Quand les Sikhs se rapprochent des autorités pakistanaises pour leur pèlerinage, le gouvernement indien se méfie…


Le XXIe siècle, comme l’aurait prédit Malraux, sera spirituel ou ne sera pas. Or, tandis que l’opinion publique occidentale se focalise sur les tensions liées aux expressions contemporaines de l’Islam, d’autres religions façonnent aussi la géopolitique. C’est le cas du sous-continent indien où depuis une vingtaine d’années le regain de l’hindouisme est le fait politique majeur de la politique indienne. Mais d’autres cultes de la région participent eux aussi à ce grand jeu. C’est notamment le cas du sikhisme, une religion monothéiste fondée au XVI siècle par le Guru Nanak dans une région aujourd’hui divisée par la frontière indo-pakistanaise.

20 millions de Sikhs indiens

Cela met les disciples de Guru Nanak sur l’une des lignes de fractures géopolitiques les plus sensibles au monde : celle qui sépare le Pakistan musulman de l’Inde majoritairement hindouiste. L’une des nombreuses conséquences de la séparation de 1947 entre l’Inde et le Pakistan a été de couper les Sikhs indiens (20 millions) de leur site le plus sacré : le temple de Gurdwara Darbar Sahib. Surnommé « le temple d’or », ce lieu de pèlerinage a été construit à l’emplacement où, selon la tradition sikh, Guru Nanak serait mort. Le temple se trouve dans le village pakistanais de Kartapur, à seulement quatre kilomètres de la frontière qui permet d’accéder à la province indienne du Punjab qui abrite la plus grosse communauté sikh d’Inde…

L’idée de créer un corridor terrestre, une solution simple et pratique évitant aux Sikhs les lourdes procédures que nécessitent pour un Indien une demande visa pour le Pakistan, circule depuis au moins trente ans mais n’a abouti qu’au mois de novembre. Grâce à la  rencontre entre deux anciennes stars de cricket, le sikh indien Navjot Singh Sidhu, aujourd’hui ministre du gouvernement du Punjab et son ami Imran Khan, Premier ministre pakistanais.

Le camp Khan

Cependant, quand certains y voient un signe de réchauffement des relations entre les deux puissances nucléaires rivales, d’autres, surtout en Inde, suspectent de sombres desseins. Ce n’est pas tant le flamboyant Khan qui pose problème mais le service de renseignement militaire pakistanais que les Indiens soupçonnent de vouloir manipuler la communauté sikh dans une région frontalière que certains Pakistanais considèrent comme part de keyr territoire. Certains nationalistes hindous proches du Premier ministre indien Narendra Modi, voient d’un très mauvais œil ce rapprochement avec le Pakistan. D’autres encore pensent que Modi « drague » tout simplement la communauté sikh, très puissante en Inde et électoralement très importante dans le Punjab.

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