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Il n’y a pas que l’Ukraine dans la vie

Un bourrage de crâne reste un bourrage de crâne même quand c'est pour une bonne cause.

Il n’y a pas que l’Ukraine dans la vie
Le président élu brésilien, Lula, lors d'une réunion avec des militants jeunes au COP 27 à Charm el-Cheikh en Egypte, le 17 novembre 2022 Peter Dejong/AP/SIPA AP22741547_000016

Et si la défaite de Bolsonaro et la demi-victoire des Démocrates indiquaient un changement d’époque bien plus important ?


Bon, une hirondelle ne fait pas le printemps, d’autant plus que nous sommes en novembre, mais deux choses ont de quoi nous réjouir dans l’actualité internationale. Bien sûr, en la matière, l’info est entièrement centrée sur la guerre en Ukraine. On a même l’impression en zappant, que LCI,  par exemple, ne parle que de ça tout le temps. J’évite d’ailleurs de trop écouter parce ce qu’ils finiraient par me convaincre de ne plus être d’accord avec eux.

Oui, Poutine est l’agresseur, oui l’Ukraine est la victime, ça ne fait aucun doute, mais ils vont finir par fatiguer les gens d’autant plus que toutes les informations et tous les commentaires – en général donnés par des militaires à la retraite ou des experts d’instituts géopolitiques dont on n’avait jamais entendu parler jusque-là – se révèlent forcément pro-ukrainiens et sans la moindre nuance ou la moindre contradiction.

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Avec la libération de Kherson, ce n’est pas compliqué, on a l’impression que les chars ukrainiens fournis par l’OTAN sont à dix kilomètres de Moscou. Aux Russes, le monopole des atrocités, de la désorganisation, de l’effondrement toujours imminent mais aux Ukrainiens celui de l’humanisme, du courage, des victoires qui s’enchainent et une manière de tuer son prochain infiniment plus propre que le Russe qui en met toujours partout.

Un « bourrage de crâne », comme on disait en 1914 quand on racontait que les balles allemandes, toutes de mauvaise fabrication, trouaient le corps du soldat français sans jamais toucher d’organes vitaux. Ça reste un bourrage de crâne même pour la bonne cause.

Non, ce qui m’a réjoui, ces dernières semaines, c’est la courte victoire de Lula au Brésil ainsi que la reconnaissance sans trop de difficultés par Bolsonaro de sa défaite. Et puis, juste après, la non-victoire des Républicains trumpisés et un président démocrate qu’on dit sénile qui sauve son Sénat, exploit réussi seulement par Roosevelt, Clinton et Bush fils. En tirer des conclusions durables serait une erreur, ces sociétés demeurent polarisées. Seulement, ceux qui veulent transformer un affrontement politique dans une démocratie en guerre culturelle et civilisationnelle en sont pour leurs frais.

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Contre Bolsonaro et son évangélisme fanatique, son autoritarisme d’ex-galonné à l’anticommunisme vintage et son écocide décomplexé de l’Amazonie, son ultralibéralisme féroce, il n’y a pas eu le « communiste » Lula mais une espèce d’union sacrée autour du candidat de gauche comme le montrent les ralliements au second tour en sa faveur de la part de partis de droite ou libéraux.

Et contre Trump instrumentalisant les théories du complot, pratiquant le négationnisme électoral, hystérisant les pulsions xénophobes et faisant régresser les USA façon La Servante écarlate et La case de l’Oncle Tom, les électeurs américains – et les électrices, concernées au premier chef par la fin de l’arrêté Roe-vs-Wade – ont préféré une vision plus calme, oui tout simplement plus calme, de leur pays.

Les peuples finissent peut-être par comprendre que « l’insécurité culturelle », « le grand remplacement », bref toutes ces marottes mortifères tellement à la mode, sont l’ultime ruse du capitalisme pour masquer un déclassement social sans précédent lié à une répartition toujours plus inégalitaire de la richesse et un effondrement écologique imminent.

Et que, dans un tel contexte, baisser les impôts des riches pour qu’ils puissent rouler en Hummer tout en interdisant à leur fille d’avorter, ce n’est pas franchement un projet de société bien exaltant.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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