Il est une gauche en Europe qui ne rechigne pas à agiter son drapeau « national » : la catalane. Comme d’autres dans la Péninsule, celle-ci cultive depuis des décennies un particularisme. Pour le politologue barcelonais Xavier Casals, la Catalogne peut, en effet, être considérée comme le « prisme des contradictions de l’Europe ». Elle reflète des tensions européennes. La crise économique les a creusées, « entre son nord industrieux et son sud déprimé »[1. Cette citation et la suivante sont tirées et traduites de Xavier Casals, El pueblo contra el Parlamento, Barcelone : Pasado & Presente, 2013.]. La Generalitat, qui renouvelait son Parlement ce dimanche, est à la fois « un sud du nord et un nord du sud ». Région la plus riche d’Espagne, elle semble en vouloir au reste des habitants de la Péninsule de ne pas pouvoir jouer à sa guise dans la cour des grands pays européens.

La faute en revient à l’Histoire. En 1978, on a cru trouver la solution en substituant au « patriotisme espagnol », associé au franquisme, une décentralisation réconciliée avec les nationalismes périphériques – nés au XIXe siècle dans un pays exsangue – qui ont toujours irrigué l’ensemble du spectre politique. Dans El País de ce 27 septembre 2015, l’ancien président socialiste du Parlement européen Josep Borrell dénonçait les excès de ce nationalisme « périphérique ». Contrairement à leurs voisin, les Espagnols se sont, en effet, bien plus souvent battus entre eux que contre des ennemis extérieurs. Aussi, ce représentant du Parti Socialiste de Catalogne (PSC) déplore-t-il « la falsification historique qui assimile l’Espagne au franquisme, parce que les avions qui bombardaient Barcelone en 1936-1939 étaient les mêmes qui bombardaient Madrid ».

Au lendemain du scrutin, la situation est donc inextricable. Majoritaires en sièges, les partisans d’une déclaration unilatérale d’indépendance n’ont pas convaincu une majorité d’électeurs. Les choix hypocrites des principaux acteurs du jeu politique catalan peuvent, eux aussi, laisser présumer du pire. La coalition victorieuse Junts pel Sí, cette union entre gauche et droite catalane, a pour seul objectif d’organiser l’élection d’une assemblée constituante dans 18 mois, alors que le Parlement catalan est élu pour bien plus longtemps. Le Parti Populaire (PP) refuse d’explorer toute voie alternative à une réforme de la constitution. Le PSC avait bien imprudemment promu en 2006 une « nation » catalane, et a bien du mal à retrouver des couleurs. Les outsiders de Podemos (réunis dans l’alliance Sí que es Pot) n’ont défendu qu’un « droit à décider » sans préciser à qui irait finalement leur soutien. Pablo Iglesias a jugé « décevant » le résultat de son parti, concurrencé à la gauche de la gauche par une Candidatura d’Unitat Popular (CUP) clairement favorable à l’indépendance. Finalement, le parti unioniste de centre-droit Ciudatans (connu sous le nom de Ciudadanos dans le reste de l’Espagne) est le seul à atteindre l’objectif qu’il s’était fixé. Cette force ascendante du jeu national devient la seconde politique de la région qui l’a vu naître.

Côté français, le comble de la maladresse doit être assuré par Nicolas Sarkozy, invité de marque du meeting de clôture de campagne du PP. Le parti de Mariano Rajoy a finalement fait un très mauvais score. Un ancien et peut-être futur président de la République française aurait été bien inspiré de ne pas s’y associer. De toute évidence, l’Europe fédérale n’est pas pour demain. Et il faudra s’y faire.

*Photo : © AFP GERARD JULIEN

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Christophe Barret
est chercheur en sciences de l'éducation.est chercheur en sciences de l'éducation.
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