Le burkini est une « tentative de reconnexion (…) entre les marqueurs religieux et les marqueurs culturels modernes » affirme sans sourciller Olivier Roy, politologue et « spécialiste de l’islam » dans une interview publiée par Francetvinfo dimanche. Si l’affirmation peut, au premier abord, surprendre, l’explication du politologue est en revanche limpide : « Le groupe Etat islamique ou les talibans n’autoriseraient jamais le burkini. »

Certes, sur ce dernier point, Olivier Roy a sans doute raison. Mais doit-on pour autant considérer cette tenue comme « moderne » et comme « l’exemple même de la gentrification de la pratique religieuse », ainsi qu’il l’affirme un peu plus loin dans l’interview ? Jusqu’à preuve du contraire, l’Etat islamique et les talibans ne se sont jamais installés sur le sol français, en quoi devrions-nous alors considérer comme une avancée le fait que certaines femmes musulmanes aient le droit d’aller se baigner en burkini ?

Eh bien parce que « le burkini est typiquement une tenue de femme de deuxième ou de troisième génération des descendants d’immigrés maghrébins » nous explique l’inénarrable politologue, avant d’ajouter : « Ce n’est pas leur mère qui le porterait. Si elles avaient voulu le faire, elles l’auraient fait tout habillé. »

Non content d’estimer que tout ce que ne font pas les talibans et l’Etat islamique doive être marqué du sceau du progrès, Olivier Roy considère que jusqu’à une époque très récente, aucune femme musulmane française ne se sentait la liberté d’aller se baigner en maillot de bain. Diantre, ne serait-ce pas là un propos « islamophobe », comme aiment à le dire certains journalistes, se souciant peu de différencier religion (que l’on a le droit de critiquer) et pratiquants (qu’il faut respecter) ? Chaque musulman ne vit-il pas sa foi à sa manière et n’y a-t-il pas des centaines et des milliers de Français musulmans pour qui le corps ne doive pas nécessairement être couvert pour plaire à Dieu ?

Non car pour Olivier Roy comme pour beaucoup de médias qui assimilaient il y a quelques jours les musulmans à une communauté (et parfois d’ailleurs les Corses à une autre !) lors de la rixe de Sisco, ceux qui pratiquent l’islam parlent d’une seule et même voix : « Cela risque de créer un sentiment de rejet et de dégoût chez les musulmans qui risque de se traduire par un repli identitaire » explique-t-il à propos de l’interdiction du burkini sur certaines plages, avant d’ajouter, tout en nuances (et sans amalgame bien sûr) : « Les arguments utilisés par les antisémites dans les années 20 sont aujourd’hui repris à propos de l’islam. »

En donnant l’illusion que les musulmans parlent toujours d’une seule voix, les médias entretiennent l’idée que ces citoyens se définissent avant tout pas leur appartenance à leur religion et contribuent à faire croire qu’ils sont nécessairement fermés sur eux-mêmes et incapables de recul critique. En dénonçant sans cesse la stigmatisation de telle ou telle catégorie dans son ensemble, ils en font des cas à part, inassimilables au reste de la population. Dans ce contexte, les extrémistes en tout genre n’ont même plus besoin de faire pression sur les modérés, les médias le font pour eux.

Burkini, par magazinecauseur

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