La relation entre les Etats-Unis et ses voisins du Sud est historiquement tendue : entre domination économique, influence dissimulée et interventionnisme assumé.


La relation entre le Nord et le Sud du continent américain (trente-cinq pays sont membres de l’OEA, l’Organisation des États américains) est historiquement marquée par une asymétrie, quasi structurelle, que reflète cette captation normative du tout géographique par l’une de ses parties. Ce constat, du fait de sa perpétuation, interpelle les politiques, diplomates, entrepreneurs et chercheurs. Comment comprendre  que ce continent colonisé de l’Alaska à la Terre de Feu ait pu donner des fruits institutionnels, économiques, technologiques, militaires, aussi contrastés, entre son Nord et son Sud, dès les premiers jours des indépendances, qui se sont étalées, pour l’essentiel sur un demi-siècle ?

Dès le départ, avec la doctrine de Monroe (1822), les États-Unis ont agi, selon la formule de Raymond Aron, en « République impériale ». Usant à leur profit territorial, économique, financier, culturel, le différentiel de puissance. Les Latino-Américains ont fabriqué des stratégies défensives fondées sur le droit international, la mise hors la loi de la guerre, et la construction d’alliances entre « Latins ». Cette dialectique a pu interférer au XXe siècle avec des affrontements intercontinentaux majeurs : les ambitions des pays totalitaires de l’Axe dans les années 1930, et la rivalité entre « Est » et « Ouest », après la Seconde Guerre mondiale. Les interférences de puissances « hors zone », invitent à poursuivre la réflexion sur la façon dont le plus puissant – les États-Unis – a inscrit dans la politique concrète cette relation inégale. Ces derniers ont eu en effet deux approches, de leur voisinage avec leur Sud.

Une approche brutale…

L’une et l’autre visent à organiser le continent autour et au bénéfice d’un centre, les États-Unis. Mais les moyens de concrétiser cet objectif font appel à des instruments d’intensité internationale différente. L’une est brutale -le Big Steak de Theodore Roosevelt- et ne s’embarrasse pas de contraintes juridiques et de morale. Elle repose sur le sentiment d’une supériorité au minimum culturelle et religieuse. Légitimant le droit des États-Unis à dire le droit à leurs voisins du Sud, d’annexer des territoires, d’occuper leurs pays pour des périodes fixées unilatéralement par l’occupant, de forcer le paiement de dettes en saisissant leurs revenus douaniers.

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Les fondements théoriques et éthiques de ces interventions n’ont pas manqué : « Destinée manifeste » ou « Frontières mouvantes ». Ces doctrines justificatives ont couvert l’annexion de la moitié du territoire mexicain entre 1848 et 1853. Précédent ayant été suivi de bien d’autres : l’imposition d’une cession territoriale permettant la construction d’un canal interocéanique aux autorités du nouvel État indépendant de Panama en 1903, les multiples interventions militaires dans l’Amérique moyenne, Cuba, Grenade, Guatemala, Haïti, Mexique, Nicaragua, République dominicaine, de 1898 à 1934 et après le deuxième conflit mondial.

… ou de bon voisinage

L’autre, baptisée par Franklin D. Roosevelt de « politique de bon voisinage » en 1934, qui, par persuasion, doit convaincre les Latino-Américains qu’ils sont des partenaires à part entière. Cette voie admet la validité d’un multilatéralisme fondé sur la nécessité de l’union de tous, sur un pied d’égalité et des bienfaits du panaméricanisme. Cette option s’est cristallisée institutionnellement avec la création d’un système articulé autour de l’OEA. Il est par ailleurs à l’origine de constructions multilatérales avec les États-Unis de durée variable, comme « l’Alliance des Amériques ». en 1962.  Il a justifié la création d’un espace de libre-échange d’Amérique du Nord entre États-Unis, Canada et Mexique en 1994, l’ALENA devenu avec Trump l’AEUMC.

 

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