Sous la pression de minorités agissantes (féministes, indigénistes, écolos radicaux), le pays de Voltaire et Montesquieu est devenu celui où les débats sont impossibles.


Moins de cinquante personnes. Il aura suffi de moins de cinquante énergumènes excitées pour obtenir la tête de Christophe Girard, adjoint au maire de Paris à la culture ce jeudi 23 juillet, coupable d’avoir fréquenté, plus ou moins assidûment, Gabriel Matzneff. Avant lui, c’était au tour de Gérald Darmanin et Éric Dupont-Moretti d’être dans l’œil du cyclone féministe.

Les Traoré à l’Elysée ?

Quelques semaines encore auparavant, c’était au tour de la France entière d’être accusée par une famille de délinquants notoires, réclamant vengeance pour Adama, dont on apprenait il y a peu qu’il avait bel et bien abusé sexuellement son codétenu lors d’un de ses nombreux passages en prison. Point de démission réclamée ici, uniquement l’expiation pour un passé d’esclavagisme, de colonialisme et de domination. La sentence ? Sa dilution, par le déboulonnage de statues, l’épuration des livres d’histoire, le passage de toutes les œuvres et de leurs auteurs au « scanner antiraciste ».

Le « monde d’après », tant fantasmé pendant les longues semaines de confinement, ressemble étrangement au monde d’avant. Intolérant, médiocre, conflictuel.

Une conflictualité qui dépasse dorénavant largement les marges de la société et les milieux radicaux qui y sont traditionnellement associés et qui pénètre subrepticement tous les milieux de la culture et de la transmission.

Facs en otage

Au premier rang desquels l’université, régulièrement agitée par les revendications de groupes constitués et bénéficiant de la lâcheté de certains responsables. Citons pêle-mêle la pièce d’Eschyle, déprogrammée de la Sorbonne dans un premier temps, les conférences annulées ou perturbées, de François Hollande à l’université de Lille à Sylviane Agacinski à Bordeaux Montaigne en passant par Carole Talon-Hugon, invitée de la Villa Arson. Et ceci sans même évoquer celles ajournées par les directions des universités ou écoles elles-mêmes, dont ont fait les frais Thierry Lentz à Audencia ou Geoffroy Lejeune à l’IEP de Lille.

Le monde de la culture ensuite. Si le Carmen anti-féminicide proposé à Florence en 2018 pouvait encore prêter à sourire par son ridicule, l’appel de personnalités provenant d’institutions prestigieuses et exhortant l’orchestre symphonique de Boston à diversifier sa programmation – comprendre mettre davantage en valeur les femmes et les personnes de couleur – est beaucoup moins risible, tout comme le sont les revendications provenant de forces politiques implantées. Ainsi, Alice Coffin, encore elle, affirmait vouloir que la mairie de Paris, conditionne l’octroi de subventions aux institutions culturelles au respect de critères féministes. Lorsque l’on connait la nature de son féminisme, l’on s’interroge sur la pertinence des critères en question.

Cette lecture des rapports humains, réductible à une confrontation entre catégories dont les membres partagent tous un même déterminant identitaire (le sexe, l’origine, la confession religieuse, l’orientation sexuelle) et qui considèrent être injustement discriminés en raison d’une différence objective avec la figure normative par excellence du « vieux mâle blanc libéral », est le fruit de l’évolution du cadre de pensée marxiste à l’aune de la société de consommation et des échecs des expériences communistes. La société post-nationale qui a découlé de l’évolution de ce cadre de pensée est ainsi celle de l’obsession diversitaire, de la fascination pour les identités propres à chaque individu et de la déconstruction de toutes les normes, discriminantes ou non, devant être objectivement délégitimées ou absolument préservées. Elle est la condamnation de ces repères communs, jugés aliénants, symboliquement violen

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