A Toulouse et à Fontainebleau, deux drames récents démontrent l’ambiguïté du terme « féminicide », que certaines militantes rêvent d’inscrire dans la loi. Par idéologie, certains crimes sont classés parmi les « féminicides », et d’autres non.


Le vendredi 24 octobre, se terminait à Toulouse le procès d’un effroyable féminicide. La victime, Maryline Planche, avait été assassinée le 12 mai 2016 dans des conditions sordides. Assommée d’un coup de bouteille, elle a agonisée pendant quatre heures avant de mourir, selon les experts. Cinq jours plus tard, son corps sera découpé à la scie et les diverses parties jetées dans le canal du Midi, à l’exception de la tête enterrée dans un jardinet. La Dépêche donne tous les détails du meurtre et du procès.

Quand l’assassin est une femme, on n’entend plus les associations

Pourtant, je n’ai pas trouvé trace, malgré le secours de Google, de protestations scandalisées contre ce nouveau féminicide, de marches à la mémoire de Maryline Planche, de pétitions « pour que cela cesse », de prises de positions de célébrités s’indignant du meurtre d’une femme, de surcroit déficiente visuelle et en position de faiblesse. Pourquoi ? La réponse est simple : l’auteur du crime odieux est aussi une femme. Or, comme le rappelle Gabrielle Périer dans Causeur, un féminicide est défini par ceux qui ont créé ce mot, comme « le meurtre d’une femme parce qu’elle est une femme ». Le meurtre ci-dessus entre complètement dans cette définition. En effet, c’est la jalousie qui est à l’origine du coup fatal ayant entrainé la mort de la victime, une jalousie vis à vis de la réputation « d’employée modèle » que son assassin (faut-il mettre un « e »  pour respecter la féminisation des noms ?) ne supportait pas, une jalousie à l’égard d’une femme. En outre, si la victime avait été un homme (un victime devrait-on dire !) il aurait été plus difficile de le tuer sans qu’il se défende.

Il faudra donc aux créateurs du néologisme « féminicide » compléter la définition et parler de « meurtre d’une femme parce qu’elle est une femme et que l’auteur (sans « e ») est un homme». Dans l’esprit de ceux qui emploient ce terme, il est clair que l’humanité est partagée en deux: les hommes qui peuvent être auteurs de crimes, et les femmes ne pouvant en être que victimes. C’est pour cela que, dans la dénonciation des crimes conjugaux, on parle rarement du pourcentage non négligeable des hommes tués par leur épouse ou compagne, par exemple d’une décharge de fusil de chasse dans le dos.

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Samedi 2 novembre, un autre drame survient à Fontainebleau. Un homme de 86 ans a tué son épouse d’une balle de 22 long rifle, et s’est donné la mort immédiatement ensuite avec la même arme. D’après les personnes qui connaissaient le couple, la situation était devenue intenable pour cette dame malade qui souffrait de « crises de démences aigües » et pour son mari. Celui-ci y a mis fin d’une manière radicale, que l’on pourra interpréter comme un acte de désespoir, ou d’amour, ou les deux. La police a classé l’affaire sans suite. Cela n’empêche pas Marie Claire, qui relate pourtant tous les aspects de ce drame, de le considérer comme les 128ème féminicide de l’année. La malheureuse dame dont le mari aura – à tort ou à raison, ce n’est pas à nous d’en juger – abrégé la sénescence avant de la rejoindre dans la mort, sera désignée comme « morte sous les coups de son mari ou compagnon », selon l’expression maintenant consacrée.

Une dérive

Le mot même de féminicide montre la dérive hystérique qui envahit notre société et qui, loin de vouloir lutter contre un triste phénomène, ne poursuit qu’un seul but : stigmatiser les hommes et alimenter la lutte entre les sexes en désignant sans nuance un sexe naturellement bon et pacifique: le féminin, et un autre naturellement mauvais et violent: le masculin. Les femmes devraient donc se méfier des hommes et la loi devrait protéger ces êtres sensibles et sans défense contre les brutes sans scrupules.

Ceci est évidemment faux. La très grande majorité des rapports entre hommes et femmes sont des rapports de collaboration, de complicité, d’amitié, d’amour, de partage du plaisir, autrement dit des rapports positifs. Les hommes aiment les femmes et les femmes aiment les hommes.

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Il existe, hélas, des actes meurtriers qui font exception à cette généralité. L’auteur est une femme dans 15 à 20% des cas, ce qui est très minoritaire, mais non pas négligeable. Le fait qu’il puisse y avoir des criminels féminins, dont la victime peut être un homme ou une femme, infirme l’hypothèse qu’il s’agit d’un phénomène opposant un sexe à l’autre. Mais une telle caricature empêche de se préoccuper des vraies causes de ces crimes passionnels, afin de chercher à les éviter, pas uniquement en créant de nouvelles lois qui ne résoudront rien du tout. Les crimes dont nous parlons sont passionnels, en ce sens qu’ils sont motivés par une passion et non un intérêt comme c’est le cas des crimes crapuleux. Cette passion peut être la jalousie, la possession, le désespoir, le refus de perdre un amour ou de voir l’être que l’on a aimé se dégrader, ou d’autres. Il faudrait les étudier cas par cas, pour pouvoir, peut-être, trouver les moyens de les prévenir, et aussi accepter que tous n’auraient pas pu être évités. Trop de répression ou de recherche de prévention risquerait de lutter non seulement contre les crimes passionnels, mais aussi contre les passions.

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