italie joue les précurseurs. Ainsi, en partenariat avec L’Oréal, l’éditeur Condé Nast, (Vogue, Vanity Fair, Glamour, GQ, The New Yorker) a créé en Italie, la « Social Academy » qui dispense 240 heures de cours réparties sur quatre mois. En fin de parcours, l’impétrant reçoit un diplôme d’influenceur et intègre la prestigieuse « Condé Nast network of social influencers ».

Pour sa part, l’e-campus de Milan a initié un programme baptisé « Devenir un influenceur ». De l’autre côté de la Méditerranée, au Maroc, à Essaouira s’est tenu en Avril 2019 le 3ème Global Influencers Summit. Ce congrès a réuni les bloggers, les influenceurs, les professionnels du digital, les entreprises, les médias et les institutionnels du monde entier autour du thème de la communication d’influence et du pouvoir des influenceurs. D’après les organisateurs, cette grande messe aurait touché 20 millions de personnes.

Une grande soirée parisienne

En France, question formation de nos influenceurs, nous la jouons petit bras mais ne sommes pas tout à fait en reste. Le 9 décembre, à 19h aura lieu au théâtre Mogador, à Paris, une masterclass sobrement intitulée « Les secrets du métier d’influenceur ».

Evénement organisé et animé par Magali Berdah, présidente de la société Shauna Events, société dédiée à l’influence (et oui, ça existe). Magali Berdah, c’est à la fois Johnny Starck, Jacques Séguéla et Bernard Tapie. Après des débuts mouvementés qu’elle raconte dans son livre Ma vie en réalité, elle est actuellement à la tête d’un (petit) empire d’influence et cornaque pratiquement toutes les stars de la télé-réalité.

Des tas d’avantages

Pour le package prestige de cette petite sauterie parisienne, il vous en coûtera 350 €.

Mais, vous aurez un placement carré or, vous accéderez à la soirée after show VIP en présence des influenceurs et des célébrités, vous aurez la possibilité de réaliser des selfies/stories avec les influenceurs, vous aurez aussi droit à une coupe de champagne (coupe au singulier), au goodie bag partenaire et au livre dédicacé Comment devenir influenceur de la susnommée Magali Berdah.

Mais, vous pouvez aussi assister incognito au spectacle pour 80€. C’est le prix de la place la plus modeste.

Lire la suite