C’est l’autre marée jaune qui peut faire peur à Macron. Ni animal, ni végétal, le « blob » n’est pas extraterrestre mais, parfois, nationaliste et belliqueux. Portrait d’une inquiétante gelée jaune.


Si l’on vous dit que notre bonne vieille Terre abrite un organisme gluant qui peut doubler de taille chaque jour, vous pensez que c’est de la science-fiction ? Pire : il rampe, il apprend et il interagit avec ses semblables de façon curieuse.

Le physarum polycephalum, l’organisme vivant dont il est donc question, semble tout droit sorti de l’esprit de Steven Spielberg. Affectueusement surnommé le « blob » par les scientifiques, en référence à un film de 1958 avec Steve McQueen, il ne vient pas du fond des océans : c’est dans nos forêts tempérées qu’il peut proliférer.

Ressemblant à une omelette flasque rampante, ce « protiste » (organisme vivant composé d’une seule cellule) peut atteindre jusqu’à 10 mètres carrés. Le plus souvent, il se limitera à quelques centimètres. On le trouve dans les sous-bois humides, en cherchant bien près des vieilles souches. Engouffrant dans sa grosse et unique cellule les nutriments qu’il trouve, il peut ramper jusqu’à 1 cm par heure. Et doubler de taille chaque jour. Des fossiles du bestiau remontent à 14 millions d’années. Autant dire que « l’animal » est sur Terre depuis un moment. Enfin l’animal… Ce n’en est pas un. Pas plus qu’un végétal. Les scientifiques ont longtemps pensé que c’était un champignon curieux. Mais depuis 1970, on sait que non. C’est autre chose. A vrai dire, les scientifiques ne savent plus tellement où classer cet organisme unicellulaire…

221 sexes différents

Et là où cela devient inquiétant, c’est quand on commence à faire subir en laboratoire des expériences au « blob ». Les Japonais ont ainsi observé que dans un labyrinthe, cet organisme dénué de cerveau était capable de retenir le chemin le plus rapide pour trouver sa bouffe. Comment ? Il explore toutes les zones et quand il butte dans sa progression, le mucus qu’il a laissé sur les chemins condamnés lui confère une sorte de « mémoire externe » lui indiquant in fine le chemin à éviter. On peut découper le blob ou le laisser dessécher. Il deviendra alors un sclérote tout sec et attendra pépère le retour des conditions adéquates pour se réactiver. Très résistant, le « blob » a 221 sexes différents, ce qui est courant en dehors du règne animal. Quand il se réveille, il est plus jeune que quand il s’était endormi. Autant vous dire que les actrices botoxées qui prennent de l’âge en rêvent la nuit.

A Toulouse, les équipes du CNRS ont réussi à prouver en 2016 que notre gluant ami forme de vie déjà peu envisageable pour nous pauvres humanoïdes dotés de cerveaux est doué d’une véritable intelligence. Au-delà de sa capacité à se mouvoir grâce à son mucus qu’il sème façon « Petit Poucet », il a été démontré que pépère peut retenir quel aliment est bon pour lui, et quel aliment va lui nuire. Pire : il peut transmettre ce savoir à ses semblables par contact. Faites-le rencontrer un autre blob, ils peuvent fusionner et se transmettre l’information. Découpez-les, ou endormez-les carrément pendant un an, ils la gardent en mémoire. La vie c’est passionnant, mais sans système nerveux, les scientifiques ne comprennent pas trop bien comment elle fait ça.

Un étranger nationaliste

Présent un peu partout à la surface du globe, le physarum polycephalum pourrait enfin avoir développé une forme de… nationalisme. Le blob japonais a beau être le plus agité, il se fait bouffer en laboratoire par son semblable américain. Le protiste australien cherche à lier des contacts, lui. Alors que le protiste américain, en plus d’être belliqueux, délaisse complètement l’avoine bio qu’on lui propose, préférant l’industrielle, tandis que le japonais et l’australien s’en régalent. Toutes ces découvertes, détaillées dans Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans oser le demander un petit livre de Audrey Dussutour du CNRS, ne doivent toutefois pas vous inquiéter outre mesure : quand il n’est pas en « dormance », le physarum polycephalum reste fragile. Il peut prendre froid ou rencontrer une limace qui en fera son casse-croûte. Ouf !

Pas besoin d’attendre qu’Alien débarque sur Terre pour constater que des formes de vie peu concevables (pour ne pas dire flippantes) sont déjà parmi nous. Nombre de scientifiques pourraient ressortir les microscopes et se pencher sur ce « blob », avant que de nous trifouiller l’ADN humain ou que d’évoquer les formidables améliorations promises par le transhumanisme avec leurs grands airs de prix Nobel !

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