Élu avec le soutien des syndicats, le nouveau président des États-Unis peut-il prétendre parler au nom des classes ouvrières?


Certes, la violence n’était pas celle du massacre de Haymarket Square en 1886 lors duquel des policiers paniqués tirèrent sur des ouvriers anarchistes dans le contexte de la lutte pour la journée de huit heures, mais les insultes de Joe Biden à l’encontre d’un de leurs collègues furent mal reçues par les ouvriers généralement favorables à Donald Trump. Le Président-élu, soutenu par les syndicats, tente d’attirer les cols bleus tout en discriminant les petites entreprises en fonction de la race et du sexe de leurs dirigeants.

Lors d’une visite de campagne dans une usine de Détroit en mars 2020, le candidat Joe Biden avait été interpelé par un ouvrier automobile quant au droit de porter des armes sur lequel il entend revenir. Le démocrate s’était rapidement lâché en honorant son interlocuteur des insultes « plein de merde » (full of shit) et « idiot » (horse’s ass, littéralement cul de cheval). Si le sujet ne concernait pas les conditions de travail, les insultes ont cependant été considérées comme relevant du mépris de classe. Le vote ouvrier, qui était généralement acquis aux démocrates, s’était porté en 2016 sur le milliardaire Donald Trump qui promettait de faire revenir les emplois et dénonçait la condescendance des élites envers le petit peuple.

Le retour d’une fierté ouvrière mise à mal par la mondialisation

Dans De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville remarquait cette particularité d’alors de la jeune nation: « Aux États-Unis, les professions sont plus ou moins pénibles, plus ou moins lucratives, mais elles ne sont jamais ni hautes ni basses. Toute profession honnête est honorable. » Ce prisme n’est plus celui à travers lequel les ouvriers ont l’impression d’être vus, et le candidat Trump avait dénoncé la déconsidération sociale lors de sa campagne de 2015-2016. Le déclassement de certaines catégories socio-professionnelles engendré par la mondialisation avec les délocalisations, la stagnation des salaires, le chômage, était une réalité se heurtant à des préoccupations politiciennes de plus en plus déconnectées du vécu du monde ouvrier. Il avait accru la défiance de ce dernier envers la politique.

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Ces quatre dernières années, les relocalisations, l’augmentation de 25% des droits de douane sur l’acier étranger, ainsi que le retour de l’emploi avec un chômage à 3,5% avant l’apparition du Covid-19 aux États-Unis ont conduit à une hausse des salaires profitant notamment aux cols bleus, les entreprises ayant fortement besoin de main-d’œuvre. Tout comme la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), remplacé par l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) sous l’impulsion de Donald Trump en vue d’un rééquilibrage plus favorable à l’économie américaine, obligeant les trois pays

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