En rupture avec l’atlantisme béat de ses deux derniers prédécesseurs, Emmanuel Macron approfondit et précise sa vision multipolaire des relations internationales à l’occasion de la crise iranienne. 


Obligé de reporter la visite de son ministre des Affaires étrangères, le temps que la situation à Téhéran s’éclaircisse, Emmanuel Macron a renouvelé sa ferme intention d’être le premier président français à se rendre en République islamique d’Iran. En pleine contestation populaire !

« Un discours qui va nous conduire à la guerre en Iran »

Une position en rupture avec Donald Trump qui ranime le souvenir de l’opposition de Jacques Chirac à George W. Bush en 2003. Sa réponse, lors de ses vœux à la presse, vaut la peine d’être citée car elle dénonce le nouvel « axe du bien » Washington-Tel-Aviv-Riyad. « On est en train de subrepticement reconstruire un ‘axe du mal’. On voit bien le discours officiel qui est porté par les États-Unis, Israël, l’Arabie Saoudite, qui sont nos alliés à de nombreux égards : c’est quasiment un discours qui va nous conduire à la guerre en Iran », a estimé le président français. « On est en train de reproduire la stratégie délibérée de certains. Il est très important qu’on préserve les équilibres dans ce contexte », a-t-il ajouté. « Il faut une stratégie régionale qui consiste à regarder comment limiter l’action iranienne. Mais si nous rompons toute discussion, le risque est d’aller jusqu’à des éléments de conflit d’une brutalité extrême« .

Vous avez bien lu, l’objectif d’Emmanuel Macron est de limiter l’influence grandissante de l’Iran. Mais par la négociation et la diplomatie. Pas par une action militaire préventive sous la houlette d’une coalition américaine. La politique d’adoucissement progressif des sanctions économiques a prouvé son efficacité depuis 2015 sur le dossier nucléaire iranien bien plus que les rodomontades en Corée. Il faut appliquer la même recette sur le dossier balistique. C’est en maintenant l’équilibre stratégique et entre chiites et sunnites au Moyen-Orient que la région s’apaisera. Pas en poussant les uns contre les autres comme au Yémen. Une doctrine d’équilibre des forces que le président français élargirait volontiers à la planète entière s’il le pouvait.

L’accord nucléaire a prouvé son efficacité

Le président américain, que certains persistent à qualifier d’isolationniste, a pris des accents néo-cons’, le 2 janvier, dans un de ses fameux tweets qui font le régal des rédactions. « Le grand peuple d’Iran est réprimé depuis des années. Il a faim de nourriture et de liberté. »

Une tonalité compatissante qui contraste avec ses démangeaisons de bouton nucléaire en Corée mais qui, au fond, ne fait que reprendre la synthèse humanitaire et belliqueuse de la quasi-totalité des présidents américains. « J’ai moi aussi un bouton nucléaire et il est plus gros et plus puissant que le sien [Ndlr : celui de Kim Jong Un] ».

Avec ce discours sur la mission d’évangélisation démocratique et militaire du monde, qu’il avait déjà brièvement esquissé en bombardant la Syrie de Bachar Al-Assad, Donald Trump renoue avec les démons de l’Amérique. Un discours moral qui varie en fonction des intérêts géopolitiques mal compris des États-Unis. Comme en Arabie Saoudite où le despote éclairé Mohamed Ben Salmane embastille tous ses opposants mais figure parmi les plus proches alliés de la Maison-Blanche. Comme en Ukraine où Victor Porochenko fait le vide autour de sa personne et appelle l’US Army à la rescousse.

George W. Trump

Bien sur, l’Iran ne connaîtra pas le destin funeste de l’Irak et de la Syrie. Le pays est trop grand et le régime trop fort. Et les Russes ne le permettraient pas. Ils ont les moyens de bloquer l’accès aérien comme ils l’ont fait pour un autre allié, la Syrie. En somme, il faudrait un autre traumatisme comme le 11 Septembre pour que l’Amérique s’aventure à nouveau dans une course folle à la guerre. Il n’empêche que, nolens volens, Donald Trump se rallie à la vision du monde jadis portée par George W. Bush. Contesté sur la scène intérieure, Donald Trump pourrait chercher dans une guerre extérieure une échappatoire. Et Emmanuel Macron a tout à fait raison de s’en inquiéter.

Lire la suite