En République démocratique du Congo (RDC), l’Église catholique s’engage ouvertement dans la dissidence politique. Dimanche 21 janvier, un collectif catholique appelait à une grande manifestation contre le régime de Joseph Kabila. Bilan : six morts, 250 arrestations.


La marche de protestation pacifique lancée, le dimanche 21 janvier, par un collectif d’intellectuels catholiques contre le maintien au pouvoir du président Kabila, a été sévèrement réprimée. Au moins six personnes ont été tuées. Selon un porte-parole de la Mission des Nations-unies au Congo (Monusco), au moins une cinquantaine de personnes ont été blessées dans les affrontements.

Les manifestants exigent l’application de l’accord majorité-opposition de la Saint-Sylvestre 2016 parrainé par l’épiscopat. Ces mesures de « décrispation politique » prévoyaient l’organisation de nouvelles élections en République démocratique du Congo (RDC) avant la fin de l’année 2017, ainsi que la libération des prisonniers politiques. Le gouvernement s’était engagé à mettre en place une transition politique. Un an plus tard, rien n’a été fait : le président Kabila s’accroche, refuse d’organiser des élections et renforce la répression.

« L’Église catholique est la seule institution debout »

En face, l’Église. L’opposition ayant été laminée, il ne reste plus que les catholiques pour résister. L’institution est puissante. « L’Église catholique est la seule institution debout dans ce pays et elle possède une réelle autorité morale, nous explique l’africaniste Laurent Larcher. À plusieurs reprises, elle a été appelée à intervenir comme médiateur dans le champ politique. » Les catholiques sont 35 millions de fidèles, soit à peu près la moitié de la population. Surtout, l’Église pèse par ses diocèses, ses paroisses, ses écoles et ses centres de santé présents surtout le territoire.

L’archevêque de Kinshasa, le cardinal Laurent Monzengwo, est un homme à poigne, mais habile. Déjà, en 1992, il a présidé le parlement de transition, le Haut Conseil pour la République. Aujourd’hui, il est totalement soutenu par le pape François. Lors de la messe du 12 janvier à la mémoire des victimes de la répression à la cathédrale de Kinshasa, tous les représentants des puissances occidentales étaient au premier rang de l’assistance. Le nonce apostolique, représentant du pape, a appuyé lourdement les initiatives de l’Église de la RDC.

Malgré l’interdiction, les manifestants se sont rassemblés pour défiler à nouveau dans les rues de la capitale Kinshasa, accompagnés de prêtres en aube revêtus de leur étole ou de leur chasuble. Des marches ont eu lieu également à Kisangani et à Bukavu. À Lubumbashi, selon des témoins, un prêtre kenyan, ainsi qu’un couple de fidèles, auraient été fouettés à l’intérieur de l’église Saint-Bernadette de Katuba, avant d’être emmenés par des militaires.

Dix prêtres arrêtés

D’après plusieurs sources, 257 personnes ont été arrêtées, dont 10 prêtres. Deux religieuses ont disparu.

Alerté, le pape François a déclaré depuis Lima que des nouvelles très inquiétantes lui parvenaient de la République démocratique du Congo : « Prions pour le Congo », a demandé le Saint-Père. « Je demande aux autorités, aux responsables et à tous dans ce pays bien-aimé qu’ils mettent en œuvre tous leurs efforts pour éviter toute forme de violence et chercher des solutions en faveur du bien commun », a ajouté le pape François. Le cardinal Monzengwo a été plus direct : « Il est temps que la vérité l’emporte sur le mensonge systémique, que les médiocres dégagent et que règnent la paix, la justice en RDC », a-t-il déclaré.

Pour Laurent Larcher, « si les catholiques réussissent à contraindre le régime à organiser l’élection présidentielle et si Joseph Kabila ne préside plus ce pays à la suite de cette élection, leur résistance peut faire école ».

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