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Diane Kurys: mai 68 intimiste

« Cocktail Molotov » à revoir sur France 5

Diane Kurys: mai 68 intimiste
BERNARD PRIM / - / Cocktail Molotov (1980), de Diane Kurys. Avec ici Elise Caron, Francois Cluzet et Philippe Lebas © COLLECTION CHRISTOPHEL VIA AFP

On peut voir en replay sur France 5 « Cocktail Molotov », un film méconnu de la réalisatrice du cultissime « Diabolo Menthe ».


Il règne en ce moment un parfum de Mai 68 sur France 5. En effet, on peut visionner en replay jusqu’à la fin du mois, Cocktail Molotov de Diane Kurys. Il s’agit du deuxième film de la réalisatrice, sorti en 1980, après Diabolo Menthe en 1977,  film délicieux devenu culte.

Contrairement à Diabolo Menthe, Cocktail Molotov n’eut que peu de succès, il est mal aimé et rarement diffusé à la télévision. Dans une interview accordée à Télérama, laréalisatrice confie avoir longtemps pensé que le film était raté. « J’étais sans doute éblouie par le succès de « Diabolo Menthe », et me servant de mes souvenirs encore frais de Mai 68, je l’ai écrit trop vite, à l’époque j’ai pensé que « Cocktail Molotov » n’était pas très réussi (…)  Pourtant en le revoyant à sa ressortie en 2018, j’ai révisé mon jugement « Cocktail Molotov » parle bien de son temps, de l’enthousiasme et l’innocence de ceux qui ont eu 20 ans en 1968. »

Cependant, la grande force du film est qu’il ne traite pas à proprement parler de mai 68, c’est simplement un film qui se déroule en 68. En effet, on n’y voit jamais ni les barricades, ni les meetings à la Sorbonne mais l’histoire de trois jeunes gens, deux garçons et une fille, qui prennent la tangente ce printemps-là. Ils vont vivre leur éducation sentimentale et expérimenter le « on est pas sérieux quand on a 17 ans » rimbaldien.

Ambiance Jules et Jim

Anne et Frédéric s’aiment. Seulement, ils ne sont pas du même milieu social : Anne est bourgeoise et Frédéric prolo, et on les empêche de s’aimer. Ils prennent donc la fuite, accompagnés d’un troisième larron. Une ambiance Jules et Jim. Et Mai 68 éclate alors qu’ils sont loin de Paris. Ils écoutent la radio et les évènements deviennent omniprésents dans la narration, comme un quatrième personnage, à l’image de « Milou en Mai » de Louis Malle. Mais les péripéties politiques et sociales sont tenues à distance, narrées par des personnages que les protagonistes rencontrent au fil de leur errance, comme ce CRS qui revient de Paris, traumatisé par la guerre d’Algérie, qui fait un récit de sang et de terreur, alors que nos jeunes gens idéalistes essaient de rentrer dans la capitale à temps, pour vivre leur moment de romantisme révolutionnaire.

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Leur périple les emmène également quelques jours en Italie, à Venise plus précisément, loin des gondoles. Ce pays a connu, entre 66 et 69, ce que l’on appela un « mai rampant ». Contrairement à la France, il n’y eut pas à proprement parler d’explosion sociale, mais des manifestations sur la durée qui sont, elles, bien parvenues à faire la jonction entre le monde ouvrier et les étudiants.

Un des personnages du film vole un cocktail Molotov et le jette en rase campagne, comme une métonymie de cette « révolution manquée ».

Film-bilan

Mai 68 n’a donc pas renversé l’histoire, mais bouleversé les mentalités. La France corsetée de l’époque en avait bien besoin. Même si aujourd’hui, on impute à ce joli mois de mai tous nos malheurs: du marxisme culturel au règne de la bourgeoisie de gauche symbolisé par l’ère mitterrandienne.

Le prophète réac Houellebecq admet lui-même, dans Rester vivant, que ce fut pendant quelques jours une parenthèse enchantée : « Certains témoins directs de Mai 68, m’ont raconté par la suite qu’il s’agissait d’une période merveilleuse, où les gens se parlaient dans la rue, où tout paraissait possible ; je veux bien le croire. D’autres font simplement observer que les trains ne roulaient plus, qu’on ne trouvait plus d’essence, je l’admets sans difficulté. Je trouve à ces témoignages un trait commun: magiquement, pendant quelques jours, une machine gigantesque et oppressante s’est arrêtée de tourner. »

C’est précisément ce sentiment de temps suspendu qui règne dans le film. Et qui le rend si attachant quand on le regarde aujourd’hui.

Disponible en replay jusqu’au 29 mai sur France 5.

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est enseignante.

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