Nous sommes tous des enfants de François de Roubaix. Il nous a laissé, en héritage, cette mélancolie sourde et vagabonde, qui guide encore aujourd’hui notre vie. Il y a, dans ses mélodies, une déchirure intime qui ne cesse de se propager dans notre corps d’adulte. Comme s’il avait irrigué notre cerveau de sons nouveaux et incompréhensibles. Nous continuons à puiser dans son œuvre, les ferments de la création, sans toutefois y parvenir pleinement. Ses notes ont scénarisé notre existence, lui ont donné une construction poétique et certainement aussi, le goût du mystère. François demeure une source d’inspiration pour de très nombreux musiciens actuels, il est admiré, adulé, et aussi souvent copié. On le sample sans jamais découvrir les secrets de sa fabrique. Ce pionnier de l’électro, alchimiste des synthétiseurs, a également nourri des écrivains, des danseurs, des sculpteurs et même des sportifs de haut niveau dans l’exercice même de leurs disciplines pourtant si différentes. Il est, à la fois, notre refuge amniotique et notre ailleurs fantasmé.

La télé des années 70/80 se recrée comme par magie

Quand on l’écoute, le cocon de la télé des années 70/80 se recrée comme par magie, Henry de Monfreid sur la mer Rouge et les Chevaliers dans les airs reprennent du service. Cette parenthèse enchantée où un génial autodidacte, chercheur de sons dans un appartement bourgeois de la rue de Courcelles, faisait swinguer les instruments entre eux. Il savait jouer de la batterie, du piano ou du trombone. Il harmonisait les éléments de la nature et le vibrato de ses sentiments les plus profonds, osant s’aventurer jusque dans des contrées sonores jamais explorées. Sans lui et son art délicat de l’assemblage, que serions-nous devenus ? Ce lien invisible et étrange avec un compositeur de musiques de films mort en 1975, lors d’un accident de plongée, n’a jamais été rompu. Il suffit de quelques notes de La Scoumoune, du générique de Chapi Chapo ou de la bande-originale de Dernier domicile connu pour que notre âme se mette à dériver.

Ses fans anonymes ou célèbres l’appellent par son prénom et se passent en cachette ses enregistrements. Il est la clé d’un univers parallèle. Le sas vers des Atlantides englouties. Ce grand blond au visage christique, conduisant un buggy tendance « hippie », a laissé une trace indélébile dans notre mémoire. Patricia, sa fille, vient de sortir un DVD qui lui rend hommage François de Roubaix, une plongée dans ses univers  aux éditions Pucci Records. Une formidable compilation de témoignages, d’images d’archives, de films de famille, de vacances en Corse, de publicités vintages et du très beau documentaire François de Roubaix, l’aventurier (Prix Sacem 2016) écrit par le virtuose Jean-Yves Guilleux.

César posthume

La première scène de cet indispensable documentaire dit tout de la fragilité et de l’aura du compositeur. Nous sommes à la première Cérémonie des Césars en 1976, Michel Legrand et Charlotte Rampling annoncent le vainqueur de la meilleure musique de film. François est récompensé pour Le Vieux Fusil de Robert Enrico.

Pierre Tchernia prend alors le micro et explique que François ne viendra pas ce soir car il a disparu quelques semaines plus tôt. C’est son père digne et dévasté qui monte les marches, prononce un mot de remerciement et repart avec la statuette. Dans ce moment aussi fort que fugace, la profession et le public ressentent un grand vide.

Avec près de 3h30 de pépites comme Le Gobbo (une fiction en milieu sous-marin qui a reçu l’Ancre d’Or en 1969 du Film maritime de Toulon) ou le court-métrage Allegro ma Troppo datant de 1962, ce DVD est essentiel pour mieux saisir et appréhender une carrière condensée en seulement une quinzaine d’années. Pierre Richard, Yves Boisset, Olivier de Funès, William Leymergie, Philippe Sarde, Calogero ou Bertrand Burgalat déclarent leur véritable admiration pour cet artiste cosmique. Quant aux amoureux des Aventuriers, de Ho, ou du Samouraï, ils doivent absolument se procurer ce DVD. Car la musique de François réconcilie avec le monde extérieur.

François de Roubaix – Une plongée dans ses univers, DVD Pucci Records

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