Alors que le monde des affaires, la politique et les relations internationales gagnent toujours plus en sauvagerie et en violence, les hommes cherchent un refuge dans la vie privée, dans les relations personnelles et, par-dessus tout, dans la famille, dernier havre où l’amour et la décence trouvent encore une place. La vie familiale, cependant, semble chaque jour un peu moins capable d’offrir de telles consolations. D’où le sentiment persistant d’angoisse qui, de manière sous-jacente, parcourt le vaste corpus, sans cesse croissant, des commentaires consacrés à la situation de la famille.
Une grande partie de cette littérature tente de montrer que la famille répond à des besoins importants et qu’elle a, par conséquent, une longue vie devant elle, en dépit des changements qui affectent sa forme et sa structure. Pourtant, le taux de divorce continue de grimper, le conflit générationnel s’aggrave, et l’opinion éclairée condamne la famille comme un anachronisme répressif. Ces évolutions traduisent-elles simplement la « tension » née de l’« adaptation » de la famille à des conditions sociales en cours de mutation, ou présagent-elles d’un affaiblissement du tissu social et d’une désorganisation dramatique de l’ensemble de nos institutions ? La famille offre-t-elle encore un refuge dans le monde impitoyable qui est le nôtre ? À moins que les tempêtes dont nous voulons nous protéger menacent d’engloutir dans le même temps le refuge familial ?

Un refuge dans ce monde impitoyable. La famille assiégée, C. Lasch (traduction de F. Joly), François Bourin Éditeur, 2012.

Lire la suite