Disparition de l’écrivain et éditeur Denis Tillinac, le babyboomer chantre d’une France disparue


Au-delà d’une amitié présidentielle aussi tapageuse que réductrice, Tillinac était ce bel écrivain de race provinciale, posté sur l’axe Paris-Toulouse. Un genre disparu au début de la Mitterrandie, complètement enseveli depuis sous la mitraille progressiste. Une belle langue sans les afféteries de notre époque, un son direct en provenance des Sixties, le déhanché d’Elvis dans l’oreille, le Général en poster XXL dans sa chambre d’enfant, Les Mousquetaires en compagnons d’insomnie, le décor d’une ville endormie à la Simenon qui se dessine à l’horizon et puis, cet esprit « Hussard » qui fait battre le cœur d’un écrivain contre les modes, contre la foule, contre les évidences historiques, contre la puissance médiatique enchainée. Le besoin de s’affranchir de sa génération aussi, de son chiqué et de ses renoncements successifs, voilà ce qui animait Tillinac, avec le risque de tomber dans les pièges de ses adversaires et de devenir parfois le porte-voix « involontaire » d’un parti. On est toujours la caricature de ses propres emportements. Il était déjà dissident à l’âge de dix-huit ans, par goût des combats perdus, par flambe, par insoumission à la vague soixante-huitarde déferlante, par sainte horreur du militantisme. Ce Soljenitsyne corrézien savait que la liberté d’expression était un leurre, on court après, on la défend, on bataille avec les mots mais, qu’à la fin, des forces autrement plus redoutables balayent tous les déviants du système. Tillinac s’est très tôt engagé contre les chevelus aux idées courtes, contre les désosseurs d’idoles et les déboulonneurs de statues. Il s’est amouraché de l’ordre comme on se languit au bord de la Loire d’une jeune fille tant désirée ou que l’on se souvient d’un été anglais quand les voyages scolaires unissaient les corps. « J’ai été déniaisé à l’âge de seize ans, sur une falaise du Dorset, par une Linda aux cheveux platinés, qui n’en menait pas large » écrivait-il dans Le bonheur à Souillac en 1982. Tillinac a préféré notre vieille structure nationale, le folklore des départements et la sarabande des préfectures contre les professionnels du désordre, cette technostructure avilissante qui régionalise par la statistique et la schlague. Sous la plume de Tillinac, les ors de la République dans un salon à Brive ou à Tulle, avaient le parfum entêtant des cols Claudine. Il y avait dans ses écrits, les restes d

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