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Basile de Koch réfugié climatique

Le moi de Basile

Basile de Koch réfugié climatique
Coucher de soleil sur la plage de Sainte-Anne (Martinique). T’es con, t’aurais dû venir. © AFP.

Pour les « Fêtes », qui s’annonçaient particulièrement sinistres, comment échapper d’un coup d’aile au couvre-feu et à la fermeture de tout, sans parler du froid et de la pluie ? Une seule adresse : les Antilles françaises. Je m’étonne même de ne pas t’y avoir croisé.


BAD MOON RISING

Mardi 15 décembre

18 heures : Arrivée à Fort-de-France. Ça commence mal. Au guichet de Thrifty, j’apprends que ma réservation de voiture du 13 juin a été annulée, sans préavis ni mobile apparent. Surtout, rester calme.

C’est le moment que choisit notre hôtesse pour « prévenir », tandis que le soleil se couche : pas d’électricité cette nuit dans notre location. EDF devait passer aujourd’hui, finalement ce sera demain. « Mais ne vous inquiétez pas, rassure-t-elle gaiement, il y a des bougies dans les tiroirs. » Allons tant mieux ! Les voisins d’en dessous, eux, ont dans leur jardin un superbe arbre de Noël clignotant, mais la jalousie est un vilain défaut.

Après enquête approfondie, à la lumière d’un smartphone, il s’avère qu’il n’y a pas plus de bougies que de beurre en broche. Respirer à fond, boire un coup…

Enfin vers 22 heures, voici les bougies tant attendues, et même deux torches en sus. C’est Byzance ! Enfin on va pouvoir dîner froid, se doucher glacé et faire son lit comme on se couche : mal et, en ce qui me concerne, moins fatigué qu’énervé. J’ai dû pour m’endormir écouter France Info. (Tiens, un alexandrin !)

Le lendemain, M. EDF me livre son diagnostic : « C’est tout le système électrique qu’il faut changer ! » Je promets de transmettre.

Pas trace non plus de la wifi prévue dans le contrat. C’est embêtant pour ma chronique, sans parler de Netflix et Snapchat.

NOËL ET LE MIRACLE DU SACRISTAIN

Jeudi 24 décembre

Après la série noire des premiers jours, beau fixe. Le seul incident notable relève de mon inconduite automobile.

Ma fille et moi étions allés en ville, dans une sainte intention : vérifier les horaires de la messe de Nwel à Notre-Dame de Sainte-Anne. Pendant qu’elle allait se renseigner, je tentai en vain de me garer sur la place, avant de monter la rue à droite de l’église, ornée d’un panneau « Parking » ; autant dire que je suis tombé dedans. Au total, 12 places en épi, toutes occupées bien sûr (la chorale répète), et au-delà un cul-de-sac.

Infichu de faire demi-tour, me voilà bloqué en travers de la rue, entre des maisons en dur et une pente fatale. Plus j’essaie d’avancer, plus la bagnole recule. Je sors de la voiture avant de faire l’ultime connerie – mais sans m’en éloigner quand même ; j’ai vu Christine.

C’est ma fille qui me trouvera de l’aide, en la personne du sacristain : le saint homme dégage ma caisse en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Après ça, je ne saurais faire moins que de remercier Notre Seigneur Jésus-Christ en assistant à son anniversaire, quel qu’en soit l’horaire.

FRANÇOIS DEGUELT AVAIT RAISON

Mercredi 30 décembre

Remis de mes émotions, conscient de mon privilège, je carpe enfin le diem en songeant aux mots du poète : « Il y a le ciel, le soleil et la mer. » Et surtout, pas trace ici d’« état d’urgence sanitaire », mais des bars et des restos ouverts, après les plages sublimes.

Car entre deux messes de Noël, je trouve quand même le temps de faire un peu d’exercice physique – qui peut aussi être spirituel, paraît-il, pour peu qu’on ait une âme.

Moi, c’est brasse de chien et aquagym personnalisée, au moins une heure trente par jour. On en croise du monde, surtout le week-end, sur la plage familiale de Pointe Marin. Outre les nains hurleurs, à vous rendre pédophobe, je rencontre ainsi régulièrement une bande de mémères en goguette, cheveux courts réglementaires, mais aux teintes les plus variées. Ces dames trempotent dans l’eau toute la sainte journée en faisant pia-pia ; mais qui suis-je pour juger ?

Jusqu’au jour où, soudain, l’une d’entre elles s’immerge (jusqu’à la permanente), avant de ressortir en lançant à la cantonade : « Putain, ça fait trop du bien ! » Je n’aurais pas été plus surpris d’entendre une racaille déclarer sa flamme à sa meuf en lui balançant :

« Ce n’est plus une ardeur de mes veines cachée

C’est Vénus tout entière à sa proie attachée. »

Le Bao Bar, point de ralliement des touristes branchés, riches et/ou jeunes, sert aussi de refuge à tous en cas de drache sévère – à condition de consommer quand même, faut pas déconner.

Le restaurant La Péniche, de l’autre côté de la rue, a une autre conception des affaires ; fermé durant toutes les vacances, il n’ouvrira qu’après le départ du dernier touriste, à part nous. Et les recettes ? Pa ni pwoblem. Si ça se trouve, les tenanciers eux-mêmes étaient en vacances à Paris.

NIGHT-CLUBBING À SAINTE-ANNE

Jeudi 7 janvier

Après le coucher de soleil, pourquoi pas un petit tour en ville ? Sur la grand-place, un bar idéal pour l’apéro : « Opéi » (prononcer : Au pays). Au bar, ti punch, Lorraine (la bière locale, avec la croix du même métal) et planteur pour les touristes. Ils font même des pizzas. En face, une ou deux fois par semaine et sans supplément de prix, concert de gwoka avec chanteuse, tambour bèlè, djembé et percussions variées.

Les artistes, qui partagent visiblement la et les mêmes cultures, ne manquent pas de punch. Du coup, pris par le rythme, ils jouent volontiers deux heures de rang, jusqu’à épuisement. Mon ami Jojo, qui « aide les jeunes » le samedi, me livre son secret : « Quand je suis cuit, j’arrête. » Une sagesse à méditer.

Même les dealers sont cool. Ils t’abordent poliment, et c’est pas le genre à se vexer si tu refuses leur beuh. (Cela dit, j’ai pas essayé.)

Après l’apéro tipico, direction La Dunette, un resto à touristes, pour changer. Foin des gargotes « authentiques » en bord de route, avec patates douces et bananes plantain. Vive l’attrape-couillon sur pilotis, avec poisson grillé, Minuty et vue imprenable sur la baie de Sainte-Anne. Flûte, on a oublié le selfie !

En un mot comme en cent, c’est là qu’il fallait être pour la Nwel. Désormais, ça va être moins facile : par décret du préfet de Martinique, les touristes hexagons devront se confiner pendant huit jours à leur arrivée, entre deux tests PCR, avant de pouvoir profiter de leur séjour. Bref, si vous n’avez qu’une semaine, autant rester à l’hôtel Ibis d’Orly, qui accueille les animaux à défaut des fumeurs.

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Février 2021 – Causeur #87

Article extrait du Magazine Causeur


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