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Bouffer du Macron? Oui, mais pas à cette sauce-là

Défense du passe sanitaire

Bouffer du Macron? Oui, mais pas à cette sauce-là
Passe sanitaire obligatoire pour les bars, Nice, 9 août 2021 © SYSPEO/SIPA Numéro de reportage : 01033017_000010

Défense du passe sanitaire


Il parait que le passe sanitaire, prévu jusqu’au 15 novembre dans le pire des cas, est une grave atteinte à nos libertés. Je m’interroge, depuis quelque temps, sur le sens du mot liberté pour toute une catégorie de Français. Ça veut dire quoi, être libre quand on est au smic à 1231 euros nets par mois et encore s’il n’y a pas de temps partiel imposé ? Pour les gens allocataires du RSA avec 565 euros ? Pour les gens au minimum vieillesse avec 906 euros ? Pour les licenciés économiques ? Pour les travailleurs précaires et ubérisés ? Pour les SDF ? Pour les discriminés à l’embauche ? Etc, etc…

Le 15 novembre, date limite de l’application du passe sanitaire, on peut espérer que tout sera terminé, enfin, parce que la vaccination aura permis l’immunité collective. Il serait bien alors de mener le combat, cette fois-ci, contre ce qu’on pourrait appeler le “passe économique” ou l'”apartheid social.” qui se lit dans l’organisation même de nos villes et de nos vies depuis bien avant le virus. Il est moins spectaculaire, évidemment, mais il est infiniment plus durable.

À lire aussi, Aurélien Marq : Emmanuel Macron et le passe sanitaire, l’autoritarisme au lieu de l’autorité

Sinon on pourrait croire que nous assistons à un grand moment de défense de la démocratie bourgeoise et de ses libertés purement formelles. En oubliant la démocratie économique et sociale sans que ça émeuve particulièrement, il me semble, les amis de la liberté de contaminer et d’envoyer les autres en réa, si bruyants ces jours-ci.

C’est pourquoi, amis de la liberté, j’attends vos manifs à l’automne contre, par exemple, la nouvelle mouture de l’assurance chômage. Le passe sanitaire, le chômeur qui va perdre parfois jusqu’à un tiers de ses indemnités, il s’en bat un peu les stèques. Les restos, les spectacles, les salles de sport, les TGV, c’est pas vraiment son quotidien, en fait, et puis le vaccin, au moins il est gratuit. On veut faire passer les défilés antipass pour une manif des gilets jaunes (ceux-là, ils ont tous les torts par essence depuis le début, salauds de pauvres) alors que c’est surtout, dans l’esprit, une manif de petits bourgeois hédonistes radicalisés, espèce qu’on recrute aussi bien à l’extrême droite que dans une certaine ultragauche, hélas.

Je veux bien bouffer du Macron, je ne m’en suis pas privé dans ces mais pas à cette sauce-là, jamais.

Je ne suis pas naïf, je suis bien entendu convaincu que le passe sanitaire fait partie de cette vaste entreprise de domestication à l’œuvre dans les démocraties de marché. Je m’étonne tout de même que celui qui ne supporte pas qu’on lui demande un schéma vaccinal complet pour aller boire une bière et crie avec la mesure qui caractérise les amis de la liberté au coup d’État nazi en brandissant des pancartes antisémites, je m’étonne donc, qu’il ait supporté, au hasard, toute sa vie, un patron qui le fait se lever à heure fixe ou de faire la queue pour être le premier à se procurer le dernier iPhone.  Qu’il ait supporté aussi de voir depuis 1983 son État providence chaque année plus démantelé et de vivre moins bien que la génération précédente, qu’il ait supporté d’entendre des phrases aussi obscènes que “Il est normal de travailler plus longtemps puisque l’espérance de vie augmente.”

Bref, on aurait aimé que ces amis de la liberté se réveillent de ce “mauvais rêve de la société enchainée” (Guy Debord). Gageons pourtant qu’ils se rendormiront bien vite quand le passe sanitaire aura cessé d’exister dans quelques semaines et que Macron pourra alors reprendre ses aimables réformes thatchériennes.

C’est pourquoi, pour ma part, je préfère que certains de mes amis de gauche m’accusent d’applaudir Macron sur le passe sanitaire, la pire des solutions à l’exclusion de toutes les autres, plutôt de que prendre, comme eux, le risque de défiler avec Philippot.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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